Quand Alexandre Benalla se vantait du soutien d’Emmanuel Macron : «Il m’a dit : Tu vas les bouffer».

Emmanuel Macron et Alexandre Benalla le 15 mars 2018. (photo Boot1D / shutterstock)

Nouvelles révélations dans l’affaire Alexandre Benalla. Mediapart publie ce jeudi des enregistrements d’une conversation entre l’ancien chargé de mission de l’Élysée et Vincent Crase, son ancien collègue.


La discussion date du 26 juillet dernier. Ce jour là, Alexandre Benalla et Vincent Crase discutent ensemble. Pourtant, les deux hommes mis en examen pour « violences en réunion » durant la manifestation du 1er mai et placés sous contrôle judiciaire, avaient interdiction d’entrer en contact.

Dans cet enregistrement, Alexandre Benalla semble très tendu et fait part du soutien du « patron », il s’agit en fait d’Emmanuel Macron. L’ex-collaborateur du président de la République évoque aussi Ismaël Emelien, « conseil spécial » de la présidence.

« Truc de dingue, le « patron » [Emmanuel Macron ndlr], hier soir il m’envoie un message, il me dit : « Tu vas les bouffer. T’es plus fort qu’eux, c’est pour ça que je t’avais auprès de moi. Je suis avec Isma [Ismaël Emelien, conseiller spécial du Président ndlr], etc., on attend Le Monde, machin, etc. » déclare Alexandre Benalla à Vincent Crase.

« Il est comme un fou (…) il m’a dit : ‘Tu vas les bouffer. T’es plus fort qu’eux !’ »

« Donc le « patron » nous soutient ? » lui répond ce dernier. « Ah bah, il fait plus que nous soutenir (…). Il est comme un fou (…). Et il a dit comme ça, il a dit, il m’a dit : ‘Tu vas les bouffer. T’es plus fort qu’eux !’ C’est énorme quand même ! » poursuit Alexandre Benalla.

Dans une seconde conversation Alexandre Benalla se vante d’avoir provoqué des commissions parlementaires à son âge : « C’était un film l’histoire quand même, hein ? » dit-il. « Ah bah, c’est un cauchemar, oui ! Un film d’horreur ! » lui répond Vincent Crase.

« C’est une bonne expérience […]. À 26 ans, si tu veux, y a pas grand monde qui vit… qui provoque deux commissions d’enquête parlementaires, qui bloque le fonctionnement du parlement… » déclare Alexandre Benalla. « Ça te fait rire ? » réagit M. Crase.

« J’essaierais bien d’y aller cette nuit, mais le problème, c’est qu’il y a des flics devant… »

Les deux hommes évoquent également les perquisitions menées par les enquêteurs :

– Vincent Crase : « Mais ils vont perquisitionner En Marche! »
– Alexandre Benalla « Encore ? »
– Vincent Crase : « Apparemment, y a une perquise, ouais. Bah, toutes mes affaires sont là. »
– Alexandre Benalla : « En cours ? »
Vincent Crase : « J’essaierais bien d’y aller cette nuit, mais le problème, c’est qu’il y a des flics devant… »

M. Benalla affirme être soutenu par Emmanuel et Brigitte Macron

Alexandre Benalla confie ensuite à son ancien collègue que la brigade financière a ouvert une discrète enquête sur une société de sécurité privée, dont M. Crase est le bénéficiaire économique. Une société baptisée « Mars », faisant référence à « Jupiter » (l’un des surnoms d’Emmanuel Macron).

L’ex-collaborateur du président de la République se veut ensuite très rassurant quant à ses soutiens.

« T’es soutenu par qui ? » lui demande Vincent Crase. « Par le président, Madame [Brigitte Macron, ndlr], Ismaël [Emelien, ndlr], qui me conseille sur les médias et compagnie », répond M. Benalla.

Le « conseiller spécial » d’Emmanuel Macron aurait récupéré les images de vidéosurveillances du 1er mai

Mediapart met en cause Ismaël Emelien, conseiller spécial d’Emmanuel Macron, souvent présenté comme le « cerveau du président » rappelle l’hebdomadaire.

