Le samedi 13 juin 2026 à 22:22
Un gardien de la paix du commissariat principal de Rouen (Seine-Maritime) a été mis en examen ce jeudi 11 juin. Il lui est reproché d'avoir, contre paiement, interrogé des fichiers de police de manière illicite et fait lever des immobilisations administratives de véhicules. Sa commanditaire présumée, une femme de 27 ans, poursuivie pour les mêmes infractions, a été incarcérée. Le fonctionnaire, déjà suspendu par sa hiérarchie, a été placé sous contrôle judiciaire ; le parquet, qui réclamait son incarcération, a fait appel.
L'affaire a été révélée par le nouveau dispositif de détection des usages anormaux de fichiers mis en place par l'IGPN, l'inspection générale de la police nationale. Selon les informations d'Ici Normandie, confirmées par le procureur de la République de Rouen, Sébastien Gallois, le signalement remonte à juillet 2025 : la direction interdépartementale de la police nationale (DIPN) de la Seine-Maritime a alerté le parquet, soupçonnant ce gardien de la paix de consultations illicites et de corruption dans le cadre de levées d'immobilisation administratives de véhicules. Le parquet de Rouen a alors saisi l'IGPN de Rennes (Ille-et-Vilaine).
Plusieurs dizaines de milliers d'euros perçus
Les premières investigations ont établi que le policier, âgé de 45 ans, aurait interrogé quelque 2 500 fichiers et fait lever plus de 700 immobilisations de véhicules, partout en France. Le poste qu'il occupait ne justifiait pas une consultation aussi intensive des fichiers, ce qui a contribué à le signaler. Les enquêteurs ont surtout mis en évidence qu'il a été rémunéré pour ces agissements : plusieurs dizaines de milliers d'euros au total, dont une partie a été saisie. Sa commanditaire, identifiée en région lyonnaise, est soupçonnée d'avoir revendu à ses "clients" les informations qu'elle lui achetait.
Les deux mis en cause ont été placés en garde à vue le 10 juin, puis déférés le lendemain soir devant un juge d'instruction de Rouen. Ils ont été mis en examen pour "corruption, détournement et complicité de détournement de finalité d'un système de traitement de données automatisées mis en œuvre par l'État et ce en bande organisée, violation du secret professionnel et blanchiment", a précisé le procureur de la République. L'enquête se poursuit désormais sous la direction d'un juge d'instruction.
Des données prisées du crime organisé
La gravité de ces faits tient à la valeur de ces données pour le crime organisé. "Ces informations là intéressent au premier plan des délinquants, des criminels ou des groupes criminels. Parce qu'il n'y a que la police qui les détient", a souligné le sous-directeur des enquêtes de l'IGPN, le contrôleur général Thomas de Ricolfis, auprès de nos confrères. Il a précisé qu'une information issue d'un fichier de police peut être achetée 5 euros au fonctionnaire avant d'être revendue par un intermédiaire "à un prix beaucoup plus élevé, parfois 2000, voire 3 000 euros". Selon le directeur de l'IGPN Stéphane Hardouin, qui s'exprimait dans Le Parisien en janvier 2026, les affaires de corruption impliquant des policiers ont bondi de 70 %, notamment grâce au dispositif de surveillance algorithmique déployé pour repérer les consultations anormales des fichiers les plus sensibles.