Cavaillon : Un commando encagoulé ouvre le feu quartier Dr-Ayme et tire sur les policiers


Une quinzaine d'individus armés ont ouvert le feu à Cavaillon samedi soir. (captures écran/DR)

Une quinzaine d’hommes armés et encagoulés ont fait irruption dans le quartier du Dr-Ayme à Cavaillon (Vaucluse) samedi soir. Ils s’en sont pris à un autre groupe d’une dizaine d’individus et ont ouvert le feu à de nombreuses reprises. Les auteurs ont également tiré sur les policiers dans leur fuite. Trois suspects ont pu être interpellés, ils ont été déférés ce lundi soir. Récit.

Scène surréaliste et glaçante ce samedi soir dans le quartier du Dr-Ayme à Cavaillon, alors même que des familles et des enfants profitaient de cette soirée d’été. Des hommes habillés tout en noir, encagoulés et lourdement armés, ont débarqué vers 21h30 à bord de deux voitures. Ils sont venus s’en prendre à un autre groupe d’une dizaine de jeunes hommes. Ces derniers auraient été ligotés avec des serflex (des colliers de serrage en plastique, ndlr), puis frappés, décrit une source proche de l’enquête. Certains auraient également reçu des coups à l’arme blanche.

Les agresseurs ont ouvert le feu à de multiples reprises, sans faire de blessé. Des riverains paniqués ont alerté la police. Plusieurs vidéos amateurs ont été diffusées sur les réseaux sociaux, on aperçoit le commando dont certains membres sont munis d’une arme longue. Il est également possible d’entendre de nombreux tirs.

Les policiers visés par des tirs

C’est un équipage de police-secours qui est arrivé le premier dans le quartier. Les individus armés sont alors remontés dans les véhicules avec lesquels ils étaient arrivés, un SUV Range-Rover et une Peugeot 208. Les forces de l’ordre sont parties à leur poursuite. Un peu plus loin, l’un des passagers a ouvert le feu à au moins quatre reprises sur le véhicule de police selon cette même source. Fort heureusement, la voiture des fonctionnaires n’a pas été atteinte. Les fuyards ont disparu.

Le SUV Range-Rover a été découvert incendié vers 22h30 sur le chemin de la Sacristie, à Avignon. Puis vers minuit, c’est la Peugeot 208 – signalée volée – qui a été retrouvée carbonisée sur la commune de Châteauneuf-de-Gadagne.

La police judiciaire a rapidement été saisie de cette enquête. Les premiers éléments du dossier ont montré qu’au moment des faits, le groupe de victimes se trouvait sur un point de deal et était venu se procurer des produits stupéfiants. Une douzaine d’étuis de calibre 5,56 et 9 mm ont été retrouvés sur place, mais il n’y avait aucun blessé.

Un pistolet-mitrailleur Uzi abandonné dans la rue

Au pied d’un immeuble du quartier du Dr-Ayme, les policiers ont découvert peu après les faits un pistolet-mitrailleur semi-automatique de type Uzi, qui avait été abandonné. La suite des recherches ont conduit les fonctionnaires jusqu’à un appartement où ils ont interpellé trois suspects. Âgés de 16, 19 et 20 ans et tous connus des services de police, ils ont été placés en garde à vue. Le trio est accusé d’avoir participé à cette descente qui semblait bien préparée, et de s’être réfugiée dans ce logement à l’arrivée de la police. Lors de la perquisition, une arme de poing, un gilet pare-balles et des serflex ont été saisis, ainsi qu’un couteau qui aurait été utilisé par le commando.

Un peu plus tard, les policiers ont été informés qu’un jeune homme de 21 ans se trouvait à l’hôpital et faisait partie du groupe des victimes. Blessé au visage et présentant une plaie à l’arme blanche, ses jours ne sont pas en danger. « Ce commando venait du quartier de Saint-Chamand à Avignon, il s’agit ni plus ni moins de faits liés au trafic de stupéfiants et à une guerre de territoire », détaille une source policière. Depuis l’assassinat de Tarik M., 35 ans, tué par une vingtaine de tirs alors qu’il se trouvait seul dans sa voiture en avril dernier, « les trafiquants tentent de récupérer le terrain et donc les points de deal que cette tête de réseau occupait », glisse cette même source.

Les trois suspects ont été déférés au tribunal judiciaire d’Avignon ce lundi soir. Leurs complices sont recherchés. Une information judiciaire a également été ouverte des chefs de « violences aggravées, trafic de stupéfiants, association de malfaiteurs et tentative de meurtre sur personne dépositaire de l’autorité publique ».

« La résidence du Docteur Ayme est quadrillée de checkpoint avec des hommes lourdement armés qui contrôlent les personnes qui entrent dans la résidence »

Du côté des habitants, c’est le désarroi le plus complet. Ces derniers ont décidé de publier un communiqué au sujet de la situation dans le quartier du Dr-Ayme, qu’ils décrivent longuement. « Il s’agit d’une soirée sans précédente pour les habitants de la résidence du Docteur Ayme. Le niveau de violence atteint, correspond à celui d’une véritable guérilla urbaine », affirme le communiqué diffusé sur les réseaux sociaux. Lors des faits samedi soir, de nombreux habitants « prennent l’air paisiblement afin de profiter de moment de fraîcheur. La place centrale de la résidence regroupe alors des enfants en bas âge accompagnés de leurs parents. Plusieurs personnes âgées sont aussi présentes ».

« Soudain, plus d’une dizaine d’hommes armés arrivent avec plusieurs véhicules et tirent avec des armes automatiques. S’ensuit un mouvement de panique, où plusieurs personnes vulnérables trébuchent en tentant de fuir le secteur », racontent les habitants. « Les enfants, les parents sont sous le choc et essaient de regagner le plus vite possible leur domicile sous une pluie de balles de gros calibre ».

Le communiqué détaille ensuite une situation impensable survenue dès le lendemain. « Aujourd’hui dimanche 18 juillet 2021, la résidence du Docteur Ayme est quadrillée de checkpoint avec des hommes lourdement armés qui contrôlent les personnes qui entrent dans la résidence. (…) En d’autres termes, on a toute une population au sein de Cavaillon qui est prise en otage ce dimanche », peut-on lire. Vient ensuite un véritable appel au secours : « Les habitants de la résidence du Docteur Ayme appellent les personnes à la tête des institutions en charge des missions de sécurité publique, à prendre pleinement leurs responsabilités pour assurer notre sécurité et nous libérer de cette prise d’otage ».

Le communiqué des habitants.