Le samedi 21 février 2026 à 15:01 - MAJ samedi 21 février 2026 à 17:53
L'histoire s'est déroulée en mai dernier, mais elle n'avait jusqu'ici jamais été racontée. Deux policiers de la brigade de recherche et d'intervention nationale (BRI-Nat), une unité d'élite rattachée à l'Office central de lutte contre le crime organisé (OCLCO), ont sauvé la vie de leur guide de haute montagne après sa chute dans une crevasse du Massif du Mont Blanc, en pleine tempête, à plus de 4000 mètres d'altitude. Hors service, épuisés après des heures de marche, ils ont tenu bon pendant quarante minutes dans des conditions extrêmes avant de parvenir à arracher l'homme au vide.
Le dimanche 25 mai 2025, K. et N., deux brigadiers chefs affectés à la BRI-Nat, entament une expédition personnelle visant à gravir le sommet du Mont Blanc, culminant à 4810 mètres d'altitude. Ils sont accompagnés d'Yvan, un guide de haute montagne expérimenté et titulaire de sa carte professionnelle. L'expédition, prévue sur cinq jours, débute à Saint-Gervais-les-Bains (Haute-Savoie). La cordée est composée de trois personnes : Yvan ouvre la marche, N. progresse en deuxième position et K. ferme la marche, chacun espacé d'une dizaine de mètres.
Une tempête en pleine redescente
Après deux jours d'acclimatation, les trois alpinistes démarrent l'ascension finale le mercredi 28 mai. Ils atteignent le sommet du Mont Blanc, à 4810 mètres d'altitude, vers treize heures. Mais lors de la redescente, les conditions météorologiques se dégradent brutalement, bien plus tôt que ne le prévoyaient les prévisions. Une tempête de neige s'abat sur le massif, accompagnée de rafales atteignant 80 km/h. Le ressenti de la température chute à environ -20 degrés Celsius. Le ciel et la neige se confondent, les débris de glace fouettent les visages, la visibilité devient quasi nulle. Malgré ces conditions, la cordée poursuit sa progression en suivant les traces laissées par le guide, dans le respect des procédures de sécurité. L'altitude à ce moment est d'environ 4100 mètres.
Il est 17h10 lorsque le drame survient. Alors qu'Yvan progresse en tête de cordée dans la descente du Dôme du Goûter, il disparaît subitement et chute dans une profonde crevasse d'environ 200 mètres de profondeur. K. et N. réagissent instantanément. Les deux policiers se plaquent au sol et s'agrippent à la glace pour retenir la cordée afin d'éviter que l'ensemble de la cordée ne soit entraîné dans le vide. Sans cette réaction immédiate, les trois hommes auraient probablement péri.
Quarante minutes d'angoisse s'ensuivent. Les deux fonctionnaires hurlent le prénom d'Yvan dans le vide, sans obtenir la moindre réponse. Ils donnent des coups sur la corde pour tenter de sentir un signe de vie, en vain. L'expédition dure depuis déjà plus de douze heures. Le froid les pénètre, leurs masques de protection sont entièrement gelés, le bas de leurs visages est brûlé par la glace. Malgré la situation, K. et N. gardent leur sang-froid. L'un d'eux a l'idée de chercher un réseau téléphonique. C'est finalement N. qui parvient à joindre le peloton de gendarmerie de haute montagne (PGHM) de Chamonix avec son téléphone portable, après avoir retiré ses gants de protection pour composer le numéro.
Sauvé in extremis
Puis, contre toute attente, la main du guide apparaît en haut de la crevasse. K. et N. mobilisent alors leurs dernières forces pour le hisser hors du vide en tirant sur la corde, jusqu'à le ramener sur la surface plane. Le guide, incapable de remonter seul, est sauvé grâce à la réactivité et à la détermination des deux policiers.
Une attente interminable débute ensuite dans des conditions climatiques toujours aussi difficiles. Les secours du PGHM arrivent environ quarante minutes plus tard et ramènent les trois hommes au refuge du Goûter, situé à 3829 mètres d'altitude. Il est alors 19 heures. K. et N. sont pris en charge par une équipe de pompiers volontaires et un médecin. Le bilan fait état d'une hypothermie modérée, de brûlures diverses liées au froid et d'un épuisement total. Le lendemain, jeudi 29 mai, un second bilan médical conclut à l'impossibilité pour les deux policiers et leur guide de redescendre à pied. L'hélicoptère Dragon 74 de la Sécurité civile est dépêché sur place pour les évacuer vers la vallée.
«Sans leur sang-froid, personne ne serait là aujourd'hui»
"Ce qu'ont accompli ces deux fonctionnaires est tout simplement hors du commun", confie un commissaire de la direction nationale de la Police judiciaire (DNPJ). "En pleine tempête, à plus de 4000 mètres d'altitude, après plus de douze heures d'effort, ils ont d'abord sauvé leur propre vie en s'accrochant à la glace pour ne pas être emportés, puis ils ont extrait un homme d'une crevasse. Ce sont des policiers aguerris, mais leur spécialité n'est pas le sauvetage en montagne. Sans leur sang-froid, personne ne serait là aujourd'hui."