Tuerie de Chevaline : ce que les premières constatations disent de l'arme découverte dans le lac d'Annecy

Un pistolet Luger a été remonté du lac d'Annecy le 20 août par des touristes britanniques, à quelques jours du quatorzième anniversaire de la tuerie de Chevaline. Mais les premières constatations laisseraient penser qu'il ne s'agit pas du modèle recherché par les enquêteurs. Voici ce que l'on sait concernant cette découverte.
Tuerie de Chevaline : ce que les premières constatations disent de l'arme découverte dans le lac d'Annecy
Illustration. (M G White / Shutterstock)
Par Actu17
Le mardi 1 septembre 2026 à 14:16

Un pistolet Luger repêché dans le lac d'Annecy fait l'objet d'analyses afin de déterminer s'il peut être lié au quadruple meurtre de Chevaline (Haute-Savoie), commis le 5 septembre 2012 et jamais élucidé. L'arme a été remontée à la surface le 20 août dernier par des touristes britanniques qui se baignaient dans le lac. Mais les premières constatations laisseraient penser qu'il ne s'agit pas du modèle recherché depuis quatorze ans, selon Le Dauphiné.

Les baigneurs ont d'abord pris l'objet pour un jouet, avant que son poids ne les détrompe : il s'agissait bien d'une arme véritable, rapporte Marianne, qui a révélé l'information. Le pistolet gisait à moins de deux mètres de profondeur. La famille a signalé sa découverte à la gendarmerie, et la section de recherches des Savoie, en charge de l'enquête depuis le premier jour, en a été informée.

Un détail a retenu l'attention : l'arme a été retrouvée à proximité du camping Le Solitaire du Lac, où la famille al-Hilli séjournait en caravane au moment des faits. Le jour du drame, elle avait quitté le camping pour longer la rive sud du lac, puis s'était engagée sur la route forestière de la Combe d'Ire. Le lieu de la découverte se situe à une dizaine de kilomètres de la scène de crime.

Des enquêteurs «très prudents»

Sollicité, le parquet du pôle des crimes sériels ou non élucidés (PCSNE) de Nanterre (Hauts-de-Seine), qui instruit le dossier depuis septembre 2022 après le dessaisissement du tribunal d'Annecy, a confirmé lundi 31 août au soir que des investigations étaient en cours. "Il s'agit d'un élément susceptible d'intéresser le pôle de l'instruction et les juges en charge de l'affaire", a-t-il indiqué à Marianne. Les investigations sont dirigées par la magistrate Sabine Khéris.

Les enquêteurs se montrent toutefois "très prudents", écrit Le Dauphiné Libéré. L'arme serait "digne d'intérêt" mais "dégradée", après avoir séjourné dans l'eau un certain temps. Surtout, les premières constatations laisseraient penser qu'il pourrait s'agir d'un modèle P08, qui ne correspondrait pas à celui utilisé lors de la tuerie. Il reviendra aux experts de l'Institut de recherche criminelle de la Gendarmerie nationale (IRCGN) de trancher formellement.

La nuance a son importance. Les lacs français rendent régulièrement des armes, et la Haute-Savoie, marquée par les combats du siècle dernier, n'échappe pas à la règle. Le P08, qui a équipé l'armée de terre allemande, est de loin le plus répandu des Luger, quand le P06 équipait la police suisse jusque dans les années 1950 avant de circuler entre collectionneurs de part et d'autre de la frontière.

Un fragment de crosse rouge, l'indice décisif

Les enquêteurs savent pourtant précisément ce qu'ils cherchent. Sur le parking du Martinet, les douilles éparpillées et surtout un éclat de crosse rouge ont conduit les experts jusqu'à un modèle précis : le Luger P06-29, de calibre 7,65 Parabellum. Fabriqué à Berne, en Suisse, ce pistolet semi-automatique a reçu jusqu'en 1939 des plaquettes de crosse en canevasite rouge. Leur fragilité a conduit les armuriers à leur substituer, ensuite, une matière noire plus solide. Seuls 7 680 exemplaires ont été produits avec ces plaquettes, précise Le Dauphiné. Un chiffre assez faible pour que les enquêteurs espèrent retracer le parcours du pistolet jusqu'à celui qui s'en est servi. La lecture du numéro de série rendrait l'exercice bien plus simple.

C'est ce qui explique la consigne donnée par la juge d'instruction. Début 2023, parmi ses tout premiers actes d'enquête, Sabine Khéris a demandé que lui soient systématiquement signalées toutes les procédures dans lesquelles apparaît un Luger P06 en 7,65 Parabellum, rapporte Marianne. Des dizaines d'armes de ce type ont ainsi été saisies et expertisées en France, sans succès. L'une d'elles appartenait à un chef d'orchestre connu, à qui elle a été restituée après vérification.

Quatorze ans sans mobile ni suspect

Le 5 septembre 2012, Saad al-Hilli, ingénieur britannique d'origine irakienne de 50 ans, son épouse Iqbal al-Hilli, 47 ans, et sa belle-mère Suhaila al-Allaf, 74 ans, ont été retrouvés morts dans leur BMW, moteur en marche, tués de plusieurs balles dans la tête. Un cycliste de la région, Sylvain Mollier, 45 ans, qui habitait Ugine (Savoie), a lui aussi été abattu. Le tireur a fait feu à 21 reprises au moins. La fille aînée du couple, âgée de 7 ans, a été grièvement blessée : touchée par une balle, elle a également été frappée à la tête, alors que le pistolet s'était vraisemblablement enrayé. C'est à ce moment-là que la plaquette de l'arme a pu se briser, laissant derrière elle l'indice le plus précieux du dossier. Sa sœur cadette, 4 ans, a dû sa survie à sa mère, qui l'avait dissimulée sous sa jupe avant d'être abattue. L'enfant est demeurée plus de huit heures contre le corps, jusqu'à ce que les gendarmes la découvrent, physiquement indemne.

Depuis, aucune des pistes explorées n'a permis d'identifier un auteur ni un mobile. Le conflit successoral qui opposait Saad al-Hilli à son frère aîné, son activité professionnelle, l'hypothèse d'un espionnage industriel, celle d'un motard aperçu dans le secteur ou encore celle d'un ancien militaire rompu au tir ont toutes été refermées. Le tireur ne semble avoir laissé aucune autre trace exploitable sur les lieux : l'arme et les munitions constituent le dernier espoir de résoudre l'énigme. La découverte du 20 août intervient à quelques jours du quatorzième anniversaire de la tuerie.

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