Le mercredi 25 février 2026 à 11:59
Un père de famille de Cagnes-sur-Mer (Alpes-Maritimes) a mené sa propre enquête pour retrouver l'homme qui échangeait des messages à caractère sexuel avec sa fille de 12 ans sur Snapchat. Georges Bilello, chauffeur poids lourd de 51 ans, est parvenu en plusieurs mois à identifier et localiser le suspect, domicilié en Isère, après une tentative de suicide de l'adolescente, raconte Le Figaro. Le suspect, Antoine F., aujourd'hui âgé de 37 ans, sera jugé le 3 mars prochain devant le tribunal correctionnel de Vienne (Isère) pour corruption de mineure de 15 ans.
C'est en contrôlant le téléphone de sa fille Léa*, comme il le fait régulièrement, que Georges Bilello découvre au printemps dernier les échanges entre l'adolescente et un homme sur l'application Snapchat. Les messages défilent, accompagnés de demandes explicites de photos intimes auxquelles la jeune fille s'est exécutée. L'homme connaissait l'âge de l'enfant. Une plainte est déposée quatre jours après cette découverte. Léa, décrite comme "un peu fragile, vulnérable" par son père, était à l'époque particulièrement touchée par le décès récent de sa mère.
«Elle avait peur que je ne l'aime plus»
Le 17 avril 2025, alors que rien ne laissait présager un tel drame, Léa tente de mettre fin à ses jours par pendaison dans sa chambre. Son frère, d'une douzaine d'années, la découvre et revient en pleurs auprès de son père. "Je me suis levé, j'ai chopé un ciseau et j'ai coupé la corde", se souvient Georges Bilello. Il réanime sa fille et contacte les secours. Sur le lit de l'adolescente, un mot est retrouvé. "Elle avait peur que je ne l'aime plus", confie le père à BFMTV. Léa est hospitalisée à l'hôpital Lenval, à Nice, avant de pouvoir rentrer au domicile familial.
Mais l'enquête confiée au parquet de Grasse tarde à avancer selon le père de famille, qui décide alors d'agir. "J'ai fait 'et puis merde', je vais me débrouiller par moi-même et le trouver par moi-même", explique-t-il à la chaîne d'informations. Durant plusieurs mois, il épluche les réseaux sociaux du mis en cause, avec le soutien de la Team Moore, un collectif de bénévoles qui traquent les pédocriminels en ligne. Il parvient à retrouver la véritable identité de l'homme, qui utilisait un pseudonyme, puis à le géolocaliser grâce à une fonctionnalité de Snapchat. L'application, qui notifie le destinataire en cas de capture d'écran, complique toutefois la collecte de preuves pour les parents. Georges Bilello transmet finalement l'ensemble de ses éléments aux forces de l'ordre.
Ces informations permettent aux gendarmes de procéder à l'interpellation d'Antoine F., domicilié en Isère. Le prévenu, placé sous curatelle et jamais condamné par la justice, est poursuivi pour corruption de mineure de 15 ans. Les faits qui lui sont reprochés s'étalent d'août 2024 à septembre 2025, période durant laquelle il aurait sollicité des photographies dénudées de l'adolescente, alors âgée de 12 à 13 ans. Le procureur de Vienne a confirmé que l'enquête menée par le père n'entraînait pas de vice de procédure. "En droit pénal, la preuve est libre. Seule la conduite des investigations par les services d'enquête obéit à des règles et conditions procédurales et au principe de loyauté de la preuve", a-t-il expliqué. L'audience est fixée au 3 mars prochain. Le prévenu encourt dix ans de prison et 150 000 euros d'amende, ainsi qu'une inscription au fichier judiciaire national automatisé des auteurs d'infractions sexuelles et violentes (FIJAIS).
️ "J'ai épluché tous les réseaux sociaux, tous ses profils"
➡️ Georges Bilello, père de Léa, 12 ans, raconte comment il a traqué et retrouvé le pédophile qui s'en prenait à sa fille pic.twitter.com/r0aACQUfbr
— BFM (@BFMTV) February 24, 2026
«Le danger est désormais dans la poche de chacun de nos adolescents»
Aujourd'hui, Léa est placée en foyer afin de recevoir des soins psychologiques appropriés. Son frère est également pris en charge par les psychologues de l'hôpital Lenval. Georges Bilello appelle désormais les parents à la vigilance face aux dangers des réseaux sociaux. "Le danger est désormais dans la poche de chacun de nos adolescents", déplore Me Jean Sannier, avocat de Georges Bilello, dans les colonnes du Figaro. "On observe une mutation de ce type d'agressions sexuelles, qui peuvent avoir des conséquences dramatiques, puisque, dans ce cas, cela aurait pu conduire à la mort d'une enfant de 12 ans", insiste l'avocat.
*Le prénom a été modifié.