Le mardi 1 septembre 2026 à 18:43
L'Allemagne a officiellement rendu la Russie responsable de la tentative d'attentat au drone explosif visant l'aéroport de Leipzig/Halle, dans l'est du pays, une plateforme clé pour l'armée allemande, l'OTAN et l'acheminement de l'aide militaire à l'Ukraine. Le ministre fédéral de l'Intérieur, Alexander Dobrindt, et son homologue des Affaires étrangères, Johann Wadephul, l'ont annoncé ce mardi 1er septembre lors d'une conférence de presse commune à Berlin. Dans la foulée, Berlin a ordonné la fermeture du dernier consulat russe encore ouvert en Allemagne, la résiliation du contrat de la Maison russe à Berlin et la convocation de l'ambassadeur de Russie. C'est la première fois que le gouvernement allemand met directement Moscou en cause dans cette affaire.
"Dans l'ensemble, les enquêtes policières, les modes opératoires et les informations des services de renseignement démontrent une responsabilité russe dans la tentative d'attentat à l'aéroport de Leipzig", a déclaré Alexander Dobrindt lors d'une courte déclaration. Selon le ministre, les investigations ont établi que les moyens employés – drones, explosif et système de mise à feu – sont connus d'autres opérations hybrides menées par la Russie.
Un montage «professionnel», une exécution confiée à des agents de bas niveau
Le montage relève d'un travail "professionnel", a poursuivi Alexander Dobrindt : la technique et l'articulation des différents éléments ont exigé un haut niveau d'expertise et un effort d'organisation important au stade de la préparation. L'exécution sur place, en revanche, serait le fait d'agents de bas niveau, ces exécutants recrutés ponctuellement et souvent tenus à l'écart du véritable objectif de leur mission. "Nous ne sommes pas en guerre. Mais nous sommes quotidiennement la cible d'une guerre hybride", a-t-il ajouté, en avertissant qu'il fallait s'attendre à d'autres attaques de ce type.
Jusqu'à cette annonce, le gouvernement allemand s'était refusé à désigner un responsable, évoquant seulement de possibles "puissances étrangères". Une semaine plus tôt, le chancelier Friedrich Merz avait prévenu que l'Allemagne ferait "payer leurs actes" aux auteurs d'attaques hybrides, tout en indiquant que l'enquête touchait à sa fin. Signe de l'urgence de la séquence, Johann Wadephul a interrompu un déplacement entre l'Algérie et l'Irlande pour rentrer à Berlin. Le chancelier, lui, n'était pas présent à la conférence de presse.
Le dernier consulat russe du pays fermé, l'ambassadeur convoqué
Johann Wadephul a détaillé les mesures de rétorsion. "J'ai ordonné les mesures suivantes, en accord avec le chancelier fédéral [Friedrich Merz] : Le consulat général de Russie à Bonn sera fermé au 18 septembre. Le contrat de la Maison russe à Berlin sera résilié", a-t-il déclaré. Le consulat de Bonn, près de Cologne, était la dernière représentation consulaire russe en activité sur le sol allemand. Quant à la Maison russe, présentée officiellement comme un institut culturel de l'État russe, elle est considérée par les spécialistes du renseignement comme un centre d'espionnage, et sa structure gestionnaire figure déjà sur la liste de sanctions de l'Union européenne.
Le ministre a également annoncé la convocation de l'ambassadeur russe, qui se déroulait à l'heure même de la conférence de presse, un durcissement des contrôles à l'entrée pour les ressortissants russes, de nouvelles propositions de sanctions au niveau européen et une pression accrue sur la flotte fantôme russe. Il a reproché à Moscou d'avoir "massivement dégradé" la relation entre les deux pays. "Notre message à la direction russe est clair : nous ne nous laisserons ni diviser ni intimider par les attaques de la Russie dans notre cohésion sociale", a-t-il ajouté. Berlin poursuivra et renforcera son soutien civil et militaire à l'Ukraine ainsi que ses propres capacités de défense, en coordination avec l'OTAN et l'Union européenne.
