Le jeudi 5 novembre 2026 à 22:24
Sept élèves de l'École nationale de police (ENP) de Montbéliard (Doubs) accusent l'un de leurs formateurs de harcèlement moral et sexuel. Ils ont déposé plainte les 15 et 16 octobre dernier, le parquet a ouvert une enquête et le formateur a été suspendu. L'affaire a été révélée par L'Est Républicain et confirmée mercredi par le procureur de la République de Montbéliard par intérim, Paul-Edouard Lallois.
Selon nos informations, le mis en cause est formateur général au sein de l'école, où il est en poste depuis plusieurs années. Il n'a pas encore été entendu et reste présumé innocent. Les investigations ont été confiées à la cellule déontologie de la Direction interdépartementale de la police nationale (DIPN) du Doubs.
Les plaignants, des jeunes femmes et des jeunes hommes d'une vingtaine d'années, sont tous élèves dans la même section. Une première plainte a été déposée le 15 octobre pour des faits récents. Les autres ont suivi et portent sur des situations plus anciennes, qui remonteraient à quelques semaines. "Il n'y a pas d'acte isolé. Les faits auraient été commis en public dans le cadre d'un enseignement", a précisé le magistrat à L'Est Républicain.
Des propos «rabaissants» et des gestes déplacés
"Si l'enquête confirme ces comportements, il s'agit de propos rabaissants, autoritaires qu'on pourrait qualifier 'd'à l'ancienne'", a déclaré Paul-Edouard Lallois à Ici. Les élèves masculins décrivent des brimades, des humiliations et un "comportement brutal". Les jeunes femmes dénoncent des gestes répétés et déplacés : "une proximité physique", "une posture avec le visage proche d'un élève" ou encore "une main sur l'épaule", a détaillé le procureur.
Les enquêteurs doivent entendre d'autres élèves et d'autres formateurs, ainsi que d'anciens élèves. Le formateur sera lui aussi convoqué.
Suspendu pour quatre mois
Une enquête administrative a été ouverte en parallèle. Le directeur de l'ENP, David Gagliardi, a suspendu le formateur pour quatre mois dans un premier temps, en attendant les résultats des investigations. "Dès que j'ai eu connaissance de ces 'révélations', j'ai ordonné la suspension de l'enseignant. C'est une mesure de contrôle et de garde-fou", a-t-il expliqué à L'Est Républicain. Selon lui, les élèves "décrivent des attitudes équivoques qui contreviennent à la charte déontologique que tous les formateurs signent". "Ils ont une posture d'autorité face à un apprenant, une ascendance morale. Ils doivent respecter les distances physiques, ne pas avoir de gestes équivoques, ne pas se montrer familiers", a-t-il ajouté. Interrogé par Ici, le directeur a toutefois nuancé les faits, en parlant d'"une distance sociale inappropriée, inadaptée, mais de gestes qui restent d'une gravité limitée".
D'après L'Est Républicain, c'est la première fois que l'établissement est confronté à une telle affaire. Début 2025, le tribunal administratif de Besançon a ordonné la réintégration d'un élève policier licencié par le préfet après des accusations d'agressions sexuelles sur des camarades.