Le jeudi 11 juin 2026 à 15:32
Christophe Ellul, 51 ans, a été condamné ce jeudi 11 juin à quatre ans de prison avec sursis par le tribunal correctionnel de Soissons (Aisne) pour homicide involontaire. Les juges ont également ordonné l'euthanasie de son chien Curtis, désigné comme l'auteur des morsures mortelles infligées à sa compagne, Élisa Pilarski, en 2019. Une décision conforme aux réquisitions du parquet.
Les faits se sont produits le 16 novembre 2019. Élisa Pilarski, 29 ans, enceinte de six mois, s'était rendue en forêt de Retz, près de Villers-Cotterêts, pour promener Curtis, l'American Pitbull Terrier de son compagnon. Peu avant de succomber, la jeune femme avait lancé un appel à l'aide à Christophe Ellul. C'est lui qui a découvert son corps, couvert de morsures, au moins 56 plaies de différentes dimensions.
Le seul ADN de Curtis retrouvé sur la victime
Une chasse à courre, réunissant 21 chiens, se déroulait dans la forêt le jour du drame. Mais seul l'ADN de Curtis a été relevé sur le corps d'Élisa Pilarski et ses affaires ; celui des chiens de la chasse en était absent. L'expertise vétérinaire a conclu que le chien était le seul à l'origine des blessures mortelles. "Le chien Curtis est l'unique auteur des morsures ayant causé le décès", ont écrit les experts dans leur rapport, précisant que "les morsures individualisables sont compatibles avec la mâchoire du seul Curtis, et non des chiens de chasse".
Christophe Ellul était poursuivi pour homicide involontaire, assorti de trois circonstances aggravantes : l'importation illégale de Curtis en France, son dressage "au mordant" — une pratique interdite dans l'Hexagone pour ce type de chien — et son absence de précaution. Le prévenu avait laissé sa compagne — 1,52 mètre, 56 kilos, enceinte — gérer seule cet animal d'une vingtaine de kilos, sans précaution particulière. Dans son réquisitoire, le parquet avait toutefois plaidé pour l'abandon des aggravantes, estimant qu'Ellul n'avait pas eu conscience du danger.
L'animal présentait par ailleurs un profil inquiétant. Au commissariat, dans les heures suivant le drame, Curtis avait déjà mordu son propre maître, avant d'attaquer une bénévole de l'association où il avait été placé. Il est détenu depuis dans un chenil de Haute-Garonne.
Un prévenu qui n'a jamais totalement reconnu les faits
Lors du procès, qui s'est tenu du 3 au 5 mars, Christophe Ellul a longtemps contesté la responsabilité de son chien, réclamant des preuves. "Si Curtis est coupable, tuez-le, piquez-le, mais mettez des preuves sur la table", avait-il lancé. Au deuxième jour d'audience, il a paru reconnaître la culpabilité de l'animal : "Madame la présidente m'a donné la preuve qu'il est coupable", a-t-il déclaré, avant de se remettre à douter dès le lendemain, affirmant n'avoir "pas fait d'aveux". Son avocat, Me Alexandre Novion, avait dépeint un homme "détruit", qui "ne peut plus réfléchir normalement".
La procureure de la République avait requis quatre ans de prison avec sursis et l'euthanasie de Curtis. "Il était dangereux, et il l'est sans doute encore plus aujourd'hui", avait souligné la magistrate. "Je ne vois pas comment je peux ne pas requérir l'euthanasie de ce chien."Ces réquisitions avaient suscité de vives réactions des associations de défense animale, qui ont lancé deux pétitions ayant réuni environ 110 000 signatures.
Christophe Ellul a par ailleurs été condamné à verser 90 000 euros de dommages et intérêts à la mère d'Élisa Pilarski et 60 000 euros à son oncle. L'euthanasie du chien sera effectuée à ses frais. Au terme du procès, il avait adressé ses derniers mots à sa compagne disparue : "J'ai aimé Elisa plus que tout (...) aujourd'hui elle me manque".