Drones russes cachés à bord de navires en Méditerranée : la CIA aurait alerté Paris, Madrid et Rome

Selon le quotidien espagnol El Mundo, un rapport de la CIA décrit un scénario d'attaque russe avec des drones Gerbera tirés depuis des navires en Méditerranée. L'Espagne, la France ou l'Italie pourraient être visées.
Drones russes cachés à bord de navires en Méditerranée : la CIA aurait alerté Paris, Madrid et Rome
Un drone russe Gerbera abattu en Ukraine, le 1er novembre 2025. (Illustration / Cavan-Images / Shutterstock)
Par La Rédaction
Le jeudi 24 septembre 2026 à 15:00

Les services de renseignement américains auraient averti plusieurs gouvernements européens, dont celui de la France, d'une possible attaque de drones russes lancés depuis la mer Méditerranée. C'est ce que révèle le quotidien espagnol El Mundo. Selon le journal, Moscou pourrait viser l'Espagne, la France ou l'Italie avec des drones Gerbera cachés dans des conteneurs, à bord de navires marchands ou de pétroliers de la "flotte fantôme" russe.

"Ils utiliseront des drones lancés depuis la mer, cachés dans le conteneur d'un bateau. Ce n'est pas difficile du tout", a déclaré au quotidien une source proche du ministère lituanien de la Défense, sous couvert d'anonymat. D'après El Mundo, un rapport de la CIA a circulé dans plusieurs chancelleries européennes. Plusieurs analystes spécialisés dans la défense, interrogés par le journal, disent en connaître l'existence et le décrivent comme très précis sur le déroulé de l'attaque envisagée. Les Français lui auraient accordé beaucoup de crédit.

L'alerte remonterait au déplacement du directeur de la CIA, John Ratcliffe, à Moscou le 25 août dernier. Le patron du renseignement américain avait fait escale à Riga (Lettonie) avant de rallier la capitale russe en avion militaire. Selon le Wall Street Journal et Politico, il s'y serait rendu pour mettre en garde le Kremlin contre toute attaque ou provocation visant l'OTAN. Depuis, la Lituanie et d'autres pays disposeraient de ces informations. Selon le quotidien, un pays balte savait à l'avance que ce déplacement aurait lieu, et en a ensuite connu la teneur. Madrid, Paris et Rome auraient aussi été avertis qu'une opération de drones se préparait contre l'un des trois pays.

El Mundo fait le lien entre cette mise en garde et la réaction d'Emmanuel Macron. Après un Conseil de défense organisé le 16 septembre, le président de la République a convié à l'Élysée, le 18 septembre, l'ensemble des chefs de partis ainsi que les candidats déclarés pour l'élection présidentielle de 2027.

Des drones démontés et cachés dans des conteneurs

Selon le scénario décrit, les drones seraient transportés démontés, fuselage d'un côté et ailes de l'autre, dans des conteneurs standards de 40 pieds. Avec 2,5 mètres, l'envergure de l'appareil dépasse légèrement la largeur intérieure de ces caisses. Ils seraient ensuite assemblés sur le pont, puis propulsés par une catapulte pneumatique, un dispositif simple et facile à installer. Un même navire pourrait en transporter plusieurs. Positionnés dans les eaux internationales, entre 200 et 300 kilomètres du littoral, les navires permettraient aux drones d'atteindre leur cible en une à deux heures environ.

Long d'environ deux mètres pour un poids maximal de 18 kilos, le Gerbera vole à quelque 160 km/h. Il pourrait parcourir jusqu'à 600 kilomètres, une distance qui varie en fonction de sa charge et des conditions de vent. Fabriqué en contreplaqué recouvert de mousse de polystyrène, il coûterait environ 8 500 euros, selon El Mundo. Il peut servir de drone de reconnaissance, de leurre ou d'attaque. Il est aussi bien plus facile à catapulter que les Shahed ou les Geran, beaucoup plus imposants. D'après une carte publiée par le quotidien, des villes comme Marseille, Toulouse ou Lyon seraient dans son rayon d'action, contrairement à Paris.

Le Gerbera emporte quatre à cinq kilos d'explosifs. Sa charge, trop légère pour anéantir un site d'envergure, suffirait en revanche à déclencher un feu, à abîmer du matériel à découvert, à survoler une emprise militaire ou à paralyser pendant un temps un port ou un aéroport. L'effet recherché serait autant politique et économique que matériel : montrer que la Russie peut frapper loin de la ligne de front.

