Carcassonne : Le policier municipal filmé tenant des propos racistes avait lui-même porté plainte, l'IGA saisie

Le ministre de l'Intérieur a ordonné un contrôle de la police municipale de Carcassonne par l'inspection générale de l'administration. La procureure de la République engage de son côté le retrait des agréments des agents mis en cause et annonce que des victimes restent à identifier.
Carcassonne : Le policier municipal filmé tenant des propos racistes avait lui-même porté plainte, l'IGA saisie
Des images d'une caméra piéton d'un policier municipal ont été publiées par Midi Libre ce mardi 8 septembre 2026. (capture écran vidéo / DR)
Par Actu17
Le mercredi 9 septembre 2026 à 19:41

Le ministre de l'Intérieur a annoncé mercredi soir la saisine de l'inspection générale de l'administration pour un contrôle de la police municipale de Carcassonne (Aude), au lendemain de la diffusion par Midi Libre d'une vidéo dans laquelle un agent tient des propos racistes, misogynes et complotistes. Dans le même temps, la procureure de la République a engagé une procédure de suspension puis de retrait des agréments des policiers municipaux mis en cause, indiquant que l'enquête ouverte fin décembre 2025 se poursuit et que des victimes restent à identifier.

L'annonce de Laurent Nuñez est intervenue en fin de journée sur le réseau social X. "J'ai décidé de faire procéder à un contrôle de la police municipale de Carcassonne par l'inspection générale de l'administration. J'en ai bien sûr informé le maire", a écrit le ministre de l'Intérieur. Il a qualifié les propos "des policiers municipaux de Carcassonne" de "racistes, homophobes et misogynes", estimant qu'ils sont "indignes de l'uniforme de la police municipale et des valeurs de la République". Le locataire de la place Beauvau précise que ce contrôle qu'il a ordonné porte sur l'ensemble du service.

Une plainte déposée par le chef de bord de l'équipage

Le parquet de Carcassonne a de son côté diffusé mercredi un communiqué détaillant l'origine de la procédure. Le 31 décembre 2025, le chef de patrouille de la police municipale, c'est-à-dire le chef de bord de l'équipage, a déposé plainte auprès de la gendarmerie de Trèbes pour atteinte à l'intimité de la vie privée. C'est ce même agent, un brigadier-chef principal de 50 ans, qui monopolise la parole sur les images diffusées par nos confrères.

Il exposait alors que "du fait de la mauvaise manipulation d'une caméra piéton, avaient été captés à son insu le 5 novembre 2025 des propos tenus dans le véhicule de dotation à bord duquel il se trouvait accompagné de trois de ses collègues", écrit Géraldine Labialle, procureure de la République de Carcassonne. Le communiqué précise également les conditions dans lesquelles l'enregistrement a été découvert : il a été porté à la connaissance de la hiérarchie dès le 8 novembre 2025 "par certains de ses collègues qui l'avaient découvert en cherchant à vider la mémoire pleine de la caméra". Une version qui contredit celle de la municipalité, laquelle a affirmé mercredi que la caméra individuelle "a été dérobée". Le parquet a ouvert le jour même de la plainte une enquête confiée à la gendarmerie de Trèbes, avec l'appui de la brigade de recherches de Carcassonne.

Des faits nouveaux susceptibles d'être qualifiés de diffamation

L'exploitation de la bande-son s'est révélée complexe, selon la procureure. Elle a néanmoins mis en évidence des faits nouveaux pouvant relever de la diffamation commise envers une personne ou un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation, une prétendue race ou une religion déterminée, à raison de leur sexe, de leur orientation sexuelle ou identité de genre. "Cette enquête est toujours en cours. Des témoins restent à entendre et des victimes doivent encore être identifiées", indique le communiqué.

