Le samedi 14 mars 2026 à 18:10
Une surveillante de prison chargée de veiller sur Jeffrey Epstein la nuit de sa mort a effectué des recherches Google sur le pédocriminel quelques minutes avant que son corps ne soit découvert, selon des documents du Department of Justice (DOJ), le ministère de la Justice américain, rendus publics début mars. Ces révélations, qui s'ajoutent à des dépôts bancaires suspects et au témoignage troublant d'un codétenu, ont conduit la commission d'enquête parlementaire américaine (House Oversight Committee) à convoquer cette ancienne agente pénitentiaire pour une audition prévue le 26 mars prochain.
Tova Noel était l'une des deux agents affectés à la garde de Jeffrey Epstein au Metropolitan Correctional Center (MCC) de Manhattan, dans l’État de New York. Selon un rapport médico-légal du FBI de 66 pages portant sur l'activité informatique des agents de la prison, elle a effectué la recherche "latest on Epstein in jail" (dernières nouvelles sur Epstein en prison) à 05h42 du matin, puis à nouveau à 05h52, le 10 août 2019. Moins de 40 minutes plus tard, à 06h30, son collègue Michael Thomas a découvert Jeffrey Epstein pendu dans sa cellule. La recherche sur Epstein est la seule activité internet que le FBI a spécifiquement signalée dans ce rapport de 66 pages.
Pour rappel, le pédocriminel avait déjà été retrouvé inconscient dans sa cellule le 23 juillet 2019, dans ce que les responsables de la prison avaient classé comme une tentative de suicide. Jeffrey Epstein avait cependant affirmé à l'époque que son compagnon de cellule avait tenté de le tuer après l'avoir extorqué.
Interrogée sous serment par le bureau de l'inspecteur général du DOJ en 2021, Tova Noel a nié avoir effectué ces recherches. "Je ne me souviens pas avoir fait ça", a-t-elle déclaré, contestant l'exactitude des relevés du FBI. Elle a par ailleurs affirmé être "probablement la dernière personne à avoir vu Epstein vivant".
Des dépôts bancaires suspects et une silhouette orange sur les caméras
Les documents du DOJ révèlent également des mouvements financiers suspects sur le compte bancaire de la surveillante. Chase Bank a déposé un signalement d'activité suspecte auprès du FBI, pointant une série de dépôts en espèces. Le plus important, d'un montant de 5 000 dollars, a été effectué le 30 juillet 2019, soit dix jours avant la mort d'Epstein. Au total, sept dépôts totalisant 11 880 dollars ont été relevés entre décembre 2018 et août 2019. Des paiements réguliers via la plateforme de paiement Zelle ont également été identifiés. Les documents indiquent par ailleurs que Tova Noel conduisait un Land Rover Range Rover de 2019 d'une valeur d'environ 62 000 dollars. Les enquêteurs ne l'ont jamais interrogée sur l'origine de ces fonds.
Prison guard googled Jeffrey Epstein minutes before his body was found - and deposited thousands days before pedophile's suicide: DOJ https://t.co/eiQXr5SXIL pic.twitter.com/92gf86kLua
— New York Post (@nypost) March 7, 2026
Un briefing interne du FBI, également contenu dans les documents rendus publics, identifie Tova Noel comme étant probablement la silhouette de couleur orange aperçue sur une vidéo de surveillance floue près de la cellule d'Epstein, vers 22h40 la nuit de sa mort. Selon ce document, "vers 22h40, une agente pénitentiaire, probablement Tova Noel, a transporté du linge ou des vêtements de détenu vers l'étage de l'unité d'isolement, dernière fois qu'un agent pénitentiaire s'est approché de l'unique entrée de cette unité". Or, Jeffrey Epstein s'est pendu à l'aide de bandes de tissu orange. Tova Noel a nié avoir distribué du linge aux détenus ce soir-là, assurant n'avoir "jamais donné de linge", cette tâche étant selon elle effectuée par l'équipe du service précédent.
Un codétenu affirme avoir entendu les gardiens parler de «dissimulation»
Le Miami Herald, sous la plume de la journaliste Julie K. Brown, a par ailleurs révélé un autre témoignage issu des documents du DOJ. Un rapport d'audition FBI de cinq pages manuscrites relate le récit d'un codétenu de l'unité d'isolement (Special Housing Unit) où Epstein était incarcéré. Ce détenu raconte avoir été réveillé vers 06h30 le matin du 10 août 2019 par un vacarme. Il a entendu des agents crier "Respire ! Respire !", puis l'un d'eux lancer : "Les gars, vous avez tué ce mec."Selon lui, une surveillante — qu'il identifie comme étant Tova Noel — a alors répondu : "S'il est mort, on va étouffer ça et il aura un alibi — mes agents" (sic). Le codétenu affirme que l'ensemble de l'unité a entendu cet échange et que les détenus se sont ensuite dit entre eux que "Miss Noel a tué Jeffrey". Ce témoignage n'a toutefois pas été corroboré. Trois autres détenus, ayant une vue directe sur la porte de la cellule d'Epstein, ont par ailleurs affirmé que personne n'y était entré ni sorti après sa fermeture la veille au soir.
