Mort de Lyhanna : Gérald Darmanin reconnaît que la justice a «failli» et présente ses excuses

Invité du 20 heures de TF1 ce vendredi, le garde des Sceaux a reconnu que la justice avait failli à protéger la fillette de 11 ans et présenté ses excuses à sa famille, quelques heures après l'identification formelle de son corps. Il a annoncé qu'il proposerait des sanctions.
Mort de Lyhanna : Gérald Darmanin reconnaît que la justice a «failli» et présente ses excuses
Gérald Darmanin sur le plateau de TF1 ce vendredi 5 juin 2026. (capture écran)
Par La Rédaction
Le vendredi 5 juin 2026 à 20:41 - MAJ vendredi 5 juin 2026 à 20:58

Le ministre de la Justice Gérald Darmanin a reconnu une défaillance de l'institution judiciaire dans l'affaire Lyhanna et présenté ses excuses à la famille de la fillette, invité ce vendredi soir au journal télévisé de 20 heures de TF1. Le garde des Sceaux, qui s'exprimait quelques heures après la confirmation que le corps découvert était bien celui de la collégienne de 11 ans, a annoncé qu'il proposerait des sanctions en cas de faute avérée.

"L'institution judiciaire que je représente a pour but de protéger les Français. Et aujourd'hui, elle n'a pas su protéger cette petite fille. Je tiens à présenter mes excuses à sa famille et aux Français qui sont légitimement choqués, terrifiés de voir de telles défaillances", a déclaré Gérald Darmanin. "Nous avons failli", a-t-il insisté.

La plainte d'août 2025 et l'absence de garde à vue

Le ministre a reconnu une série de défaillances, sans vouloir rejeter la faute sur un acteur en particulier. "Il y a eu des défaillances, il y en a sans doute eu chez les forces de l'ordre, mais je ne veux pas rejeter la faute sur quelqu'un : nous avons failli, notamment sur la dernière plainte, d'août 2025", qui aurait pu empêcher le suspect d'agir, a-t-il souligné. Le garde des Sceaux a indiqué que le mis en cause était déjà connu de la justice : "Il y a eu des plaintes, des dossiers médicaux, et le nom d'une personne connue dans nos dossiers. Cette personne a déjà eu des plaintes pour des attouchements sexuels et des mineurs."

Gérald Darmanin a particulièrement déploré l'absence de garde à vue depuis cette dernière plainte. "Entre août 2025 et maintenant, cette personne n'a même pas été mis en garde à vue", a-t-il regretté. Une situation "contraire aux consignes" qu'il dit donner aux magistrats du parquet sur le traitement de ce type de dossiers.

Le garde des Sceaux a par ailleurs estimé que le "manque de moyens" ne pouvait constituer une excuse. "J'ai dit qu'il fallait qu'on priorise les plaintes pour des attouchements sur les enfants et les femmes. Ça n'a pas été priorisé", a-t-il affirmé.

Des sanctions et un «immense échec»

Le ministre a indiqué qu'il proposerait des sanctions si les responsabilités étaient établies. "J'assume mes responsabilités, et je proposerais des sanctions", a-t-il déclaré, évoquant de possibles sanctions "pour faute professionnelle" "si les faits semblent être confirmés". Il a annoncé qu'il rendrait publiques les conclusions de l'inspection diligentée sur l'affaire.

Le garde des Sceaux a prévenu que "l'indépendance" des magistrats ne signifiait pas l'"irresponsabilité". "J'assume mes responsabilités, et je proposerais des sanctions", a-t-il déclaré. "Si jamais les intuitions qui sont les miennes - et de ce que je peux en lire dans la presse et dans la remontée de mes services - sont avérées, je proposerai évidemment des sanctions" pour "des défaillances, des fautes professionnelles", a-t-il averti. Il a annoncé qu'il rendrait publiques les conclusions de l'inspection diligentée sur l'affaire.

Gérald Darmanin a enfin exprimé sa colère face à ce qu'il a qualifié d'"immense échec". "Je suis furieux de cette situation", a-t-il lancé. "Je m'en veux parce que je suis père de famille. Les Français ont raison d'être en colère", a ajouté le ministre.

Le corps de Lyhanna formellement identifié

Ces déclarations sont intervenues alors que le procureur de la République d'Agen, Olivier Naboulet, a confirmé en début de soirée, dans un communiqué, que le corps découvert la veille était bien celui de Lyhanna. "A cette heure, l'identification de la victime est confirmée, au moyen d'une comparaison d'ADN : le corps découvert est bien celui de Lyhanna", a indiqué le magistrat. L'identification a été établie à l'issue de l'autopsie pratiquée vendredi matin. Les causes du décès n'ont en revanche pas encore pu être déterminées : "Les médecins légistes, en l'état de leurs investigations, ne sont pas aujourd'hui en mesure d'indiquer quelles sont les causes de la mort ; dès lors des examens et expertises complémentaires ont été ordonnés et vont être diligentés", a précisé Olivier Naboulet. L'information judiciaire a été requalifiée en meurtre sur une mineure de moins de 15 ans.

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Lyhanna, 11 ans, a disparu le 29 mai à Fleurance (Gers). Son corps a été retrouvé jeudi après-midi sur une exploitation agricole de Puycasquier, à une quinzaine de kilomètres de là. Le principal suspect, Jérôme B., âgé de 41 ans, a été mis en examen pour enlèvement et séquestration de mineure de moins de 15 ans, puis placé en détention provisoire le 1er juin. Ce père de famille, qui connaissait personnellement la fillette et ses parents, conteste toute implication. Jamais condamné, il avait toutefois fait l'objet, avant la disparition de Lyhanna, de trois procédures distinctes concernant des faits visant des mineurs. Il encourt 30 ans de réclusion criminelle.

Plus tôt dans la journée, le président de la République Emmanuel Macron avait dénoncé un "dysfonctionnement" de la justice et réclamé des enquêtes "très rapides". Une réunion s'est tenue à Matignon ce vendredi matin, et Gérald Darmanin doit réunir l'ensemble des procureurs généraux lundi matin à la Chancellerie.

«La parole des enfants victimes ne pèse rien dans le système judiciaire français»

Dans le monde syndical, la secrétaire nationale du syndicat de police Un1té, Linda Kebbab, a réagi sur le réseau social X ce vendredi après-midi en publiant la photo du placard d'un policier d'une brigade de protection de la famille, où s'empilent selon elle "350 dossiers de délits et de crimes sexuels sur mineurs". Elle dénonce des plaintes de mineurs "classés sans suite lorsqu'il n'y a pas de « traces »" et estime que "la parole des enfants victimes ne pèse rien dans le système judiciaire français". "Il y aura malheureusement d’autres affaires Lyhanna", affirme Linda Kebbab.