Mission «défensive» pour rouvrir le détroit d'Ormuz, mobilisation navale «inédite»... Ce qu'a annoncé Emmanuel Macron à Chypre

Dispositif militaire "inédit", mission pour rouvrir le détroit d'Ormuz, réserves stratégiques de pétrole, échanges avec l'Iran et les États-Unis... Le récapitulatif des annonces d'Emmanuel Macron lors de son déplacement à Chypre, ce lundi 9 mars.
Mission «défensive» pour rouvrir le détroit d'Ormuz, mobilisation navale «inédite»... Ce qu'a annoncé Emmanuel Macron à Chypre
Emmanuel Macron, le 5 janvier 2026 au palais de l'Élysée. (ToninT / Shutterstock)
Par Actu17
Le lundi 9 mars 2026 à 17:13

Emmanuel Macron s'est rendu ce lundi 9 mars à l'aéroport militaire de Paphos, à Chypre, aux côtés du premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis et du président chypriote Nikos Christodoulides. Le chef de l'État a détaillé un vaste dispositif militaire français déployé dans la région, annoncé la préparation d'une future mission pour rouvrir le détroit d'Ormuz et évoqué un possible recours aux réserves stratégiques de pétrole au niveau du G7. Ce déplacement intervient après qu'une base britannique sur l'île a été touchée par un drone iranien, peu après le début de l'offensive israélo-américaine contre l'Iran le 28 février. "Quand Chypre est attaqué, c'est l'Europe qui est attaquée", a résumé le président de la République.

"Nous sommes liés les uns et les autres par des partenariats stratégiques et les déploiements qui se sont faits ces derniers jours. Notre présence tous les trois côte à côte aujourd'hui, dit la force de ces partenariats, leur robustesse et que vos compatriotes peuvent véritablement y croire", a déclaré Emmanuel Macron. "Derrière ces textes signés, il y a la solidarité de nations et leur engagement armé", a-t-il ajouté, rappelant que la France avait déployé dès la semaine dernière une section de défense anti-aérienne de missiles Mistral et la frégate Languedoc au large de Chypre. "La défense de Chypre est évidemment une question essentielle pour votre pays, pour votre voisin, partenaire et ami, la Grèce, mais aussi pour la France et avec elle, l'Union européenne", a insisté le chef de l'État, affirmant que "l'Europe de la défense que nous appelons de nos vœux, ce ne sont pas seulement des mots", mais "aussi des femmes et des hommes qui sont engagés", et "au fond la solidarité en actes de nos nations".

«Une mobilisation navale inédite»

Le président de la République a annoncé un important dispositif naval. "La présence française qui se déploiera de la Méditerranée orientale, en mer Rouge et justement au large d'Ormuz, mobilisera huit frégates, deux porte-hélicoptères amphibies et notre porte-avions", a-t-il détaillé. "Le groupe aéronaval avec le porte-avions Charles de Gaulle est désormais à proximité de Chypre pour contribuer à la posture de défense d'ensemble et assurer celle-ci dans la durée", a-t-il précisé. La France contribuera également "dans la durée" avec "deux frégates" à l'opération Aspides, la mission de l'Union européenne en mer Rouge, coordonnée par la Grèce. Emmanuel Macron a qualifié cette mobilisation navale d'"inédite", saluant la contribution de "plusieurs collègues européens" ayant accompagné le Charles-de-Gaulle depuis l'Atlantique.

L'Espagne a annoncé l'envoi d'une frégate pour accompagner le porte-avions français, tandis que l'Italie a également dépêché une frégate pour participer à la protection de Chypre. Les Pays-Bas et le Royaume-Uni participent aussi à la force navale européenne en Méditerranée orientale. Le chef de l'État était attendu dans l'après-midi à bord du Charles-de-Gaulle, au large de la Crète, pour "échanger avec les marins engagés au sein du groupe aéronaval et se faire présenter le dispositif militaire", selon l'Élysée. La France insiste sur sa posture "strictement défensive".

