Le lundi 19 janvier 2026 à 23:27
Le parquet de Paris a annoncé ce lundi 19 janvier l'ouverture d'une information judiciaire après le décès d'El Hacen D. au commissariat du XXe arrondissement de Paris, dans la nuit du 14 au 15 janvier. L'enquête, confiée à l'Inspection générale de la police nationale (IGPN), devra notamment déterminer "si des violences volontaires par personne dépositaire de l'autorité publique ont causé la mort du défunt", souligne le ministère public. Une vidéo filmée par un particulier, versée à la procédure samedi 17 janvier, montre "deux coups portés au défunt alors qu'il était au sol" lors de son interpellation.
Le 14 janvier, les policiers de la brigade territoriale de contact (BTC) du XXe arrondissement ont contrôlé El Hacen D. après l'avoir vu rouler un joint de cannabis. L'homme était en possession de faux documents administratifs et de "matière brunâtre s'apparentant à du cannabis", avait indiqué le parquet jeudi. Selon le récit des policiers, l'homme aurait refusé de se soumettre aux palpations de sécurité. Les fonctionnaires ont alors procédé à son interpellation, au cours de laquelle il "a chuté au sol, entraînant deux policiers dans sa chute à deux reprises", selon le parquet. Un policier a fait usage de son taser, "le touchant notamment à la cheville". Interpellé à 22h45, El Hacen D. a alors été placé en garde à vue pour usage de faux documents administratifs, détention de stupéfiants et rébellion. Son transport à l'hôpital avait été requis par l'officier de police judiciaire (OPJ) en raison de la plaie qu'il présentait à l'arcade.
Alors qu'il attendait sur un banc du commissariat, l'homme a fait un malaise. Son arrêt cardio-respiratoire a été constaté et un policier a "débuté un massage cardiaque, poursuivi par les sapeurs-pompiers à leur arrivée à 23h45". Son décès a été prononcé à 00h20. Dès que le parquet a été avisé, "le magistrat de permanence s'est rendu sur place, accompagné du commissaire de permanence de l'IGPN".
Une vidéo amateur
Les images de vidéosurveillance des locaux de garde à vue, saisies par les enquêteurs, montrent El Hacen D. arrivant au commissariat "très fatigué" et "soutenu par deux policiers", avant de s'effondrer, détaille la même source. La vidéo montre ensuite un policier remarquant qu'il avait commencé à uriner, apportant une couverture et nettoyant, puis un autre fonctionnaire prenant son pouls avant de le démenotter et de l'allonger. Les cinq personnes gardées à vue présentes au commissariat lors de la perte de connaissance d'El Hacen D. ont été entendues, mais "n'ont pu témoigner que des diligences effectuées pour le réanimer et appeler les secours", précise le ministère public.
Le parquet précise qu'aucune vidéosurveillance de voie publique n'a été identifiée sur le lieu de l'interpellation. Quant aux caméras piétons des policiers interpellateurs, elles "n'étaient pas fonctionnelles, du fait selon eux de la décharge de leur batterie", ce qui a été vérifié par l'officier. C'est la vidéo filmée par un particulier, diffusée sur les réseaux sociaux notamment par le député de La France insoumise (LFI) Thomas Portes, qui a permis aux enquêteurs de constater les "deux coups portés au défunt alors qu'il était au sol".
Voici les images de l’interpellation de El Hacen Diarra, 35 ans, mort alors qu’il se trouvait en GAV au commissariat du 20ème arrondissement de Paris.
RDV demain à 14h devant le foyer des Muriers (16 rue Fernand Léger) pour exiger justice et vérité.
Stop aux violences… pic.twitter.com/1sk18SmPTT
— Thomas Portes (@Portes_Thomas) January 17, 2026
«Un décès résultant d'une défaillance cardio-circulatoire»
Le rapport d'autopsie "n'apporte pas à ce stade de certitude sur la causalité du décès", indique le parquet. Le médecin légiste a constaté "une plaie profonde fronto-temporale droite, saignante, de 1,5 cm x 0,2 cm", ainsi que "la présence de liquide de régurgitation gastrique en quantité importante". Plusieurs érosions parcheminées sur les jambes ont également été relevées. Une fracture de la corne du cartilage de la thyroïde a été observée, décrite comme étant "d'allure post-mortem", sans que le légiste puisse affirmer "si elle était antérieure au décès ou consécutive à l'autopsie".
Des fractures costales ont également été constatées, "compatibles avec des lésions liées aux manœuvres de réanimation". Le rapport relève par ailleurs "l'absence de signe de lutte, de lésion de défense, de prise et de maintien". Le légiste conclut à "un décès résultant d'une défaillance cardio-circulatoire, dans un contexte d'inhalation trachéo-bronchique massive, dont la cause doit être recherchée". Des analyses toxicologiques et anatomopathologiques ont été ordonnées, dont les résultats ne seront pas disponibles avant plusieurs semaines.
Le parquet appelle toute personne disposant d'éléments sur le déroulé des faits à les porter à la connaissance des enquêteurs.