Le jeudi 28 mai 2026 à 17:37
La réforme de la Police nationale, entrée en vigueur en janvier 2024, fait l'objet d'une vive contestation syndicale. Alliance Police Nationale, premier syndicat chez les gardiens et gradés, a publié un communiqué de presse le 19 mai dernier pour exiger la communication immédiate des conclusions de l'audit commandé par le ministère de l'Intérieur sur cette réforme. L'organisation dénonce une "totale opacité" alors qu'un projet de révision des cartographies des services interdépartementaux de police judiciaire (SIPJ) et des services interdépartementaux de la police aux frontières (SIPAF) a été présenté aux organisations syndicales au printemps 2026, sans que les conclusions de cet audit n'aient été communiquées.
Dans son communiqué, Alliance Police Nationale pose trois questions au ministère : "Où est cet audit ? Où sont ses conclusions ? Pourquoi poursuivre cette réforme dans une totale opacité ?". Le syndicat affirme ne plus supporter "ce mépris envers les policiers, et particulièrement les enquêteurs", et rappelle que les fonctionnaires sont "en première ligne face au narcotrafic, à l'explosion de la violence" et font face à "une pression opérationnelle toujours plus forte". Il exige "une communication immédiate" et "de la transparence sur les résultats de cet audit", faute de quoi il rejettera "toute réforme menée sans concertation ni clarté".
Une réforme contestée depuis sa mise en place
Annoncée en 2022 et portée par Gérald Darmanin, alors ministre de l'Intérieur, la réforme de la Police nationale a été généralisée à la métropole le 1er janvier 2024. Elle a instauré une unicité de commandement sur l'ensemble du territoire : auparavant, chaque filière de la police nationale (police judiciaire, police aux frontières, sécurité publique, renseignement) disposait de sa propre hiérarchie. Désormais, un directeur unique, le directeur départemental de la police nationale (DDPN) pour un département, ou le directeur interdépartemental de la police nationale (DIPN) pour un regroupement de départements, supervise l'ensemble de ces filières sur son territoire. Cette réorganisation a particulièrement crispé les services de police judiciaire, dont les enquêteurs ont vu leur spécificité de fonctionnement remise en cause. Ils craignent notamment d'être détournés de leurs missions d'investigation sur les affaires de criminalité organisée et de grand banditisme, au profit de la délinquance du quotidien, gérée jusqu'alors par la sécurité publique.
Un rapport parlementaire de la commission des lois de l'Assemblée nationale, déposé le 15 octobre 2025 par les députés Thomas Cazenave (Ensemble pour la République) et Ugo Bernalicis (La France insoumise), a dressé un premier bilan de la réforme. Les rapporteurs concluent que celle-ci, "tout en apportant des évolutions positives, présente des difficultés opérationnelles importantes" et appellent à des ajustements.
Un audit commandé par le ministère, mais jamais rendu public
Selon Alliance Police Nationale, c'est dans ce contexte que Bruno Retailleau, alors ministre de l'Intérieur, a demandé au directeur général de la Police nationale, Louis Laugier, de mettre en œuvre un audit sur la réforme et de saisir conjointement l'Inspection générale de l'administration (IGA) et l'Inspection générale de la Police nationale (IGPN), les deux corps de contrôle compétents sur ce dossier. Cette démarche aurait été reprise par Laurent Nuñez, qui lui a succédé Place Beauvau le 12 octobre 2025, et qui se serait personnellement engagé, lors de son arrivée, à communiquer les conclusions de cet audit aux organisations syndicales. À ce jour, aucune communication officielle n'a été faite.
Au printemps 2026, l'administration a pourtant commencé à présenter aux organisations syndicales un projet d'ajustement de la réforme. Il porte notamment sur la révision des cartographies des SIPJ et des SIPAF, c'est-à-dire la redéfinition des périmètres territoriaux de ces services interdépartementaux. C'est précisément ce décalage, entre un projet de réforme déjà engagé et un audit dont les conclusions n'ont jamais été rendues publiques, qui alimente la défiance des syndicats.
«L'administration n'a pas pris conscience de l'état catastrophique des services d'investigation»
Fabien Vanhemelryck, secrétaire général d'Alliance Police Nationale, rebondit sur les propos du directeur général de la Police nationale Louis Laugier, qui a déclaré au Figaro le 11 mai dernier qu'"il n'existe pas de crise au sein des services d'enquête". "L'administration n'a pas pris conscience de l'état catastrophique des services d'investigation. Alors pourquoi les conclusions de cet audit ne sortent-elles pas ? Si l'administration pense pouvoir faire une énième réforme sans avoir consulté nos collègues, nous ne la laisserons pas faire, et la colère de nos collègues enquêteurs s'exprimera", conclut le responsable syndical.
Contacté, le Service d'information et de communication de la Police nationale (SICoP) n'a pas donné suite à nos sollicitations.