Vol Flydubai : écarté d'Oman Air pour radicalisation, le copilote a attaqué le commandant avec une hache de secours

Le procureur général des Émirats arabes unis affirme que le copilote omanais du vol FZ1073 avait entrepris de commettre un acte terroriste en attaquant le commandant de bord avec une hache de secours. Hamam al-Hammami aurait été écarté d'Oman Air en raison de ses opinions radicales.
Vol Flydubai : écarté d'Oman Air pour radicalisation, le copilote a attaqué le commandant avec une hache de secours
Le pilote indien Smit Machchhar, grièvement blessé dans l'attaque, et un avion de Flydubai en Lettonie, le 3 janvier 2026. (capture écran vidéo ANI / Vaidotas Grybauskas / Shutterstock)
Par La Rédaction
Le samedi 3 octobre 2026 à 12:28

Le copilote du vol Flydubai qui reliait Dubaï (Émirats arabes unis) à Tel-Aviv (Israël) a voulu commettre un attentat, selon le procureur général des Émirats arabes unis. D'après le magistrat, il s'en est pris au commandant de bord avec la hache de secours du cockpit avant de tenter de prendre les commandes de l'appareil. Ce ressortissant omanais, identifié comme Hamam al-Hammami, aurait été interdit de vol par son propre pays, qui le soupçonnait de radicalisation, selon plusieurs médias internationaux. Il a été transféré aux Émirats, où l'enquête se poursuit. L'avion, qui transportait 174 personnes, avait dû se poser en urgence le 30 septembre à Tabouk, dans le nord-ouest de l'Arabie saoudite, non loin de la frontière jordanienne.

C'est Hamad Saif Al Shamsi, le procureur général des Émirats, qui a livré ce samedi les conclusions des premières investigations, relayées par l'agence de presse officielle WAM. Selon lui, les éléments recueillis ont établi que "le copilote avait commencé à mettre à exécution un acte terroriste". Il a précisé que le suspect avait "agressé le commandant de bord dans le cockpit à l'aide de la hache de secours" et tenté "de prendre les commandes de l'avion". Le magistrat a ajouté que l'enquête se poursuivait "afin d'établir toutes les circonstances de l'incident et ses motivations". Les premiers témoignages recueillis mercredi évoquaient l'usage d'un couteau.

Les Émirats sont compétents parce que l'appareil, un Boeing 737 MAX 8, y est immatriculé. Leur droit s'applique ainsi aux crimes commis à bord, même hors de leur territoire. Le procureur général a ordonné la création d'une équipe d'enquêteurs dédiée, selon i24NEWS. Le suspect avait d'abord été interpellé et interrogé en Arabie saoudite après l'atterrissage. Riyad, qui s'exprimait jeudi pour la première fois sur cette affaire, a confirmé que le copilote avait attaqué son collègue en plein vol et qu'il avait été remis aux Émirats, sans s'avancer sur ses motivations. Israël est associé aux investigations. "J'ai parlé au président des Émirats arabes unis, cheikh Mohammed ben Zayed, et il a accepté qu'Israël se joigne aux interrogatoires", a déclaré Benjamin Netanyahou à CNN.

Écarté d'Oman Air en raison de ses idées radicales

Le suspect a été identifié par deux sources et un responsable israélien interrogés par CNN, ainsi que par les médias d'État saoudiens. Il est le fils d'un père omanais et d'une mère syrienne. Selon une source citée par CNN, Hamam al-Hammami est né aux Émirats et y a vécu plusieurs années. Un responsable omanais a en revanche indiqué à CBS News qu'il était né à Oman. Selon les chaînes Al-Arabiya, CNN et ABC ainsi que le Wall Street Journal, il aurait été influencé par des groupes islamistes radicaux lors d'un séjour en Syrie.

Son parcours professionnel est au cœur des interrogations. D'après son profil LinkedIn, supprimé depuis, il a travaillé sept ans pour Oman Air avant de quitter la compagnie en février 2025. Un diplomate de la région a indiqué à CNN qu'il avait été retiré de la formation de pilote et affecté à un autre poste en raison de ses opinions radicales. Selon CBS News, une surveillance menée par le gouvernement omanais avait révélé qu'il consultait des sites radicaux. Il aurait par ailleurs été interdit de vol par les autorités de son pays. Son profil mentionne aussi un passage à la Royal Air Maroc entre juin 2025 et janvier 2026. La compagnie marocaine assure toutefois qu'il n'y a suivi qu'une formation théorique de trois mois, sans jamais voler, a rapporté le site Le Desk. Il était également titulaire d'un diplôme de management aéronautique, obtenu à distance en 2023 auprès de la Buckinghamshire New University, au Royaume-Uni.

Après une candidature rejetée par Emirates, il aurait été recruté par Flydubai, où il ne travaillait que depuis huit mois, selon un responsable israélien. La compagnie l'aurait embauché sans procéder à des vérifications auprès du gouvernement omanais, affirme CBS News. Sollicitée, Flydubai n'a fait aucun commentaire tant que l'enquête est en cours. Un responsable émirati a décrit le copilote à i24NEWS comme "très introverti, peu sociable et profondément religieux". Les enquêteurs cherchent à savoir s'il a agi seul ou pour le compte d'une organisation, et s'il avait demandé à être affecté aux vols vers Israël.

