Carcassonne : Ce que l'on sait de la vidéo montrant un policier projeter un homme au sol

Une vidéo tournée le 21 juin dernier et diffusée sur les réseaux sociaux montre un policier national projetant un homme au sol à Carcassonne. Celui-ci a été retrouvé mort au début du mois de juillet. Le parquet a saisi l'IGPN et écarte pour l'heure tout lien entre les faits filmés et le décès.
Carcassonne : Ce que l'on sait de la vidéo montrant un policier projeter un homme au sol
Un policier a été filmé alors qu'il projette au sol un homme de 29 ans, le 21 juin 2026, à Carcassonne. (capture écran vidéo / DR)
Par La Rédaction
Le lundi 14 septembre 2026 à 16:06

Une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, dans laquelle un policier national projette violemment un homme au sol, a conduit le parquet de Carcassonne (Aude) à saisir l'antenne de Marseille de l'Inspection générale de la police nationale (IGPN) d'une enquête judiciaire pour violences volontaires par personne dépositaire de l'autorité publique. La scène, filmée par un témoin, s'est déroulée le 21 juin dernier, jour de la Fête de la musique. L'homme projeté au sol, âgé de 29 ans et sans domicile fixe, est mort douze jours plus tard. En l'état des investigations, la procureure de la République écarte tout lien entre les faits filmés et le décès. Une enquête administrative a par ailleurs été ouverte. Voici ce que l'on sait.

Les images, qui durent un peu plus d'une minute, ont circulé tout le week-end sur les réseaux sociaux. Elles ont été tournées rue Auguste-Fourès, vers 19h45, selon Mediapart. Six à sept policiers municipaux et nationaux y sont visibles, rassemblés autour d'une enceinte posée à l'angle d'un parking. Un homme vêtu d'un short se dirige vers le matériel, sans geste menaçant, tandis qu'une policière s'avance vers lui. Un fonctionnaire de la police nationale l'empoigne alors dans le dos et le fait basculer au sol. Le crâne heurte violemment le bitume. L'homme reste allongé sur le flanc une trentaine de secondes, la main sur la tête, avant de parvenir à s'asseoir puis d'être remis debout. Autour, plusieurs personnes prennent à partie les fonctionnaires, qui repoussent les badauds attroupés et leur intiment de s'éloigner.

Ce que dit le parquet du contexte de l'intervention

Ces faits, a précisé le parquet dans un communiqué diffusé ce lundi 14 septembre, "s'inscrivaient dans le contexte de l'interpellation d'un tiers pour nuisances sonores réitérées – outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique, rébellion et violences volontaires sur personnes dépositaires de l'autorité publique". La procureure de la République Géraldine Labialle souligne que "l'homme âgé de 29 ans projeté au sol ne faisait pour sa part l'objet d'aucune interpellation et ne déposait pas plainte suite aux faits". Selon l'un de ses frères, interrogé par Mediapart, il s'était avancé pour récupérer son téléphone branché à l'enceinte lorsqu'il a été intercepté.

L'auteur de la vidéo, un homme de 42 ans hébergé chez un ami à Carcassonne, a raconté à nos confrères que des connaissances avaient sorti des enceintes devant un domicile pour la Fête de la musique. La police municipale est intervenue pour des nuisances sonores, avant d'appeler la police nationale en renfort. Le témoin explique avoir commencé à filmer "parce que ça commençait à chauffer". Après la fin de son enregistrement, les tensions se sont poursuivies et l'homme de 29 ans aurait été aspergé de gaz lacrymogène. "Je voulais appeler les pompiers, mais il n'a pas voulu", indique le témoin, qui précise lui avoir rincé les yeux avec de l'eau.

Le témoin avait d'abord gardé ces images pour lui après le décès, expliquant avoir voulu ménager les proches. Il a changé d'avis avec l'affaire des propos racistes de la police municipale, et les a mises en ligne sur TikTok le 11 septembre, près de trois mois après les faits.

Une cause toxique privilégiée par l'autopsie

Sans domicile fixe depuis l'âge de 16 ans, l'homme a été découvert en arrêt cardiaque le 3 juillet sur son lieu de campement. Une amie auprès de qui il passait la nuit n'est pas parvenue à le réveiller au matin. Les secours dépêchés sur place n'ont pas réussi à le ranimer. Une enquête en recherche des causes de la mort a alors été immédiatement diligentée par le parquet.

Selon le communiqué de la procureure, "les conclusions médico-légales de l'autopsie réalisée le 09 juillet 2026 excluaient toute lésion traumatique suspecte en faveur de l'intervention d'un tiers et privilégient la cause toxique au regard de ses antécédents connus de polytoxicomanie". La magistrate en conclut : "A ce jour, en l'état des investigations, il n'existe donc aucun lien de causalité entre les faits filmés et le décès survenu 13 jours après", soit douze jours en réalité. La famille du défunt, contactée par Mediapart avant la diffusion de ce communiqué, indiquait de son côté que l'autopsie avait conclu à un arrêt cardiaque dont la cause restait "indéterminée".

«Que ce geste anormal soit puni»

Ses proches, qui ont découvert les images sur les réseaux sociaux, assurent ne pas vouloir imputer le décès au fonctionnaire aperçu sur la vidéo. Mais ils réclament "que ce geste anormal soit puni", l'une de ses sœurs dénonçant "des violences injustifiées". "Je ne souhaite pas qu'il aille en prison et que ses enfants, s'il en a, restent sans leur père, mais je voudrais qu'il prenne conscience que son geste était disproportionné, dangereux, et que ça ne se reproduise pas", confie l'un de ses frères à Mediapart. Sa sœur avait effectué un signalement sur la plateforme de l'IGPN samedi 12 septembre. Le lendemain, elle a déposé la vidéo auprès d'une brigade de gendarmerie.

Sur ces images figure également l'un des policiers municipaux mis en cause la semaine dernière dans une autre affaire. C'est lui que l'on voit aider l'homme à se relever après la chute. Son conseil, Victor Lima, a reconnu auprès de BFMTV que son client se trouvait bien sur place, et considère que les images le montrent en train d'"assister la victime au sol".

Une police municipale déjà sous contrôle de l'IGA

Quatre policiers municipaux de Carcassonne ont été suspendus de leurs fonctions le 9 septembre dernier, après la révélation par Midi Libre de propos racistes, misogynes et complotistes captés par une caméra-piéton restée en fonctionnement à leur insu lors d'une patrouille. Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a ordonné un contrôle de l'ensemble du service par l'inspection générale de l'administration (IGA). La procureure de la République a de son côté engagé une procédure de suspension puis de retrait des agréments des agents concernés, indiquant que l'enquête ouverte fin décembre 2025 se poursuit et que des victimes restent à identifier.

Deux enquêtes ouvertes, judiciaire et administrative

Le fonctionnaire de la police nationale visé par l'enquête de l'IGPN exerce à la brigade de nuit du commissariat de police de Carcassonne. "Dès qu'il a eu connaissance de cette vidéo, le parquet de Carcassonne a saisi le dimanche 13 septembre 2026, l'antenne de Marseille de l'IGPN d'une enquête judiciaire du chef de violences volontaires par personne dépositaire de l'autorité publique", précise le communiqué.

La Direction générale de la police nationale (DGPN) a confirmé à Mediapart avoir connaissance des images et l'existence d'une enquête en cours. Selon BFMTV, le bureau déontologique du commissariat de Carcassonne a été chargé d'une enquête administrative.