Le vendredi 27 février 2026 à 17:28
Kobili Traore, l'homme déclaré pénalement irresponsable du meurtre de Sarah Halimi en 2017, est de nouveau mis en cause dans une affaire criminelle. Le parquet de Paris a annoncé ce vendredi 27 février l'ouverture d'une information judiciaire pour enlèvement séquestration et vol avec arme, des crimes faisant encourir vingt ans de réclusion.
Les faits remontent au 27 janvier dernier à Paris. Ce jour-là, un homme âgé de 40 ans est agressé à son domicile dans le cadre de ce que le parquet qualifie de "homejacking". Il "a indiqué avoir été agressé alors qu'il attendait la visite d'un homme qui lui avait été présenté par des relations communes", précise le ministère public, confirmant une information de TF1-LCI. Selon le récit de la victime, "à la suite de son visiteur, deux autres hommes avaient pénétré dans son appartement, le visage dissimulé". Les agresseurs l'ont alors "aspergé de gaz lacrymogène et violenté, avant de fouiller l'habitation". "Des bijoux, sacs de valeur, téléphone, et la clé d'un box lui avaient été volés", détaille le parquet, qui ajoute que "ses agresseurs l'avaient attaché sur une chaise avant de quitter les lieux". Parmi le butin figurent notamment des sacs à main de luxe et des téléphones, selon une source proche de l'affaire qui précise que le préjudice est estimé entre 50 000 et 100 000 euros.
Trois suspects interpellés
L'enquête a été confiée au 2e district de police judiciaire (2e DPJ). Les investigations ont "permis de retracer les déplacements des agresseurs et d'identifier trois suspects", qui ont été interpellés le 25 février. L'exploitation de leurs conversations téléphoniques a révélé qu'ils "se fournissaient en stupéfiants auprès de la victime, avec qui l'un d'eux avait un litige financier", éclairant ainsi le mobile de l'agression.
Les trois personnes ont été déférées et présentées ce vendredi à un juge d'instruction en vue de leur mise en examen. Leur détention provisoire est requise. Le parquet précise que "les trois étaient connus pour faire l'objet de soins psychiatriques".
Parmi eux figure donc Kobili Traore. En 2017, cet homme avait tué Sarah Halimi, une femme juive de 65 ans, dans son appartement du XIe arrondissement de Paris, en la rouant de coups avant de la défenestrer du 3e étage. Malgré la reconnaissance des faits et de la circonstance aggravante d'antisémitisme, il avait été déclaré pénalement irresponsable en décembre 2019 par la cour d'appel de Paris, en raison d'une abolition totale de son discernement, provoquée par une bouffée délirante liée à une consommation de cannabis. La décision, confirmée par la Cour de cassation en avril 2021, avait suscité une vive indignation et conduit à un changement de la loi sur la responsabilité pénale.
Depuis cette affaire, Kobili Traore "avait fait l'objet de soins en UMD (unité pour malades difficiles) jusqu'en 2020, puis en hôpital jusqu'en 2023, de nouveau à l'UMD pendant un an, avant de retourner en hôpital en septembre 2024", selon le parquet. Concernant son état psychiatrique au moment de son interpellation, "un psychiatre a attesté au cours de la garde à vue de février 2026 qu'il ne présentait pas de symptomatologie aiguë (ni syndrome délirant ni désorganisation)".
L'affaire Sarah Halimi
Le 4 avril 2017, Sarah Halimi, médecin retraitée de 65 ans et de confession juive, est tuée dans son appartement du XIe arrondissement de Paris. Son voisin, Kobili Traore, alors âgé de 27 ans, s'introduit chez elle en pleine nuit, la roue de coups et la défenestre du balcon du 3e étage. Il est interpellé sur place en état de bouffée délirante liée à une consommation importante de cannabis. Pendant l'agression, il aurait récité des sourates du Coran et crié "Allahu Akbar".
La circonstance aggravante d'antisémitisme, non retenue dans la mise en examen initiale, est finalement retenue par les juges d'instruction en 2018. En décembre 2019, la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris reconnaît que Kobili Traore a bien commis les faits, avec la circonstance aggravante d'antisémitisme, mais le déclare pénalement irresponsable en raison d'une abolition totale de son discernement au moment des faits. En avril 2021, la Cour de cassation confirme cette décision.
L'affaire provoque une forte indignation, notamment au sein de la communauté juive, et de nombreuses manifestations. Elle conduit à une modification législative : la loi du 24 janvier 2022 prévoit désormais que l'abolition du discernement résultant d'une consommation volontaire de substances psychoactives ne peut plus exonérer de responsabilité pénale, si cette consommation a été faite dans le dessein de commettre l'infraction ou en connaissance du risque de provoquer un tel trouble.