Des vidéos d'avions israéliens et une photo d'Ayman al-Zawahiri

CNN a également analysé ses publications en ligne. Deux messages ont été publiés sur son compte LinkedIn environ neuf heures après les faits, sans que l'on sache qui les a publiés ni s'ils avaient été programmés à l'avance. Le premier contient des images filmées depuis le cockpit d'un Boeing 737 MAX. On y voit notamment un avion d'El Al, filmé à l'aéroport international de Dubaï selon CNN, ainsi que d'autres appareils d'El Al et d'Arkia, deux compagnies israéliennes. L'une des séquences est datée du 11 octobre 2023, à l'époque où il travaillait pour Oman Air. La vidéo se termine par les photos d'Ayman al-Zawahiri, ancien chef d'Al-Qaïda, et de Humam Khalil Abu-Mulal al-Balawi, auteur en 2009 d'un attentat-suicide qui a coûté la vie à neuf personnes, dont sept agents et prestataires de la CIA. Le second message montre une image générée par intelligence artificielle reliant La Mecque, Médine et Jérusalem, les trois lieux saints de l'islam, sur fond de poème exaltant le refus de l'humiliation et l'absence de peur face à la mort. Les mêmes contenus ont été publiés sur un compte Instagram à son nom, lui aussi supprimé.

Ses anciens messages sur Twitter, près de 3 000 publications datant de 2021 et 2022 analysées par CNN, le montrent profondément religieux et hostile à la mixité. Il y raconte que sa mère peinait à lui trouver une épouse prête à porter le niqab et à cesser de travailler après le mariage. Dans un autre message, il s'en prend aux environnements de travail mixtes, qui selon lui corrompent les femmes.

«Je ne pouvais pas laisser toutes ces personnes mourir»

Grièvement blessé, le commandant de bord, Smit Machchhar, un Indien qui pilote depuis dix-sept ans et commande des appareils depuis onze ans, a raconté son calvaire au Premier ministre indien Narendra Modi lors d'un appel vidéo passé vendredi depuis son lit d'hôpital, en Arabie saoudite. "J'essayais de sauver ma vie, mais je savais que je ne pouvais pas laisser toutes ces personnes mourir", a-t-il confié. Effondré au sol, il a senti l'avion chuter. "Je savais que c'était ma dernière chance et que la porte était juste là", a-t-il expliqué. "Je recevais encore des coups à ce moment-là, mais j'ai simplement ouvert la porte, et tout le monde est entré". Des passagers et des membres d'équipage ont alors maîtrisé l'agresseur, tandis que deux pilotes qui n'étaient pas en service et se trouvaient en cabine ont repris les commandes. L'appareil, qui transportait 166 Israéliens selon plusieurs médias, avait perdu environ 17 000 pieds d'altitude en une minute, d'après Flightradar24. L'état de santé du commandant serait désormais stable, et une cagnotte en ligne ouverte à son nom a récolté plus de 140 000 dollars.

Narendra Modi a salué "l'immense courage" du pilote, qui a permis d'éviter "une grande tragédie". Benjamin Netanyahou a lui aussi rendu hommage à son "courage extraordinaire". Le Premier ministre israélien a affirmé jeudi que le copilote "avait subi un endoctrinement islamiste radical" et qu'il "était suicidaire". Une fois maîtrisé, le suspect aurait crié "Tuez-moi ! Tuez-moi !", a-t-il rapporté. "Il est venu pour faire s'écraser l'avion avec ses passagers. Nous cherchons à savoir s'il a été envoyé, et celui qui l'a envoyé le paiera très cher", a-t-il ajouté vendredi. Anwar Gargash, conseiller diplomatique du président émirati, a dénoncé "un acte terroriste grave". Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a évoqué une "tentative d'attaque terroriste djihadiste", qui viserait aussi, selon Israël, les Émirats et les accords d'Abraham, par lesquels les deux pays ont normalisé leurs relations en 2020. Donald Trump a laissé entendre que le copilote pourrait être lié à l'Iran, sans apporter d'éléments, alors que Benjamin Netanyahou a estimé qu'il était encore trop tôt pour l'affirmer. Flydubai a appelé à "s'abstenir de toute spéculation prématurée".

Comment a-t-il pu piloter un vol vers Israël ?

Reste à comprendre comment un ressortissant d'Oman, un pays qui ne reconnaît pas Israël, a pu se retrouver aux commandes d'un vol à destination de Tel-Aviv. Selon un responsable israélien cité par CNN, le Shin Bet, le Mossad, l'armée et le ministère des Transports enquêtent sur les conditions de son affectation à cet équipage. Un second responsable israélien a précisé à la chaîne que le Shin Bet est censé contrôler le personnel navigant des vols arrivant des Émirats, en vertu des accords aériens entre les deux pays. On ignore encore si le copilote a échappé à ce contrôle ou s'il l'avait passé avec succès. L'accord autorisant Flydubai à desservir l'aéroport Ben-Gourion impose par ailleurs que ses pilotes soient originaires de pays ayant normalisé leurs relations avec Israël, selon une source au ministère des Transports citée par le Jerusalem Post. Pour les sources de CBS News, il pourrait avoir eu une double nationalité, ce qui expliquerait qu'il ait été autorisé à voler vers Israël.

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