Abdoulaye Kanté, policier : «Regarder la réalité en face pour mieux protéger les Français»

TRIBUNE — Abdoulaye Kanté est policier depuis plus de vingt-cinq ans dans différents services : police-secours, brigade anticriminalité (BAC), brigade des stups et police judiciaire. Il intervient régulièrement dans le débat public sur les questions de sécurité.
Abdoulaye Kanté, policier : «Regarder la réalité en face pour mieux protéger les Français»
Abdoulaye Kanté est brigadier-chef dans la police nationale.
Par Abdoulaye Kanté
Le vendredi 16 janvier 2026 à 18:18

La sécurité est aujourd'hui l'un des sujets les plus sensibles du débat public. Elle est trop souvent abordée à travers des postures idéologiques, alors qu'elle devrait être traitée avec lucidité, responsabilité et sens du réel. Policier depuis plus de vingt-cinq ans, je sais une chose : on ne protège pas une société en niant ce qu'elle traverse.

Les Français ne demandent ni des discours rassurants, ni des promesses irréalistes. Ils demandent que l'État regarde la réalité en face et agisse avec cohérence.

Une insécurité qui évolue, des réponses qui doivent s'adapter

La délinquance d'aujourd'hui n'est plus celle d'hier. Elle est plus mobile, plus violente, plus organisée. Elle touche désormais des publics de plus en plus jeunes et exploite toutes les failles de notre société.

La prostitution de mineurs, phénomène longtemps sous-estimé, en est l'une des illustrations les plus glaçantes. Sur le terrain, les policiers constatent une multiplication de situations d'exploitation sexuelle de jeunes, souvent recrutés via les réseaux sociaux, placés sous emprise, déplacés de ville en ville. Derrière ces parcours brisés, il y a des réseaux structurés, de la traite d'êtres humains et une criminalité qui prospère sur notre incapacité collective à agir assez vite.

Ce n'est pas un sujet moral. C'est un enjeu majeur de sécurité publique, de protection de l'enfance et de dignité humaine.

Crise migratoire : sortir du déni, sans tomber dans l'amalgame

La question migratoire est trop souvent traitée de manière caricaturale. Pourtant, sur le terrain, ses effets sont concrets. Des parcours migratoires chaotiques, une précarité extrême et une absence de régulation claire créent des vulnérabilités que les réseaux criminels exploitent sans scrupule : travail clandestin, mendicité forcée, trafic de stupéfiants, exploitation sexuelle.

Dire cela n'est ni stigmatiser ni amalgamer. Les premières victimes sont souvent les migrants eux-mêmes. Mais refuser de nommer ces réalités, c'est laisser prospérer des zones de non-droit.

La sécurité suppose de reprendre le contrôle, de mieux identifier, de mieux accompagner quand c'est possible, mais aussi d'éloigner du territoire ceux qui violent nos lois lorsque le cadre juridique le prévoit. L'État ne peut pas être fort à moitié.

Terrorisme : une menace durable qui exige vigilance et cohérence

Le terrorisme n'est pas un souvenir du passé. Il demeure une menace persistante, protéiforme, souvent diffuse, parfois endogène. Les modes opératoires évoluent, les profils changent, mais le risque reste réel.

La France a payé un lourd tribut. Elle a aussi beaucoup appris. Le renseignement, la coopération entre services, la présence policière visible et la capacité de réaction rapide ont permis de déjouer de nombreux projets d'attentats.

Mais cette vigilance ne peut jamais se relâcher. La menace terroriste exige du temps, des moyens, de la constance et une doctrine claire. Elle suppose aussi un discours politique responsable : ni alarmiste, ni angélique.

La lutte contre le terrorisme ne repose pas uniquement sur des dispositifs exceptionnels. Elle s'appuie aussi sur le renseignement de proximité, sur la détection des signaux faibles, sur la capacité à agir en amont, et sur une justice qui sait protéger sans renoncer à l'État de droit.

Police nationale et police municipale : une complémentarité indispensable

Les Français ne veulent plus de querelles institutionnelles. Ils veulent des résultats. Sur le terrain, la complémentarité entre Police nationale et Police municipale est devenue indispensable.

Renforcer les polices municipales n'est pas un désengagement de l'État. C'est une réponse pragmatique aux réalités locales, à condition que les rôles soient clairement définis, que la coordination soit effective et que la doctrine d'emploi soit partagée.

Le PNACO, le renseignement territorial, la vidéoprotection, les outils numériques et la présence humaine sur la voie publique sont des leviers efficaces lorsqu'ils sont accompagnés de moyens humains et judiciaires à la hauteur.

Soutenir la police, c'est protéger l'État de droit

Une police forte n'est pas une police hors de contrôle. Elle est formée, encadrée, responsable. Mais elle doit être soutenue clairement dans sa mission.

La défiance systématique fragilise les forces de l'ordre et, au-delà, l'ensemble de la chaîne de sécurité. Une société qui doute en permanence de ceux qui la protègent affaiblit ses propres fondations.

La ligne portée par Laurent Nuñez, fondée sur la fermeté, le respect du cadre légal et le soutien sans ambiguïté aux forces de l'ordre, s'inscrit dans cette responsabilité républicaine. Elle n'est ni brutale ni laxiste. Elle est réaliste.

À l'approche des échéances électorales : un devoir de vérité

La sécurité mérite mieux que des slogans de campagne. Elle exige de la sincérité.
Il faut dire la vérité aux Français : la sécurité a un coût humain, financier et politique. Elle demande de la constance, des effectifs, du temps et une justice capable de répondre vite et clairement. La police ne peut pas tout, à elle seule. Sans réponse pénale lisible, sans prévention crédible, sans coopération loyale entre l'État et les collectivités, l'action policière s'épuise.

Assumer une vision adulte de la sécurité

La France dispose d'institutions solides, de professionnels engagés et d'un savoir-faire reconnu. Ce qui manque parfois, ce n'est pas la compétence, mais le courage de nommer les problèmes et d'y répondre sans détour.

La sécurité n'est ni un thème électoral parmi d'autres, ni un sujet de confort. Elle est une condition essentielle de la liberté, de la cohésion nationale et de la confiance collective.
Regarder la réalité en face n'est pas céder à la peur.

C'est faire preuve de responsabilité.