Marseille : Un commissaire mis en examen pour avoir couvert les policiers qui ont fracturé le crâne d'Angelina

Angelina, 19 ans, a eu le crâne fracturé sous les coups de policiers en marge d'une manifestation en 2018 à Marseille. Huit ans plus tard, l'ancien numéro deux d'une unité de police est poursuivi pour avoir couvert ses hommes.
Marseille : Un commissaire mis en examen pour avoir couvert les policiers qui ont fracturé le crâne d'Angelina
Un policier à Rennes, le 24 septembre 2025. (Illustration / Marc Ollivier / PhotoPQR / Maxppp)
Par Actu17
Le jeudi 24 septembre 2026 à 22:34

Un commissaire de police a été mis en examen le 17 septembre dernier pour fausse déclaration sous serment et soustraction de preuve, a indiqué ce jeudi le parquet de Marseille, confirmant une information de Mediapart. Il lui est reproché d'avoir couvert les policiers mis en cause dans le passage à tabac d'Angelina, alors âgée de 19 ans, qui a eu le crâne fracturé, le 8 décembre 2018 à Marseille.

Ce jour-là, la jeune femme rentrait de son travail vers 18 heures. Elle ne participait pas à la mobilisation des Gilets jaunes organisée dans la cité phocéenne. Elle a été touchée à la cuisse par un tir de lanceur de balle de défense (LBD) et s'est effondrée. Deux policiers en civil l'ont ensuite frappée à coups de pied et de matraque, sous les yeux d'une dizaine de collègues, et aucun ne s'est porté à son secours. Les coups de matraque ont fracturé le crâne d'Angelina, qui en garde encore des séquelles.

Un casque de skate au cœur du dossier

Au moment des faits, le commissaire était le numéro deux du service de sécurisation des transports en commun (SISTC). Ce jour-là, huit policiers en civil étaient placés sous ses ordres. Sept d'entre eux ont depuis été mis en examen, précise Mediapart. La soustraction de preuve qui lui est reprochée porte sur un casque de skate non réglementaire. Le commissaire et plusieurs policiers de son équipe en étaient équipés lors des violences. Ce détail aurait permis de les reconnaître. Le commissaire a été placé en garde à vue avant d'être mis en examen. Il encourt cinq ans d'emprisonnement pour fausse déclaration sous serment.

Entendu par l'IGPN en mai 2019, alors qu'il était capitaine, il avait pourtant nié que les fonctionnaires visibles sur les vidéos appartenaient à son unité. "Il ne s'agit pas de mes effectifs", avait-il affirmé. Il avait également assuré qu'aucun de ses agents ne portait de casque de skate. Les auteurs des coups n'ayant pas été identifiés, la procédure a abouti à deux non-lieux, en 2020 et en janvier 2022.

Un policier reconnaît «avoir menti»

Le dossier a basculé en septembre 2025. D'après Mediapart, l'un des policiers du SISTC a alors reconnu "avoir menti" à la justice lors de sa première audition. Il a évoqué des "pressions de sa hiérarchie et de son syndicat", Alliance Police Nationale. Selon lui, il avait pourtant signalé à ses supérieurs, dès avril 2019, qu'il se trouvait sur place au moment des faits.

Une semaine après ces aveux, le commissaire a été confronté à ses déclarations lors d'une audition sous le statut de témoin. Il a alors admis que des policiers de son unité étaient présents aux côtés de la jeune femme pendant son agression. Il a aussi reconnu avoir eu connaissance de rumeurs visant des policiers de la BAC. Il a choisi de garder ces informations pour lui, afin de ne pas "véhiculer des ragots".

L'instruction avait été rouverte en septembre 2023 à l'initiative d'Angelina et de son avocat, Me Brice Grazzini. Les deux policiers de la brigade anticriminalité (BAC) soupçonnés d'avoir porté les coups ont été mis en examen pour violences volontaires aggravées, en novembre 2025 et en avril 2026. Onze autres policiers sont poursuivis pour non-assistance à personne en danger. Le commissaire est le plus haut gradé poursuivi dans ce dossier. Tous les fonctionnaires restent présumés innocents.