Selon le média, les investigations des policiers ont montré qu’Alexandre Benalla a pu remettre à Ismaël Emelien, dans la nuit du 18 au 19 juillet, un CD-Rom contenant des images obtenues illégalement des vidéosurveillances de la préfecture de police, du 1er mai. Des images diffusées quelques heures plus tard sur les réseaux sociaux. Les enquêteurs se seraient notamment appuyés sur les bornages téléphoniques.

Une relation et un contrat avec un oligarque russe

Iskander Makhmudov, un oligarque russe, a signé un contrat avec la société de Vincent Crase, « Mars », alors que ce dernier était encore chargé de la sécurité pour LREM. Alexandre Benalla travaillait quant à lui à l’Élysée précise Mediapart. Le contrat portait sur la protection des biens immobiliers en France de l’homme d’affaires, et de sa famille à Monaco.

Iskander Makhmudov est un proche de Vladimir Poutine. L’homme est soupçonné par plusieurs magistrats européens d’accointances « avec l’un des pires groupes criminels moscovites » explique l’hebdomadaire.


Alors qu’Alexandre Benalla avait affirmé devant la commission d’enquête sénatoriale, le 21 janvier dernier, qu’il n’avait « jamais », « contribué » à la « négociation » ou à la « conclusion » de ce contrat russe, Mediapart explique le contraire.

Une photo où apparaissent Alexandre Benalla et le représentant d’Iskander Makhmudov

L’ex-collaborateur d’Emmanuel Macron a rencontré Jean-Louis Hagenauer, un homme d’affaire chargé de représenter l’oligarque en France. Jean-Louis Hagenauer a indiqué à l’hebdomadaire que Vincent Crase avait désigné Alexandre Benalla pour mettre sur pied ce fameux contrat.

Mediapart dispose également d’une photo où l’on aperçoit M. Benalla et M. Hagenauer ensemble, jouant au billard, fin août 2018, dans le château de l’homme d’affaires Vincent Miclet, dans le Périgord.

Alors que les discussions autour de ce contrat avaient débuté dès l’hiver 2017, elles se sont accélérées en juin dernier, en présence d’Alexandre Benalla. Une autre société, « Velours », a sous-traité ce contrat. Il s’agit par ailleurs de l’ancien employeur de M. Benalla. Un premier versement de 294 000 euros arrivera sur le compte de Mars, le 28 juin, plus de la moitié sera versée à Velours.

« Ils vont se faire enculer hein, moi je m’en bats les couilles »

Mais la situation a totalement basculé à partir de l’affaire du 1er mai, dans laquelle Alexandre Benalla et Vincent Crase ont été mis en cause, puis en examen. Velours a dénoncé le contrait quelques jours plus tard raconte Mediapart. Panique à bord du côté de M. Benalla et M. Crase.

« Velours (…), ils vont se faire enculer hein, moi je m’en bats les couilles.. » dit Benalla dans un autre enregistrement. « Moi les rats qui quittent le navire, j’aime pas trop », poursuit Vincent Crase.

Alors que la première tranche du contrat trimestriel avec Velours se termine en septembre, Alexandre Benalla se montre nerveux.

« Faut changer de portage, faut faire ce qu’on avait prévu de faire et transférer… (…) Faut que tu disparaisses de la boîte, dit-il à Vincent Crase. (…) Donc faut qu’on trouve un mec… (…) Enfin j’ai une idée en tête, mais faut qu’on mette la boîte au nom d’un autre mec… Parce que sinon (…) ils vont faire des saisies conservatoires et ils vont mettre un stop à la boîte (…) », explique l’ex chargé de mission de l’Élysée.

Nouvelle société, nouveau compte en banque

Une nouvelle société sera finalement ouverte le 16 octobre, du nom de « France Close Protection », dirigée par Yohann Petit, un ancien militaire qui travaillait sur le contrat pour Velours. Les deux hommes ont également changé de banque et placé le compte de cette nouvelle société dans une banque en ligne.

Alexandre Benalla est devenu salarié de « France Close Protection » et percevait 12 474 euros, dans le même temps que ces indemnités de retour à l’emploi après son licenciement de l’Élysée, estimées entre 3 097 et 3 871 euros selon Mediapart.