«Les soldats d'Allah» : Trois hommes écroués pour un projet d'action violente contre la communauté juive

Interpellés mardi en Essonne et en Indre-et-Loire par la DGSI, les trois hommes, âgés de 20 à 26 ans, échangeaient sur une boucle WhatsApp baptisée "les soldats d'Allah". L'un d'eux était en lien avec une Américaine arrêtée par le FBI alors qu'elle s'apprêtait à frapper un Parlement.
«Les soldats d'Allah» : Trois hommes écroués pour un projet d'action violente contre la communauté juive
Le siège de la DGSI à Levallois-Perret. (Ip3 Press/Maxppp)
Par Actu17
Le samedi 5 septembre 2026 à 14:27

Un projet d'action violente contre la communauté juive et un départ vers l'organisation État islamique en Afrique : trois hommes ont été écroués après leur mise en examen pour association de malfaiteurs terroriste, à l'issue d'une enquête du Parquet national antiterroriste (PNAT) confiée à la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). C'est ce que leur reproche le parquet, qui les soupçonne d'avoir préparé un départ "et/ou un projet d'action violente visant la communauté juive". Les investigations ont démarré autour d'une boucle de discussion baptisée "les soldats d'Allah".

Tout est parti d'une enquête préliminaire ouverte le 3 juillet dernier par le PNAT, portant sur les "agissements djihadistes des membres" de ce groupe WhatsApp. Pendant près de deux mois, les services de renseignement intérieur ont exploité les échanges de la conversation et identifié ceux qui y participaient.

Un suspect interpellé dans un centre de rétention

Le coup de filet a été déclenché mardi 1er septembre. Deux hommes ont été interpellés en Essonne, un troisième en Indre-et-Loire. "Les investigations réalisées ont conduit à l'interpellation et au placement en garde à vue" des trois suspects, a indiqué le PNAT. L'un d'eux, étranger, se trouvait au centre de rétention administrative de Massy-Palaiseau, dans l'Essonne, où il a été pris en charge par les enquêteurs, selon Le Monde. Le quotidien précise que les trois hommes sont âgés de 20 à 26 ans.

Au terme de 96 heures de garde à vue, le PNAT a ouvert ce vendredi 4 septembre une information judiciaire du chef d'association de malfaiteurs terroriste en vue de la préparation d'un ou plusieurs crimes d'atteinte aux personnes, entraînant la désignation d'un juge d'instruction. Les trois hommes ont été déférés puis mis en examen dans la nuit de vendredi à samedi, et placés en détention provisoire, conformément aux réquisitions du ministère public.

Le lien avec une Américaine piégée par le FBI

L'enquête a par ailleurs mis au jour une ramification internationale. Selon RTL, l'un des mis en cause, âgé de 20 ans, était en contact avec Jessica Bowie, une Américaine de 35 ans convertie à l'islam. Une source proche du dossier a confirmé à l'Agence France-Presse qu'il existait "un lien entre l'un des déférés et une femme interpellée par le FBI aux USA".

Cette femme, qui réside à Albany, capitale de l'État de New York située à environ 240 kilomètres au nord de la métropole américaine, a été arrêtée le 19 août dernier par le FBI. D'après le communiqué diffusé par le parquet fédéral du district nord de l'État de New York, elle a été interpellée au moment où elle prenait possession de ce qu'elle croyait être un engin explosif, dans le cadre d'une opération d'infiltration. Sa cible : le Capitole de l'État de New York, siège du Parlement local, et les sénateurs qui y siègent.

Les enquêteurs américains lui prêtent un projet abouti. "Comme l'expose la plainte pénale, Mme Bowie a prêté allégeance à l'État islamique et a mis au point un plan détaillé pour attaquer le Capitole de l'État de New York afin de tuer des parlementaires et de perturber notre gouvernement", a déclaré Craig Tremaroli, responsable du bureau du FBI à Albany, cité dans le communiqué. Le service fédéral affirme avoir déjoué le projet grâce à sa cellule antiterroriste locale.

«Détruire autant que possible le bâtiment»

Toujours selon le parquet fédéral, la trentenaire s'est rendue à plusieurs reprises aux abords du Capitole, qu'elle a photographié, et comptait rejoindre après son passage à l'acte les territoires contrôlés par l'organisation. Décrivant sa cible, elle aurait déclaré vouloir "détruire autant que possible le bâtiment et tuer les sénateurs pendant qu'ils sont réunis", ajoutant : "Je veux que cela ait un effet sur le système américain."Le communiqué mentionne également des messages hostiles aux États-Unis publiés en ligne sur un compte qui lui est attribué, dont une formule de remerciement adressée à Allah pour les attentats du 11-Septembre. Elle a par ailleurs enregistré et diffusé sa "bayah", le serment d'allégeance formel à l'État islamique.

Jessica Bowie est poursuivie pour tentative de fourniture d'un soutien matériel à une organisation terroriste étrangère, un chef qui lui fait encourir vingt ans de prison, 250 000 dollars d'amende et un suivi judiciaire à vie. Présentée le 20 août devant un juge fédéral, elle a été maintenue en détention dans l'attente de la suite de la procédure.

Une menace «davantage polymorphe»

La menace liée au djihadisme sunnite était retombée d'un cran quand l'État islamique a perdu du terrain en Syrie. Elle est depuis remontée à un niveau élevé. "La menace terroriste est davantage polymorphe, avec un très fort rajeunissement", relevait le procureur antiterroriste Olivier Christen en novembre 2025 sur France Inter. Le magistrat soulignait alors la place croissante prise par des mineurs radicalisés dans les dossiers ouverts par son parquet, souvent des profils solitaires qui n'ont aucune attache avec les filières implantées à l'étranger. Dans la grande majorité des cas, ces projets sont stoppés avant tout passage à l'acte, parfois alors qu'ils n'en sont qu'aux prémices.

La communauté juive et les synagogues figurent parmi les cibles qui reviennent le plus régulièrement dans ces procédures. Un précédent l'illustre. Le 11 juillet, la DGSI était informée d'une "possible attaque terroriste islamiste visant une synagogue de Sarcelles" (Val-d'Oise), impliquant potentiellement un véhicule Toyota dont une immatriculation partielle avait été transmise, comme l'avait rapporté Actu17. Selon Le Monde, ce renseignement émanait du Maroc et visait un groupe islamiste tchétchène décidé à agir pour la fin du shabbat.

La surveillance déployée par les policiers du Val-d'Oise avait permis de localiser la voiture, volée et stationnée à 500 mètres du lieu de culte. Sa fouille avait conduit à la saisie d'un fusil mitrailleur de type Kalachnikov muni de plusieurs chargeurs et d'un pistolet Beretta, lui aussi approvisionné. Un cinéma et plusieurs restaurants avaient été évacués, soit environ 300 personnes. Six hommes ont depuis été mis en examen, soupçonnés d'avoir acheminé le véhicule et l'armement sans connaître la nature du projet. Les enquêteurs cherchent toujours à remonter jusqu'à ceux qui ont donné les ordres.