Le mercredi 7 octobre 2026 à 09:25
Le ministre de l'Intérieur a annoncé ce mercredi 7 octobre la suspension, pour le mouvement lycéen, d'une grenade assourdissante utilisée par les forces de l'ordre. Cette décision fait suite à la grave blessure d'un lycéen de 15 ans, qui a eu la main arrachée lundi lors d'un blocage devant un établissement de Lens (Pas-de-Calais). L'adolescent a été amputé de la main gauche.
Invité de RTL, Laurent Nuñez a indiqué avoir demandé dès mardi que cette grenade ne soit plus employée lors des mobilisations des lycéens. "Je suspends leur usage pour le mouvement des lycéens tant que la lumière n'a pas été faite sur ce qui s'est passé dans cette affaire", a déclaré le ministre. Il a précisé que la mesure s'appliquait "uniquement pour le mouvement lycéen, le temps de comprendre ce qui s'est passé". Selon lui, il existe une "possibilité forte" que la blessure ait été provoquée par ce type d'arme intermédiaire. Le ministre a par ailleurs indiqué que l'Inspection générale de la police nationale (IGPN) avait été saisie de dix-huit enquêtes au total.
Un télégramme envoyé dès mardi à toutes les directions
La mesure avait été formalisée la veille dans un télégramme du directeur général de la police nationale, Louis Laugier. Daté du mardi 6 octobre, ce document a été adressé à l'ensemble des directions zonales, interdépartementales, départementales et territoriales de la police nationale, ainsi qu'à la direction centrale des CRS. Il précise que la suspension, prise "à titre conservatoire", vise "la grenade ASSD (marque Alsetex) projetée par lanceur", "dans le cadre du mouvement des lycéens uniquement" et "le temps que les circonstances de la blessure du jeune homme à Lens soient établies".
Des versions divergentes sur les circonstances
Les faits se sont produits lundi 5 octobre, vers 11 heures, devant le lycée professionnel Auguste-Béhal, alors bloqué par ses élèves. Selon le préfet du Pas-de-Calais, François-Xavier Lauch, entre 200 et 250 lycéens étaient rassemblés et certains ont lancé des projectiles sur les fonctionnaires. Le jeune homme, élève de seconde en bac pro depuis quelques semaines, a été grièvement blessé à la main au contact d'une grenade. Il a été transporté dans un hôpital de Lille (Nord) et son pronostic vital n'est pas engagé. D'après le maire de Wingles, la commune voisine de Lens où il habite, l'adolescent a été amputé de la main gauche et a bénéficié d'une greffe.
Le procureur de la République de Béthune, Étienne Thieffry, a fait un premier point sur l'enquête mardi soir. "Les premiers éléments de l'enquête établissent que plusieurs grenades ont été utilisées le matin des faits après sommations pour disperser l'attroupement, alors que les CRS essuyaient des tirs de projectiles et que des poubelles étaient incendiées : grenades lacrymogènes, puis au moins une grenade assourdissante", a indiqué le magistrat. Selon lui, aucune plainte n'a été déposée à ce stade et les "auditions se poursuivent".
Les investigations, confiées à l'IGPN, devront notamment déterminer si l'adolescent a ramassé la grenade ou si elle est retombée sur lui, et si son usage était conforme au cadre réglementaire. D'après des sources proches de l'affaire, le lycéen aurait saisi l'engin après son lancer. Un témoin interrogé par France 3 livre une autre version : la grenade serait directement tombée dans sa main.
Sur place lundi, le préfet a regretté la gravité de la blessure. "Nous ne faisons pas du maintien de l'ordre pour en aboutir à ces faits", a-t-il déclaré.
Le ministre visé par des appels à la démission
Depuis plusieurs jours, la gauche dénonce un recours "disproportionné" à la force dans le maintien de l'ordre face à la contestation lycéenne. Laurent Nuñez fait l'objet de plusieurs appels à la démission. Ils émanent notamment de Mathilde Panot, présidente du groupe LFI à l'Assemblée nationale, et de Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes.
Depuis le début de la mobilisation lycéenne, 6 547 personnes ont été interpellées, dont 488 pour la seule journée de mardi, a annoncé le ministère de l'Intérieur. Plus de 700 policiers et gendarmes ont été blessés.