Christophe Dettinger condamné à 30 mois de prison dont 12 mois ferme, aménageable en semi-liberté.


(capture écran Facebook)

Christophe Dettinger comparaissait ce mercredi au tribunal correctionnel de Paris pour avoir violemment frappé deux gendarmes mobiles le 5 janvier dernier, durant la manifestation des Gilets jaunes pour l’acte VIII.

L’ancien boxeur professionnel a été condamné à 30 mois de prison dont 12 mois ferme, qui seront effectués sous le régime de la semi-liberté. Christophe Dettinger dormira donc en prison, et sera libre la journée. Une décision qui s’appliquera sous cinq jours maximum.

Le coupable a également écopé d’une interdiction de séjour à Paris, durant 6 mois. Par ailleurs, l’ancien-boxeur devra verser 3000 euros de dommages et intérêts aux deux gendarmes blessés.

Christophe Dettinger était jugé ce mercredi pour « violences volontaires en réunion sur personnes dépositaires de l’autorité publique » ayant notamment entraîné une incapacité temporaire de travail supérieure à huit jours.

Trois ans de prison avaient été requis par le parquet

Le procureur avait requis trois ans de prison, dont un an assorti d’une mise à l’épreuve avec une obligation de travail et une obligation d’indemniser les victimes à l’encontre de Christophe Dettinger.


« En voulant empêcher une injustice, j’en ai commis une autre »

Durant les débats, Christophe Dettinger a expliqué sa version des faits : « Je cherche ma femme, je vois des coups de matraque de gendarmes donnés à des Gilets jaunes. Bam, bam, bam. Je ne comprenais pas. Je vois une dame au sol, un coup de pied et un coup de matraque levée, c’est là que je me jette sur le gendarme et je tape ».

Les vidéos des faits ont été visionnées durant l’audience. On y aperçoit clairement le prévenu porter des coups aux deux gendarmes. Interrogé, M. Dettinger s’est alors exprimé : « Ce n’est pas une belle image qu’on voit. En voulant empêcher une injustice, j’en ai commis une autre. Ce geste, je le regrette depuis le premier jour. »

« Les vidéos des médias m’ont choqué parce qu’il y avait que cette violence qui était là. Les gestes que j’ai commis ne sont pas bons. J’aurais dû la défendre [la dame] et en rester là. » a également déclaré Christophe Dettinger.

« On s’est dit que ça aurait pu être beaucoup plus grave »

Seul un des deux gendarmes était présent à l’audience, il s’est longuement exprimé et a répondu aux questions du tribunal. Son collègue, notamment blessé au genou, n’a toujours pas pu reprendre son travail depuis le 5 janvier.

« On avait pour consigne d’empêcher les manifestants de monter sur la partie haute de la passerelle » a expliqué l’un des gendarmes interrogé à la barre. « Je prends beaucoup de gaz juste avant [les coups de Christophe Dettinger]. Quand M. Dettinger me frappe, je ne vois pas grand chose. Et ses coups sont bien dirigés » raconte-t-il.

« Il [le second gendarme] ne voulait pas venir aujourd’hui pour ne pas se retrouver face à M. Dettinger » a également déclaré le militaire. « On a compris ce jour-là qu’on avait franchi un cap dans la violence. On s’est dit que ça aurait pu être beaucoup plus grave. Notamment si l’un d’entre nous avait été passé par dessus la passerelle. Dans l’eau, avec tout notre matériel… » a poursuivi la victime face au tribunal.

« Reprenez-vous les uns les autres ! Sinon, il y a quelqu’un qui va mourir ! »

Ce fut ensuite à l’un des avocats de la partie civile de prendre la parole. « La décision que vous allez rendre, elle est suivie par tout le monde : les manifestants, les casseurs, les forces de l’ordre, les citoyens. J’appelle chacun à la responsabilité. Nous allons sinon avoir un drame. (…) Reprenez-vous les uns les autres ! Sinon, il y a quelqu’un qui va mourir ! » a plaidé Me Thibault de Montbrial, l’un des avocats des deux gendarmes.

Le parquet avait requis trois ans de prison dans son réquisitoire comme nous l’avons indiqué. « Il y a des plaintes contre les forces de l’ordre. Mais dans ce cas-là, il ne faut pas faire diversion. Il s’agit de coups violents, répétés, portés à la tête de membres de forces de l’ordre » a rappelé le procureur de la République dans son réquisitoire.

« Il était bouleversé par ce qu’il avait fait »

Me Hugues Vigier, l’un des avocats du prévenu a ensuite pris la parole : « Oui ça mérite une peine. Mais qui dit peine sévère ne dit pas forcément retour en prison. Il doit sortir maintenant. (…) J’ai vu cet homme à la prison. Je suis un vieil avocat. Et il ne ressemble pas aux autres hommes que j’ai vus en prison. Il était bouleversé par ce qu’il avait fait ».

« Oui, il va être condamné à des dommages et intérêts. Oui, il devra payer et ce sera très dur. Mais laissez-le travailler, que diable ! » a poursuivi l’avocat.

« J’ai pas pensé aux gendarmes, à leurs proches »

Peu avant que le tribunal se retire, Christophe Dettinger s’est exprimé une dernière fois, notamment au gendarme partie civile : « M. le gendarme, je suis coupable des coups que je vous ai portés, et je m’en excuse. Je suis un boxeur mais un styliste, un technicien, pas un frappeur, pas un bagarreur ».

« J’ai honte de moi. J’ai pensé qu’à moi. J’ai pas regardé plus loin que le bout de mon nez. J’ai pas pensé aux gendarmes, à leurs proches » a-t-il ajouté, avant que le tribunal ne se retire pour délibérer.

« Justice a été rendue » affirme le ministre de l’Intérieur

Christophe Castaner a réagi dès ce mercredi soir sur Twitter, au jugement rendu à l’encontre de Christophe Dettinger : « Chaque insulte, chaque coup porté contre eux est un parjure du serment républicain qui unit notre Nation ».

« Une peine ridicule » pour le syndicat Alliance

Une décision de justice qui n’a pas satisfait le syndicat de policiers Alliance Police Nationale, qui a réagi vivement sur Twitter, évoquant « une peine ridicule » et « le sentiment d’impunité des casseurs de flics ».