Pourquoi l'Espagne, la France ou l'Italie ? Selon El Mundo, ces trois pays se dirigent vers des scrutins en 2027, et des partis radicaux pourraient y tirer profit de l'inquiétude et de l'usure de l'opinion à l'égard du soutien à Kiev. Keir Giles, analyste britannique spécialiste de la stratégie militaire russe et ancien de l'Académie de défense du Royaume-Uni, estime que la distance ne protège pas. "Ce ne sont pas nécessairement les pays de première ligne qui seront la cible. La cible sera là où se trouve le point le plus faible de l'Europe", affirme-t-il. Il cite "des pays comme le Royaume-Uni ou l'Espagne, qui n'ont pas investi dans des systèmes intégrés de défense aérienne et antimissile adaptés à la menace russe". "La Russie observe où toute action aura le plus d'impact en raison du manque de résilience, de défense civile et de la fragilité politique", ajoute-t-il.

«Médecine russe contre l'arrogance française»

Dans les milieux russes proches de l'armée, la Méditerranée est déjà présentée comme une voie pour menacer la France. Le 19 septembre, au lendemain de la réunion à l'Élysée, l'influent canal Telegram Rybar a publié une carte de la Méditerranée intitulée "Médecine russe contre l'arrogance française", rapporte El Mundo. Le message envisageait que l'Algérie soit équipée de drones Geran-5, capables selon lui de frapper dans le sud de la France des sites aéronautiques, des installations militaires, des centrales nucléaires ou encore des complexes pétrochimiques.

Cette menace s'ajoute à une série d'actions attribuées à Moscou. Le Kremlin répète que les pays qui fournissent à Kiev des armes, du renseignement ou des conseillers militaires sont devenus, à ses yeux, des belligérants et donc des cibles légitimes. Il y a un an, 19 drones non armés avaient pénétré l'espace aérien polonais. Le grand tournant, selon El Mundo, a été l'affaire des drones armés à l'aéroport de Leipzig (Allemagne), que Berlin attribue au renseignement russe. Un Gerbera-2, variante du même appareil, a aussi été récupéré au large des côtes polonaises. Doté d'une tête à fragmentation contenant environ quatre kilos d'explosifs, cet appareil n'aurait pas été tiré depuis la mer : il aurait survolé la Lituanie après être parti de l'enclave russe de Kaliningrad.

Des tirs depuis la mer déjà testés par la Russie

L'hypothèse d'un lancement naval avait déjà été évoquée il y a un an par le média ukrainien Defense Express, qui imaginait des Gerbera transportés sur des pétroliers de la flotte fantôme et tirés par catapulte depuis les eaux internationales. La Russie s'est par ailleurs déjà exercée à ce type de lancement. Dès 2020, le constructeur ZALA, rattaché au groupe Kalachnikov, avait montré qu'il pouvait faire décoller des drones depuis un bateau en navigation. Des tests similaires ont été menés en octobre 2024, cette fois depuis une plateforme maritime pratiquement à l'arrêt.

En février, des marins suédois ont vu un drone s'envoler depuis le Zhigulevsk, un navire russe spécialisé dans l'interception des communications, alors qu'il naviguait dans le détroit de l'Øresund. Le porte-avions français Charles-de-Gaulle se trouvait alors à Malmö (Suède). La Suède a brouillé l'appareil et dénoncé une violation de son espace aérien. Le drone, qui n'a pas été identifié, est resté à plus de 10 kilomètres du bâtiment. Le 14 septembre, un navire de guerre russe a aussi tiré deux fusées de détresse en direction d'un hélicoptère militaire danois qui menait une mission de surveillance en mer Baltique.

"L'impression que les Russes veulent donner, c'est leur propre Spider Web", explique encore la source lituanienne. Lors de cette opération, Kiev avait fait circuler en Russie des camions chargés de conteneurs où étaient dissimulés des drones, ensuite déclenchés à proximité de bases aériennes pour y détruire plusieurs appareils. Des sources du renseignement balte relient cette agressivité aux dégâts causés par les frappes ukrainiennes sur le secteur énergétique russe. Selon El Mundo, l'intensification des sabotages russes viserait à réduire le soutien à l'Ukraine, à diviser l'OTAN et à inquiéter la population européenne.

La Pologne disposerait d'informations similaires. Son Premier ministre, Donald Tusk, a mis en garde contre de possibles attaques de drones ou de missiles visant les pays qui soutiennent Kiev. "La Russie ne se cachera pas. Nous devons simplement éviter les conséquences", a prévenu le chef de la diplomatie lituanienne, Kestutis Budrys. L'Ukraine lance elle aussi des drones depuis des plateformes en mer, et certains analystes y voient une possible riposte russe. Selon Bloomberg, une personne proche du Kremlin a évoqué la volonté de punir l'Europe pour son soutien à Kiev.

À ce stade, ni la CIA ni les gouvernements espagnol, français et italien n'ont confirmé publiquement l'existence de cette alerte.

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