Canicule : Le ministre de l'Intérieur demande aux préfets d'interdire la vente et la consommation d'alcool dans l'espace public

Face à un épisode caniculaire d'une intensité inédite, Beauvau a demandé aux préfets d'harmoniser les arrêtés encadrant l'alcool sur le domaine public. Deux mesures sont visées : l'interdiction de la consommation et celle de la vente à emporter.
Canicule : Le ministre de l'Intérieur demande aux préfets d'interdire la vente et la consommation d'alcool dans l'espace public
Laurent Nuñez lors de son audition à l'Assemblée nationale pour le projet de loi RIPOST, le 22 juin 2026. (capture écran vidéo / Assemblée nationale)
Par Actu17
Le vendredi 26 juin 2026 à 13:04

Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a demandé aux préfets, dans un télégramme classé "Urgent" daté du 24 juin 2026 et dont Actu17 a eu connaissance, d'harmoniser les arrêtés interdisant la consommation et la vente à emporter d'alcool sur le domaine public, face à l'épisode caniculaire exceptionnel qui frappe la France. L'objectif affiché est double : préserver les capacités des services de secours et prévenir tout trouble à l'ordre public.

Dans ce document, le ministre rappelle que les mardi 23 et mercredi 24 juin ont été "les journées les plus chaudes jamais mesurées en France", avec des conditions similaires attendues jusqu'au week-end et des maximales autour de 40 à 42 °C. Il souligne qu'en période de canicule "rouge", les autorités médicales recommandent d'éviter l'alcool, celui-ci aggravant la déshydratation et multipliant le risque de "coup de chaleur".

Deux mesures à harmoniser

Concrètement, Laurent Nuñez demande aux préfets deux mesures. La première porte sur l'interdiction de la consommation de boissons alcooliques sur le domaine public, "à l'exception des parties de ce domaine régulièrement occupées par des restaurants et débits de boissons titulaires des autorisations nécessaires (terrasses,…)". La seconde concerne l'interdiction de la vente à emporter de boissons alcooliques "du 3eme au 5eme groupe sur le domaine public", soit l'ensemble des boissons alcoolisées, de la bière et du vin jusqu'aux spiritueux. Selon la communication du ministère, cette interdiction doit être "matérialisée par un arrêté limité dans le temps et dans l'espace".

Le ministre précise toutefois que, dans les départements les plus durement touchés, les préfets peuvent aller plus loin. "Vous pourrez ainsi envisager des interdictions portant sur l'ensemble du territoire départemental", écrit-il. La place Beauvau confirme que sur les départements placés en vigilance rouge sur plusieurs jours, l'interdiction "par arrêté peut concerner tout le département et pas seulement des portions de territoire".

Le précédent de la fête de la musique

Cette décision fait suite à une réunion de la cellule interministérielle de crises (CIC) qui s'est tenue mardi 23 juin, en retour d'expérience de la fête de la musique. Un précédent télégramme, daté du 20 juin, avait déjà demandé aux préfets "de prendre des arrêtés d'interdiction de consommation d'alcool sur la voie publique et dans les espaces publics à l'occasion notamment de la fête de la musique". Une démarche qui, selon le ministre, "a permis de limiter les situations à risques et de maitriser la sollicitation des services de secours et d'urgence lors de cette manifestation".

Le ministère justifie ces nouvelles mesures par deux raisons : "on sait que l'alcool aggrave les risques en cas de chaleur notamment pour noyade" et "il faut préserver les capacités des services de santé déjà saturés".

Le ministre de l'Intérieur place enfin sa démarche en perspective avec ce qu'il qualifie de "triste fléau des noyades", "plus de 40 personnes étant décédées depuis le 18 juin 2026, essentiellement des jeunes". Il demande aux préfets d'accompagner ces interdictions d'une communication "empreinte de pédagogie sur la finalité et le caractère temporaire de ces mesures", en lien étroit avec les élus locaux des territoires concernés.

Solidays et la Marche des fiertés annulés à Paris

Ces mesures interviennent dans un contexte où plusieurs grands rassemblements ont été annulés en raison de la canicule. À Paris, la Préfecture de police a ainsi obtenu l'annulation du festival Solidays et de la Marche des fiertés, prévus ce week-end des 27 et 28 juin. Le préfet de police Patrice Faure a demandé aux organisateurs de renoncer à leurs événements, sous peine d'interdiction par arrêté, afin de soulager des services de secours et des établissements de santé déjà saturés.

La 28e édition de Solidays, qui devait se tenir à l'Hippodrome de Paris-Longchamp, a été annulée pour ses trois jours, à quelques heures de son ouverture, tandis que la Marche des fiertés était programmée le samedi 27 juin.