Le samedi 26 septembre 2026 à 11:43
Six bouchers ont été mis en examen, notamment pour homicide involontaire, dans l'enquête sur les intoxications à la bactérie E. coli survenues en juin 2025 dans la région de Saint-Quentin (Aisne). Trente-deux personnes avaient été contaminées et une fillette de 11 ans était morte. Le parquet de Paris a confirmé ces mises en examen ce samedi 26 septembre, après leur révélation par L'Aisne nouvelle. Les six mis en cause ont été placés sous contrôle judiciaire et ne peuvent plus travailler en boucherie.
Dix bouchers au total ont été placés en garde à vue, sur commission rogatoire du juge d'instruction. "Six d'entre eux ont été présentés au magistrat instructeur qui les a mis en examen en qualité de gérants et salariés", a indiqué le parquet. Les chefs retenus contre eux sont l'homicide involontaire, les blessures involontaires ayant entraîné une ITT inférieure à trois mois, la mise en danger de la vie d'autrui et la tromperie entraînant un danger pour la santé de l'homme ou de l'animal. Les chefs de recel et d'abattage illicite d'un animal en dehors d'un abattoir ont également été retenus. Le ministère public n'a pas précisé la situation des quatre autres bouchers.
Interdiction d'exercer comme boucher
Le contrôle judiciaire impose aux six mis en examen de "ne pas se livrer à l'activité de boucher ou d'employé de boucherie à l'exception d'un poste de salarié dans une enseigne de petite, moyenne ou grande distribution sans manipulation de viande nue". Il leur est aussi interdit de "recevoir, de rencontrer ou d'entrer en relation de quelque façon que ce soit avec les 9 autres bouchers". Ils doivent enfin signaler au juge tout déplacement hors du territoire national, se présenter à chaque convocation et produire chaque mois leurs bulletins de paie pour justifier de leur activité ou de leur recherche d'emploi.
La piste de la viande
"Les premiers éléments de l'enquête, et notamment les auditions des victimes, avaient convergé vers la consommation de viandes", a rappelé le parquet de Paris. Le travail des enquêteurs porte désormais sur le volet réglementaire. "Les investigations diligentées en commission rogatoire, portant sur l'aspect technique des réglementations et de leur respect par les différents acteurs de la chaîne alimentaire, doivent être retournées aux juges d'instruction dans les mois qui viennent", a détaillé le ministère public. Il a ajouté que "des auditions des représentants des différentes administrations en charge de ces réglementations sont également programmées".
Selon L'Aisne nouvelle, les investigations auraient conduit les enquêteurs jusqu'à une exploitation agricole située près de Saint-Quentin. Fermée depuis plusieurs mois, cette ferme aurait vendu une cinquantaine de moutons au moment de l'Aïd.
Du côté des familles, "les parents de l'enfant décédée ont pu être entendus par les juges d'instruction en septembre 2025", a fait savoir le pôle santé publique. "Les parties civiles qui le souhaitent pourront également être reçues, après examen par les juges de l'ensemble des dossiers et éléments médicaux, afin de pouvoir leur apporter des réponses utiles", a-t-il poursuivi.
Plusieurs enfants hospitalisés
La fillette, prénommée Élise, est morte le 16 juin 2025 au CHU d'Amiens (Somme). D'autres enfants âgés de 11 mois à 12 ans ont été pris en charge dans les hôpitaux de Saint-Quentin, Amiens, Lille (Nord) et Reims (Marne). Plusieurs d'entre eux souffraient d'un syndrome hémolytique et urémique (SHU). Six boucheries, dont plusieurs halals, avaient été fermées par précaution. La préfecture de l'Aisne avait alors évoqué "un lien biologique formel entre le lieu d'approvisionnement et la contamination des malades".
Le parquet de Saint-Quentin s'est dessaisi de l'affaire au profit de celui de Paris. Le 7 août 2025, le pôle santé publique a ouvert une information judiciaire, confiée à des juges d'instruction, "des chefs d'homicide involontaire aggravé au préjudice d'une enfant, née en septembre 2013, blessures involontaires aggravées au préjudice de 31 autres personnes, mise en danger de la vie d'autrui et tromperie aggravée". "L'information judiciaire se poursuit", a conclu le parquet.