Le mercredi 7 octobre 2026 à 14:05
Christa Pike, condamnée à mort aux États-Unis, a repris conscience et retrouvé l'usage de la parole, une semaine après avoir survécu à deux injections létales dans le Tennessee. Ses avocats l'ont annoncé mardi soir dans un communiqué. Cette femme de 50 ans aurait dû devenir, le 30 septembre, la première femme exécutée dans cet État depuis plus de deux siècles. Elle avait été condamnée pour le meurtre avec tortures d'une jeune femme de 19 ans, commis en 1995 alors qu'elle-même en avait 18.
"Contre toute attente, Christa Pike est consciente, peut parler et continue à recevoir des soins médicaux vitaux", ont indiqué ses défenseurs, qui sont commis d'office, d'après Reuters. Ils ont dénoncé le fait qu'elle reste "toujours menottée et enchaînée" à son lit, malgré les graves lésions qu'elle porte aux bras. "Son pronostic reste incertain, mais nous nous attendons au minimum à une longue convalescence", ont-ils ajouté. La condamnée est soignée au centre médical de l'université Vanderbilt, à Nashville (Tennessee, États-Unis). Ses avocats n'ont pas été autorisés à lui rendre visite à l'hôpital. Ils ont renouvelé leur demande auprès du gouverneur sortant, Bill Lee : commuer sa peine en réclusion à perpétuité sans possibilité de libération.
Une audience est prévue ce mercredi devant la Cour de Chancellerie du comté de Davidson, a précisé Reuters. La défense y réclame une ordonnance pour préserver les preuves liées à l'exécution manquée. Elle estime que ces éléments démontreraient que l'administration pénitentiaire a violé les droits constitutionnels de Christa Pike en lui infligeant un châtiment cruel et inhabituel. Ses avocats doivent aussi tenir une conférence de presse dans la journée.
Deux doses de pentobarbital
L'exécution a eu lieu au sein de la prison de haute sécurité de Riverbend, à Nashville, après avoir été retardée de plus de huit heures par des recours de dernière minute. Dans sa dernière déclaration, Christa Pike a dit être en paix. Les agents pénitentiaires lui ont ensuite administré deux doses de pentobarbital, un barbiturique puissant, sans parvenir à la tuer. Les journalistes présents ont raconté l'avoir entendue ronfler pendant une quarantaine de minutes. Elle s'est aussi plainte de douleurs au bras. Vers 20h22, heure locale, son avocat Randy Spivey a exigé l'arrêt de la procédure et la mise en place de soins pour la maintenir en vie, a rapporté l'agence Associated Press. Christa Pike a été transportée à l'hôpital, où elle est restée plusieurs jours inconsciente, intubée et sous respirateur.
Pour ses avocats, les voies intraveineuses auraient été mal placées et le produit létal se serait diffusé dans ses tissus plutôt que dans sa circulation sanguine. Ses bras ont été brûlés et couverts de cloques. La défense avait pourtant alerté l'État avant l'exécution sur la difficulté d'accéder à ses veines et sur la thrombocytose dont elle souffre, une maladie du sang liée à un excès de plaquettes. L'administration pénitentiaire du Tennessee assure de son côté avoir respecté chaque étape du protocole.
«La première personne à survivre»
Bill Lee, qui avait rejeté la demande de grâce de la condamnée deux jours plus tôt, a suspendu toutes les exécutions jusqu'à la fin de l'année. Il a aussi ordonné une enquête indépendante, confiée à l'avocat Ed Stanton. Le gouverneur a ensuite annoncé, samedi, la démission de Frank Strada, à la tête de l'administration pénitentiaire de l'État, qui quittera ses fonctions dans le courant du mois. Ce dernier a toutefois maintenu que le protocole avait été appliqué. C'est le deuxième échec d'une exécution dans le Tennessee en cinq mois. En mai, l'exécution de Tony Carruthers avait été interrompue, les agents n'étant pas parvenus à trouver une veine.
Le Death Penalty Information Center, un observatoire américain spécialisé dans la peine capitale, a souligné que Christa Pike était "la première personne à survivre à l'injection de doses létales de produits utilisés pour les exécutions". Son avenir judiciaire reste incertain. Plusieurs semaines voire plusieurs mois pourraient être nécessaires pour savoir si elle retrouvera un discernement suffisant pour permettre à l'État d'envisager une nouvelle tentative, rapporte Newsweek.
En 1995, Christa Pike, alors élève d'un programme de formation pour jeunes défavorisés à Knoxville, a tué une camarade, Colleen Slemmer, avec la participation de son petit ami de l'époque, Tadaryl Shipp. La victime a été frappée et blessée à l'arme blanche sur un campus de l'université du Tennessee, et un pentagramme a été gravé sur sa poitrine. Condamnée à mort en 1996, Christa Pike est la seule des trois participants à avoir écopé de la peine capitale. Tadaryl Shipp a pour sa part été condamné à la réclusion à perpétuité avec possibilité de libération conditionnelle. Shadolla Peterson, qui a témoigné contre elle, s'est vu infliger une mise à l'épreuve, d'après Fox News. En détention, Christa Pike a aussi été reconnue coupable en 2004 de tentative de meurtre après avoir agressé une codétenue, précise Axios.
Ses avocats mettent en avant les violences, notamment sexuelles, qu'elle a subies dès l'enfance. Ils affirment qu'elle a passé près de trente ans à l'isolement dans le couloir de la mort. La mère de la victime, May Martinez, a estimé que les autorités de l'État, gouverneur compris, lui "doivent beaucoup" après cet échec, selon NBC News.