États-Unis : La victoire de Joe Biden officialisée après une soirée de chaos à Washington et l’envahissement du Capitole


Des manifestants pro-Trump ont manifesté devant le Capitole ce mercredi, certains l'ont envahi. (photo Essdras M. Suarez/Zuma Press/Maxppp)

Scènes surréalistes aux États-Unis ce mercredi où des milliers de manifestants pro-Trump ont assiégé le Congrès américain, symbole de la démocratie dans le pays. Quatre personnes sont mortes et 52 autres ont été arrêtées. La ville de Washington a décrété un couvre-feu à 18 heures. L’élection de Joe Biden a été certifiée ce jeudi matin par le Congrès.

Alors que le Congrès américain devait se réunir ce mercredi pour procéder au comptage des votes des grands électeurs et entériner définitivement la victoire du démocrate Joe Biden à l’élection présidentielle, des manifestants pro-Trump ont envahi le Capitole, où se déroulait l’événement. Donald Trump, le président sortant, venait de mettre en cause le scrutin national une nouvelle fois, invitant ses partisans à « marcher » vers le Capitole.

La situation a rapidement dégénéré sur place. Plusieurs manifestants ont réussi à pénétrer dans le Congrès et la police s’est retrouvée dépassée. Une femme a été grièvement blessée par balle dans l’enceinte du Capitole, par un tir de la police, alors qu’elle tentait de franchir une nouvelle porte dont l’accès avait été barré. Plusieurs vidéos amateurs diffusées sur les réseaux sociaux montrent cette terrible scène. Ashli Babbitt est décédée peu après. La défunte « fut militaire pendant 14 ans et a effectué quatre déploiements avec l’armée de l’air américaine », a indiqué la chaîne américaine KUSI. Elle vivait dans la région de San Diego (Californie). En outre, elle avait récemment retweeté de nombreux messages de personnes se rendant à Washington pour manifester à l’appel de Donald Trump.

Trois autres personnes ont perdu la vie des suites d’une « urgence médicale » a précisé CNN, qui ajoute que plusieurs policiers ont également été blessés, l’un ayant été conduit à l’hôpital.

L’action des forces de l’ordre pointée du doigt

L’intervention des forces de l’ordre fait déjà l’objet de critiques aux États-Unis. Sur de nombreuses images, les policiers semblent en difficulté face aux manifestants virulents, et apparaissent en sous-nombre. Le Washington Post a rappelé que le service de sécurité du Capitole comptait 1700 employés. Des « policiers semblaient rester les bras croisés, observant le désordre au lieu de l’arrêter », raconte le quotidien américain. « Une image publiée sur les réseaux sociaux montre un officier prenant un selfie avec l’un des intrus, et une vidéo semble montrer des agents ouvrant la barrière de sécurité pour permettre aux partisans de Trump de se rapprocher ».

Le chef de la police métropolitaine de Washington, Robert Contee, a défendu ses hommes au cours d’une conférence de presse : « Alors que les manifestants s’approchaient du Capitole des États-Unis, il y avait un changement notable dans leur comportement. Ils ont franchi la clôture le long du Capitole et ont affronté les lignes de police entourant le bâtiment. Il était clair que la foule avait l’intention de causer du tort à nos agents en déployant des produits chimiques sur la police pour forcer l’entrée dans le bâtiment. Comme vous le savez, ils ont pu y accéder ». Plusieurs heures après le début des violences, le SWAT ainsi que les militaires de la garde nationale sont intervenus.

Deux bombes artisanales découvertes

52 personnes ont été arrêtées au cours des violences selon le chef de police Robert Contee. 47 personnes ont été interpellées : l’une pour violation du couvre-feu instauré à 18 heures par le maire, Muriel E. Bowser, une seconde pour « une entrée illégale », quatre autres pour port d’armes sans permis et une pour possession d’arme interdite. Deux bombes artisanales ont également été découvertes par les forces de l’ordre au siège du Comité national républicain, et au siège voisin du Comité national démocrate, ainsi qu’une arme d’épaule contenant également des cocktails Molotov sur le terrain du Capitole.

Par ailleurs, Muriel E. Bowser a étendu l’état d’urgence dans la capitale fédérale pour 15 jours, soit jusqu’à la fin du mandat de Donald Trump. Une mesure qui lui permettra de renouveler le couvre-feu et de réquisitionner des moyens supplémentaires si nécessaire.

« Ce qu’il s’est passé ici aujourd’hui est une insurrection »

« Nous sommes réunis aujourd’hui à cause de l’ego blessé d’un homme égoïste et de la colère de ses partisans, qu’il a délibérément désinformés ces deux derniers mois et qu’il a incités à agir ce matin même. Ce qu’il s’est passé ici aujourd’hui est une insurrection, provoquée par le président des États-Unis », a réagi le sénateur républicain de l’Utah, Mitt Romney, connu pour ses positions indépendantes vis-à-vis de Donald Trump. « Ceux qui choisissent de continuer à soutenir ses dangereuses machinations en s’opposant aux résultats d’une élection légitime et démocratique, seront à jamais considérés comme complices d’une attaque sans précédent contre notre démocratie. »

Le chef de la majorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell, a ouvert la séance en annonçant que le Sénat « ne se laisserait pas intimider par des voyous, des foules ou des menaces ». Selon plusieurs médias américains, des membres du gouvernement ont discuté de la possibilité d’écarter Donald Trump du pouvoir après les violences de ses partisans au Capitole.

Donald Trump annonce une « transition ordonnée »

L’élection de Joe Biden a été confirmée quelques heures plus tard, ce jeudi matin (heure de Paris), par le Congrès. Il devient le 46ème président des États-Unis. Son entrée en fonction est prévue le 20 janvier prochain.

Donald Trump a réagi à l’officialisation de l’élection de Joe Biden dans un communiqué et a évoqué une transition qui sera « ordonnée ». « Même si je suis en total désaccord avec l’issue de l’élection, et les faits me donnent raison, il y aura malgré tout une transition ordonnée le 20 janvier », a annoncé le président sortant. « J’ai toujours dit que je continuerai notre combat pour faire en sorte que seuls les votes légaux soient comptés. Si cela représente la fin du plus grand premier mandat de l’histoire présidentielle, c’est seulement le début de notre combat pour rendre à l’Amérique sa grandeur ! »

D’autre part, le FBI a lancé un appel sur son site internet afin de recueillir des informations sur les auteurs des violences au Capitole. « Si vous avez assisté à des actions violentes illégales, nous vous exhortons à nous transmettre toute information, photo ou vidéo qui pourrait être utile », précise-t-il.

Emmanuel Macron réagit

Le président de la République Emmanuel Macron a de son côté réagi aux événements du Capitole dans une vidéo diffusée au milieu de la nuit. « Nous ne cèderons rien à la violence de quelques-uns qui veulent remettre en cause » la démocratie, a lancé le chef de l’État. « Quand dans une des plus vieilles démocraties du monde, des partisans d’un président sortant remettent en cause, par les armes, les résultats légitimes d’une élection, c’est une idée universelle – celle d’un homme, une voix – qui est battue en brèche », a-t-il poursuivi. « Ce qui est arrivé aujourd’hui à Washington n’est pas américain ».