«Rendons aux policiers les moyens de nous protéger»

TRIBUNE — Brice Masseix est entrepreneur, enseignant et ancien conseiller municipal. Il livre pour Actu17 ses propositions pour restaurer la confiance entre l'État et ses forces de l'ordre, de la protection juridique des policiers et des gendarmes à celle de leurs proches.
«Rendons aux policiers les moyens de nous protéger»
Brice Masseix est entrepreneur, enseignant et ancien conseiller municipal.
Par Brice Masseix
Le vendredi 23 octobre 2026 à 11:04

Les policiers et les gendarmes doivent pouvoir compter sur l'État autant que nous comptons sur eux. Face à la violence, ils ont besoin d'un soutien explicite, d'un cadre juridique protecteur et de la certitude que leur sphère privée sera protégée.

Rendre à nos forces de l'ordre le prestige de leur mission et le respect qu'elles doivent inspirer exige des décisions concrètes. La confiance doit commencer au sommet et se prolonger sur le terrain comme après l'intervention.

Restaurer la confiance et le respect dus aux policiers et aux gendarmes

Cette confiance commence par le respect de la présomption d'innocence. Une accusation doit être examinée. Elle ne constitue pas un verdict. Une vidéo doit être analysée dans son contexte. Elle ne saurait, à elle seule, autoriser un responsable public à prononcer une condamnation avant la justice. Comment faire respecter l'uniforme lorsque l'État lui-même contribue à le fragiliser ?

Face à des criminels organisés, parfois lourdement armés, et à des émeutiers venus pour "casser du flic", nos policiers et nos gendarmes doivent pouvoir faire face à armes égales. Ils doivent pouvoir répondre à la gravité des attaques, dans le respect de la nécessité et de la proportionnalité, sans craindre des poursuites injustifiées pour avoir simplement accompli leur mission.

Les attaques rapportées en Guadeloupe rappellent la réalité de ce danger. Deux gendarmes de l'antenne du GIGN ont été grièvement blessés par balle aux Abymes. Alliance Police Nationale a aussi dénoncé des tirs à balles réelles contre un véhicule du RAID. Derrière ces faits, il y a des hommes et des femmes qui risquent leur vie, et des familles qui attendent leur retour.

Nos policiers et nos gendarmes doivent rendre compte de leur action, mais ils doivent aussi pouvoir compter sur leur institution. Affronter le danger, puis se retrouver seuls pour défendre la légitimité de leur intervention : voilà la double peine que l'État doit leur épargner.

Renforcer leur protection juridique et leurs capacités d'intervention

L'Assemblée nationale a déjà franchi une étape en adoptant, le 7 juillet 2026, une proposition de loi prévoyant une présomption d'usage légitime des armes pour les policiers nationaux et les gendarmes. Ce texte, transmis au Sénat, doit maintenant aboutir rapidement. Je demande au gouvernement et au Parlement d'en faire une priorité jusqu'à son adoption définitive et son entrée en vigueur. Nos forces de l'ordre ont besoin d'une protection concrète et effective sur le terrain.

Cette présomption doit pouvoir être renversée lorsque les faits le justifient, en préservant les exigences de nécessité et de proportionnalité, ainsi que le contrôle de la justice.

La confiance exige aussi que l'État assume les techniques qu'il enseigne à ses agents. Après la mort de George Floyd aux États-Unis et les mobilisations qui ont suivi en France, notamment soutenues par des élus de La France insoumise, le gouvernement a annoncé l'abandon de la technique dite de l'étranglement alors que son remplacement restait à définir.

L'État aurait dû préparer concrètement l'évolution des pratiques avant d'annoncer publiquement leur abandon. Une technique peut légitimement être écartée lorsque ses risques le justifient. Mais l'émotion suscitée par un drame à l'étranger ne devait pas dicter le calendrier des annonces politiques concernant les pratiques de notre police.

Cette annonce a envoyé un mauvais signal : un désaveu pour nos agents, un doute pour nos concitoyens et le sentiment d'une autorité qui recule pour les délinquants. Cette injustice doit être réparée.

Je demande le réexamen des techniques écartées et le rétablissement encadré de celles dont l'efficacité et les conditions de sécurité peuvent être établies. L'État ne devrait jamais céder à la pression et abandonner celles et ceux qui le servent.

Protéger les agents et leurs proches en dehors du service

Le soutien de l'État aux policiers et aux gendarmes doit se poursuivre après l'intervention et en dehors du service. La protection fonctionnelle existe : elle doit être accessible rapidement et effectivement mise en œuvre lorsque ses conditions sont réunies. Un agent menacé ou mis en cause à raison de ses fonctions doit pouvoir être accompagné sans se perdre dans les démarches au moment où il est le plus vulnérable.

Cette protection doit aussi être psychologique. Les suicides de policiers nous obligent à prendre leur souffrance au sérieux, sans présumer les causes de chaque drame. Une confiance exprimée officiellement, un cadre d'intervention clair et la certitude d'être soutenu peuvent contribuer à réduire l'isolement et l'inquiétude liés au métier. Ils doivent aller de pair avec un accès rapide et confidentiel aux dispositifs de soutien psychologique existants. Ceux qui nous protègent doivent pouvoir demander de l'aide sans craindre d'être déconsidérés.

Leurs proches doivent aussi être protégés. Servir la République ne devrait jamais transformer un conjoint ou un enfant en cible. Dans l'agglomération lilloise, le cas rapporté d'une adolescente menacée parce que son père est policier l'illustre. Comment exercer sereinement sa mission lorsque son propre enfant a peur de retourner en classe ?

Il faut mieux préserver l'identité et les données personnelles des agents exposés, notamment par le recours à une identification administrative dans les procédures, avec les garanties nécessaires aux droits de la défense. La justice doit pouvoir identifier chaque agent ; les personnes qui le menacent ne doivent pas pouvoir retrouver sa famille. Les proches pris pour cible doivent eux aussi être accompagnés, en mobilisant les protections existantes.

Sanctionner les abus de manière exemplaire

Cette confiance oblige enfin ceux qui la reçoivent. Lorsqu'un abus est établi, il doit être sanctionné de manière exemplaire. Les dérives individuelles portent atteinte aux victimes, mais aussi à tous les policiers et gendarmes qui accomplissent leur mission avec intégrité. Les sanctionner protège l'honneur de l'institution.

Dans une période de contraintes budgétaires, ces demandes portent d'abord sur des décisions politiques et juridiques, et sur l'application effective des protections existantes. L'État doit assumer son autorité et soutenir ceux auxquels il en confie l'exercice.

Rendons à l'uniforme son prestige et à ceux qui le portent la confiance de leur institution. Pour nous protéger, nos policiers et nos gendarmes doivent savoir que l'État sera à leurs côtés.