Six jours sur un brancard aux urgences : une ancienne élue de 85 ans dénonce un système «complètement déshumanisé»

Six jours et cinq nuits sur un brancard, sans jamais obtenir de chambre. Admise en urgence au CHU d'Orléans le 18 juillet pour une hémorragie, une ancienne élue municipale de 85 ans a fini par quitter l'établissement contre l'avis des médecins. L'hôpital évoque une durée "exceptionnelle" et promet la réouverture de 42 lits.
Six jours sur un brancard aux urgences : une ancienne élue de 85 ans dénonce un système «complètement déshumanisé»
Le CHU d'Orléans. (Illustration / Google view)
Par Actu17
Le dimanche 9 août 2026 à 11:16

Une ancienne élue municipale d'Orléans, dans le Loiret, âgée de 85 ans, a passé six jours et cinq nuits sur un brancard aux urgences du centre hospitalier universitaire, faute de chambre disponible, avant de rentrer chez elle en signant une décharge contre avis médical. Deux semaines après cette prise en charge, Nino-Anne Dupieux a décidé de témoigner pour dénoncer l'état du système hospitalier, tout en rendant hommage aux soignants qui l'ont accompagnée. L'établissement reconnaît une durée de séjour "exceptionnelle" et annonce la réouverture de 42 lits d'ici la fin de l'année.

Retraitée de l'Éducation nationale, Nino-Anne Dupieux a été élue municipale entre 1995 et 2008 et adjointe de Jean-Pierre Sueur, ex-maire socialiste de la ville. Le 18 juillet, cette patiente sous dialyse a été admise en urgence pour une importante hémorragie digestive, comme l'a précisé France 3. "Je ne peux pas garder ça pour moi", explique-t-elle aujourd'hui au micro d'Ici Orléans, qui a recueilli son témoignage en premier. "Je ne peux pas me résigner parce que c'est inadmissible."

Un brancard en guise de «lieu de vie»

Faute de place, elle patiente dans un premier temps au milieu d'un couloir saturé de brancards. Une salle d'examen, habituellement réservée aux médecins, est ensuite réquisitionnée pour l'accueillir. Direction enfin un deuxième box, dépourvu de fenêtre, où d'autres malades sont installés à ses côtés. Un paravent fait office de seule séparation. Son taux d'hémoglobine chutant dangereusement, les soignants procèdent à une transfusion. Pendant six jours, le brancard restera son seul espace. "Un brancard dont je ne savais pas encore qu'il me servirait tout à la fois de lit, de chambre, de salle de soins, de toilettes et d'examen, bref de lieu de vie", écrit-elle dans un communiqué de quatre pages intitulé "Des anges en enfer", adressé au CHU quelques jours après sa sortie.

Chaque jour, on lui annonce qu'une chambre finira par se libérer. "Tous les jours, le personnel espérait me trouver une chambre. Et dans cet énorme hôpital, il n'y avait pas une chambre pour une vieille dame comme moi", regrette l'octogénaire. Elle décrit un service engorgé au cœur de l'été, un moment de l'année où les hôpitaux fonctionnent avec des capacités d'accueil amoindries, les personnels étant en congés. "Je voyais les couloirs remplis de brancards, avec sur chacun, des personnes qui avaient besoin des urgences." Dans sa lettre, elle souligne que le brancard constituait, pour beaucoup, un privilège : d'autres patients attendaient assis sur des fauteuils en fer.

Le sixième jour, une amélioration se dessine. L'octogénaire, elle, a pris sa décision : il n'est pas question de rester une nuit de plus dans ce box. Elle contacte son mari et son fils. "J'ai dit enlevez-moi de là", raconte-t-elle à France 3. Elle signe une décharge et quitte l'hôpital contre l'avis des médecins.

«Des gens extraordinairement humains»

Tout au long de son récit, Nino-Anne Dupieux ne met jamais en cause les équipes soignantes, qu'elle désigne comme ses "anges". Ce sont les moyens accordés à l'hôpital public qu'elle vise. "Je trouve que nous vivons dans un système de santé qui ne se rend pas compte à quel point il génère des souffrances au niveau des malades et des personnels. C'est complètement déshumanisé", dénonce-t-elle auprès d'Ici Orléans. "Des gens extraordinairement humains, gentils, professionnels, attentifs : du brancardier au médecin, en passant par les internes, les infirmières. Ils méritent un hommage", insiste-t-elle. Sa démarche se veut collective : "Si je peux me faire l'avocate de tous ceux qui ont vécu la même chose, mais qui n'osent pas parler, je le ferai."

Du côté des organisations syndicales, ce récit ne surprend pas. Dorine Lemasson, représentante CGT au CHU d'Orléans, y reconnaît des dysfonctionnements dénoncés de longue date. "Les urgences sont la vitrine du CHU. La situation est catastrophique dans tous les services", fustige la syndicaliste.

42 lits rouverts d'ici novembre

Interrogé, le centre hospitalier universitaire reconnaît dans un communiqué des "tensions sur les capacités d'hospitalisation en aval des urgences" et qualifie la durée du séjour de la patiente sur un brancard d'"exceptionnelle". Il précise qu'il ne disposait d'aucune place dans le service adapté à la pathologie de l'octogénaire, et ce durant l'intégralité de son passage aux urgences. Une surveillance médicale aurait toutefois été maintenue sans interruption. L'hôpital annonce par ailleurs le lancement d'un retour d'expérience, destiné à établir les raisons d'une telle attente.

"Un programme de réouverture de 42 lits de médecine a été présenté aux instances de l'établissement. Cette réouverture, prévue entre septembre et novembre 2026, représente une augmentation de 6,1 % de la capacité en lits par rapport à 2025", indique le CHU. Cinq de ces lits concerneront directement la spécialité dans laquelle Nino-Anne Dupieux aurait dû être hospitalisée, selon France 3.

La syndicaliste, elle, ne crie pas victoire. "À aucun moment on est contre une réouverture de lits, on ne demande que ça. Mais il faut les moyens humains qui vont avec", alerte Dorine Lemasson. "Et on ne parle pas que des soignants dans le service concerné, mais il faut aussi plus de bras dans les services pour les approvisionnements en draps, en matériel etc."L'établissement affirme de son côté avoir engagé des embauches en vue de ces ouvertures de lits.

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