Le président de la République a détaillé les autres objectifs de son déplacement. "Le deuxième objectif que nous poursuivons est aussi de coordonner nos efforts (...) pour assurer la sécurité de nos ressortissants et des ressortissants européens dans la région et accompagner les opérations de rapatriement", a-t-il expliqué. "Le troisième objectif, c'est aussi de réassurer tous nos partenaires", a-t-il poursuivi. Emmanuel Macron a réaffirmé son soutien "aux Émirats arabes unis, au Qatar, au Koweït, avec lesquels nous sommes liés par des accords de défense, mais également la Jordanie, l'Arabie saoudite ou l'Irak, qui ont été déstabilisés, frappés". Le chef de l'État a évoqué avec l'émir du Qatar, cheikh Tamim ben Hamad al-Thani, le "soutien militaire défensif", notamment aérien, de la France. Au Koweït, où des réservoirs de carburant "vitaux" ont été visés à l'aéroport, la France a déployé des "moyens défensifs", a rappelé le président à l'issue d'un échange avec l'émir. Avec le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, il a convenu "de l'importance de sécuriser au plus vite le transport maritime en mer Rouge".

«L'Iran doit garantir la liberté de navigation»

Emmanuel Macron a appelé l'Iran à "garantir la liberté de navigation en mettant fin à la fermeture de fait du détroit d'Ormuz". Ce passage stratégique, par lequel transite environ 20 % du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondial, est bloqué de facto par les Gardiens de la révolution iraniens. Le président français a annoncé la préparation, avec ses partenaires, d'une future mission "purement défensive" pour "rouvrir" le détroit et escorter les navires "après la sortie de la phase la plus chaude du conflit", afin de permettre la circulation du pétrole et du gaz.

En route pour Chypre, le chef de l'État avait par ailleurs déclaré à des journalistes que "l'utilisation des réserves stratégiques était une option envisagée" au niveau du G7 face à la flambée des prix du pétrole. "J'ai souhaité qu'on puisse mobiliser au niveau du G7 une coordination étroite pour piloter au mieux les sujets énergétiques", a-t-il précisé, annonçant une réunion des ministres de l'Énergie du G7 le mardi 10 mars, en marge du sommet sur le nucléaire civil à Paris. La France préside cette année le G7. Le baril de pétrole a atteint ce lundi la barre symbolique des 100 dollars, bondissant brièvement de plus de 30 % à près de 120 dollars, une flambée directement liée au blocage du détroit d'Ormuz et à la guerre au Moyen-Orient.

«L'Iran doit cesser ses frappes»

La veille de son déplacement à Chypre, Emmanuel Macron s'était entretenu avec le président américain Donald Trump et le président iranien Massoud Pezeshkian. Le chef de l'État est le premier dirigeant occidental à avoir échangé avec Massoud Pezeshkian depuis le déclenchement de l'offensive israélo-américaine le 28 février. "J'ai souligné la nécessité que l'Iran cesse immédiatement ses frappes contre les pays de la région", a écrit Emmanuel Macron sur X. Le président iranien a affirmé que toutes les actions de l'Iran s'inscrivaient dans le cadre de la légitime défense, selon la présidence iranienne. Il a mis en garde contre toute action de la France "visant à soutenir les agresseurs", estimant qu'elle équivaudrait à une "participation à la guerre". "De telles actions ne feront que compliquer et aggraver la situation dans la région. Le peuple, le gouvernement et les forces armées de l'Iran sont déterminés à défendre le pays et le système", a-t-il prévenu. Massoud Pezeshkian avait affirmé samedi que ses voisins du Golfe ne seraient plus attaqués par l'Iran, sauf si des frappes étaient tirées depuis ces pays, mais les attaques se sont poursuivies dimanche. Le même jour, Mojtaba Khamenei a été désigné pour succéder comme guide suprême de l'Iran à son père, Ali Khamenei, tué dès le premier jour de la guerre. Aucune précision n'a été donnée dans l'immédiat sur l'entretien avec Donald Trump.

Emmanuel Macron s'est également entretenu le matin même, pendant son vol vers Chypre, avec le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. Il a appelé le Hezbollah à "cesser toutes frappes depuis le sol libanais" et demandé qu'"Israël cesse au plus vite son opération militaire et ses frappes sur le Liban pour permettre à la souveraineté et l'intégrité territoriales du Liban d'être recouvrées, et aux forces armées libanaises seules légitimes d'assurer la sécurité de leur sol". Le président a annoncé "l'envoi immédiat" d'une aide humanitaire au Liban, où la France a fait parvenir notamment des tentes. Plus d'un demi-million de personnes ont été déplacées par les frappes israéliennes massives sur des bastions du Hezbollah pro-iranien. Avec Abdel Fattah al-Sissi, les deux dirigeants ont appelé à ne "pas ralentir les efforts pour mettre en œuvre la seconde phase du plan de paix du président Trump" à Gaza et réclamé "la réouverture totale du point de passage de Rafah, vitale pour l'acheminement de l'aide humanitaire".