L'ancien codétenu d'Epstein, Efrain Reyes, a de son côté indiqué aux autorités pénitentiaires avoir conseillé au financier de payer des détenus et des gardiens pour sa protection. Des sources ont confirmé au Miami Herald qu'Epstein avait effectué de tels paiements.
Des surveillants qui dormaient à 4,5 mètres de la cellule
Au-delà de ces révélations, les documents confirment les graves manquements des deux agents cette nuit-là. Pendant leur service, Tova Noel faisait du shopping de meubles en ligne et dormait, tandis que Michael Thomas consultait des sites de motos. Leurs bureaux se trouvaient à seulement 4,5 mètres de la cellule d'Epstein. Aucune des rondes obligatoires, prévues toutes les 30 minutes, n'a été effectuée. Les deux agents ont par la suite admis avoir "volontairement et sciemment" falsifié les registres pour faire croire que les contrôles avaient bien eu lieu.
Tous deux ont été licenciés et poursuivis pénalement. En mai 2021, ils ont conclu un accord de poursuite différée avec le parquet fédéral de Manhattan, un dispositif permettant d'éviter un procès sous conditions. En échange de 100 heures de travaux d'intérêt général, d'un bon comportement pendant six mois et de leur coopération avec l'enquête de l'inspecteur général du DOJ, les charges ont été formellement abandonnées en janvier 2022 par la juge Analisa Torres. L'avocat de Tova Noel avait alors déclaré que ses manquements résultaient de "son inexpérience, d'un manque de formation adéquate et du fait d'avoir été mise en situation d'échec par la direction du MCC et du Bureau of Prisons". Ancienne militaire et ex-factrice, elle avait été affectée à l'unité d'isolement où Epstein était détenu seulement un mois avant sa mort, le 7 juillet 2019.
La surveillante convoquée devant le Congrès
Le 13 mars dernier, le président de la commission d'enquête parlementaire (House Oversight Committee), James Comer (républicain, Kentucky), a annoncé la convocation de Tova Noel pour une audition retranscrite le 26 mars 2026 à Washington. "En raison des informations publiques, des documents publiés par le ministère de la Justice et des documents obtenus par la commission, la commission estime que vous détenez des informations utiles à son enquête", a écrit le parlementaire dans sa lettre de convocation. La commission a déjà entendu, dans le cadre de son enquête sur l'affaire Epstein, l'ancien président Bill Clinton, l'ancienne secrétaire d'Etat Hillary Clinton, l'ancien ministre de la Justice (attorney general) Bill Barr, l'ex-secrétaire au Travail Alex Acosta, Ghislaine Maxwell et le milliardaire Les Wexner, fondateur du groupe L Brands, maison mère de Victoria's Secret. Elle cherche également à auditionner Bill Gates, Leon Black et d'autres proches du financier. La ministre de la Justice en exercice (attorney general), Pam Bondi, a aussi été assignée à comparaître au sujet de la gestion du dossier par le DOJ.
BREAKING: Guard on duty when Jeffrey Epstein died to testify before House Oversight.
Chairman @RepJamesComer is bringing in Tova Noel, one of the Metropolitan Correctional Center prison guards on duty when Jeffrey Epstein died, for a transcribed interview on March 26, 2026. pic.twitter.com/A0sS0Crrt8
— Oversight Committee (@GOPoversight) March 13, 2026
La mort de Jeffrey Epstein, le 10 août 2019, a été officiellement classée comme un suicide par pendaison par le médecin légiste de New York et par le DOJ. Toutefois, le Dr Michael Baden, un médecin légiste mandaté par les ayants droit d'Epstein pour assister à l'autopsie, a estimé que les blessures constatées étaient davantage compatibles avec une strangulation. Près de sept ans après les faits, les conditions du décès du pédocriminel continuent de susciter des interrogations, alimentées par la publication de millions de documents dans le cadre de l'Epstein Files Transparency Act, adoptée par le Congrès américain en 2025 et promulguée par le président Donald Trump.