La procureure a par ailleurs annoncé une décision aux conséquences directes sur la carrière des agents concernés. Au regard de la nature des faits révélés, "manifestement incompatibles avec l'exercice des fonctions de policier municipal", le parquet met en œuvre les articles L. 511-2 et R. 511-2 du code de la sécurité intérieure, qui permettent "de suspendre puis de retirer les agréments des policiers municipaux en cause qui ne respectent pas les conditions d'honorabilité attachées à leurs missions". Le magistrat emploie lui aussi le pluriel : plusieurs agréments sont donc visés. Un policier municipal privé de ce document, délivré par le procureur de la République, ne peut plus exercer ses fonctions.

Une enquête administrative restée sans conclusion

Le communiqué revient enfin sur le volet administratif de l'affaire. La chronologie est éclairante : la hiérarchie a été informée dès le 8 novembre 2025, une enquête administrative a été déclenchée par la mairie de Carcassonne le 23 décembre, sous l'égide du maire alors en fonction, et la plainte du brigadier-chef principal est intervenue huit jours plus tard. "A ce jour, les conclusions de cette enquête ne nous sont toujours pas parvenues", écrit la procureure. La municipalité actuelle, dirigée depuis les élections municipales de mai 2026 par le maire RN Christophe Barthès, a pour sa part reproché à l'ancienne équipe d'avoir "étouffé l'affaire sans y apporter la moindre réponse".

Un service déjà sous tension

Les difficultés de la police municipale de Carcassonne ne datent pas de ces révélations. Dans un communiqué publié le 8 août dernier et relayé par L'Indépendant, le syndicat Alliance Police Nationale – Police Municipale dénonçait une série de dysfonctionnements : un manque d'armement persistant chez une partie des effectifs, des problèmes relationnels avec la hiérarchie, huit agents en arrêt maladie et plusieurs départs vers d'autres collectivités. Deux courriers adressés à la mairie, le 21 mai puis début août, étaient restés sans réponse, selon l'organisation syndicale. Midi Libre fait par ailleurs état d'une plainte déposée pour menaces par un autre fonctionnaire du service.

Six heures de patrouille enregistrées à l'insu des agents

Les propos ont été captés lors d'une patrouille de six heures. L'appareil est resté en fonctionnement à l'insu des quatre agents présents dans le véhicule, celui qui en était équipé pensant l'avoir éteint. Le brigadier-chef principal est un ancien parachutiste du IIIe régiment de parachutistes d'infanterie de marine, implanté dans la ville. La mairie a tenu à préciser qu'il "n'est pas le chef de la Police municipale de Carcassonne", contrairement à ce qui a été indiqué dans une partie de la presse.

Sur l'enregistrement, le fonctionnaire s'en prend à plusieurs reprises à des passants en des termes racistes, évoquant notamment "du bicot, du nègre, du nègre, du bicot, de l'Afghan…" en centre-ville. Il relaie une thèse complotiste visant la Première dame Brigitte Macron, défend les tortionnaires de la guerre d'Algérie et appelle de ses vœux "un coup d'État" et "une dictature en France". Les propos misogynes sont tout aussi nombreux au fil de la soirée.

En dehors de ses fonctions, l'agent intervient au sein du département protection sécurité, le service d'ordre interne du Rassemblement national, et a accompagné Jordan Bardella à plusieurs reprises lors de ses passages dans le département. Placé en arrêt maladie du 12 janvier au 16 mars 2026, il a continué durant cette période à assurer des missions de sécurité pour le parti, sans avoir déclaré de complément d'activité auprès de la mairie, rapporte Midi Libre. Le RN a annoncé mercredi à France Télévisions son exclusion immédiate "du parti et de toutes ses fonctions bénévoles, notamment au sein du service d'ordre", assurant que ce bénévole "intervenait occasionnellement" et n'était pas affecté à la protection rapprochée de ses dirigeants. La mairie de Carcassonne a de son côté condamné des propos "inacceptables" et annoncé que "des procédures seront engagées et les sanctions seront à la hauteur de la gravité des faits".