Un chauffeur de bus a repéré le drone sur la piste
Les faits remontent à la nuit du 4 au 5 août. Un employé de l'aéroport, chauffeur de bus, a repéré un drone sur la piste sud, à proximité d'un Antonov An-124 Condor ukrainien. Il a immobilisé l'appareil et alerté immédiatement le personnel de sûreté, selon la police criminelle du Land de Saxe. Les démineurs de la police fédérale sont intervenus avec un robot et ont retiré le détonateur. Un système de mise à feu défectueux a empêché la charge d'exploser. Le dispositif consistait en une boîte métallique du commerce, remplie d'explosif puis refermée, avec le détonateur monté au fond, selon le Tagesspiegel. L'Agence de presse allemande a évoqué du Semtex, mais aucune indication officielle sur la nature du produit n'a été rendue publique.
Le drone aurait par ailleurs été équipé d'antennes 5G, selon la chaîne publique ZDF, qui cite des milieux sécuritaires. De quoi orienter vers un pilotage par le réseau de téléphonie mobile, et écarter l'hypothèse d'un appareil grand public.
Le trafic aérien a été totalement interrompu et plusieurs appareils déroutés. Un avion-cargo contraint d'interrompre son approche aurait heurté, en remontant, un second objet volant ; de légers dégâts ont été constatés après son atterrissage à Hanovre. Un troisième drone a été découvert à l'ouest de l'aéroport, une information révélée le 25 août. Une substance pouvant correspondre à environ 50 grammes d'hexogène, un explosif militaire très puissant, a été retrouvée sur place, selon la Süddeutsche Zeitung.
Le 6 août au soir, le parquet fédéral de Karlsruhe a repris l'enquête au parquet général de Dresde, du chef d'atteinte dangereuse au trafic aérien. Il s'est saisi en raison de l'importance particulière de l'affaire, qu'il analyse comme une atteinte grave à l'infrastructure de transport et de logistique en Allemagne, susceptible de porter atteinte à la sécurité intérieure et extérieure du pays. L'aéroport de Leipzig/Halle accueille depuis 2006 une base de maintenance de la compagnie de fret ukrainienne Antonov Airlines, qui y a transféré l'intégralité de sa flotte après le début de l'invasion russe. Six appareils y sont stationnés.
L'Union européenne et l'OTAN affichent leur solidarité
L'Union européenne a exprimé sa pleine solidarité avec l'Allemagne. "L'UE est pleinement solidaire de l'Allemagne face à cette attaque de la Russie", a écrit sur X la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, après un entretien avec Friedrich Merz. "La Russie cherche à semer la méfiance et la peur au sein de nos sociétés. Mais elle échouera", a-t-elle ajouté, réaffirmant le soutien de l'Union européenne à l'Ukraine "aussi longtemps qu'il le faudra". De nouvelles sanctions contre les responsables d'activités déstabilisatrices russes seront préparées par les ministres des Affaires étrangères de l'UE lors de leur prochaine réunion, sous présidence irlandaise.
L'OTAN a également apporté son soutien à Berlin. "Les preuves sont claires", a affirmé son secrétaire général, Mark Rutte, après s'être entretenu avec le chancelier allemand. L'Alliance "continuera à renforcer sa capacité à dissuader et à défendre tous les Alliés contre toute menace", a-t-il ajouté, saluant les mesures annoncées par l'Allemagne. "Les tentatives de la Russie pour nous intimider, saper notre unité et notre volonté de soutenir l'Ukraine sont vaines et échoueront", a poursuivi le responsable, assurant que le soutien de l'OTAN à l'Ukraine demeurait "indéfectible".
Moscou avait rejeté toute responsabilité dès le 7 août. Dans une déclaration diffusée sur Telegram, l'ambassade de Russie à Berlin avait dénoncé une provocation montée à la hâte, servant selon elle uniquement les objectifs de Kiev et de l'aile militariste de la classe politique européenne, tout en mettant en garde contre une "nouvelle vague d'hystérie antirusse en Allemagne". La représentation diplomatique mettait alors en cause l'Ukraine et soulignait qu'aucune preuve n'était produite.
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