Le vendredi 6 novembre 2026 à 16:15
La vague de fausses alertes à la bombe qui frappe le trafic aérien européen ne faiblit pas. Vendredi, quatre avions qui survolaient le territoire français ont été visés par de nouvelles menaces. Ils se sont posés sans encombre, trois à l'aéroport d'Orly (Val-de-Marne) et un à Bordeaux (Gironde). Les démineurs ont été mobilisés pour inspecter les appareils et une enquête est en cours. Dans le même temps, d'autres vols ont été ciblés à Prague, Sofia et Lisbonne, tandis que plusieurs médias irlandais ont dû faire évacuer leurs locaux. Aucun explosif n'a été découvert.
C'est Matignon qui a annoncé ces quatre nouvelles alertes, en précisant que les services de déminage "procèdent aux inspections de sécurité". "Une enquête est en cours pour déterminer l'origine de ces alertes qui touchent toute l'Europe", ont ajouté les services du Premier ministre, chargés de la sûreté et de la défense aérienne du pays. La répartition des atterrissages entre Orly et Bordeaux a été donnée par une source informée du dossier, citée par l'Agence France-Presse. La veille, un Airbus A320 d'Aer Lingus qui reliait Dublin (Irlande) à Rome (Italie) avait été dérouté vers la base aérienne 105 d'Évreux (Eure), où le parquet a ouvert une enquête visant le pilote.
Onze vols visés à Prague et Sofia
Hors de France, onze vols au départ ou à destination de Prague (République tchèque) et de Sofia (Bulgarie) ont aussi été ciblés vendredi. "Aujourd'hui encore, des menaces de pose d'un engin explosif ont visé un grand nombre d'appareils arrivant à l'aéroport de Prague et en partant", a indiqué la police tchèque sur X, en assurant que les mesures de sécurité avaient été prises avec un impact minimal sur le fonctionnement de la plateforme. Les fouilles n'ont rien donné. L'unité de la police tchèque spécialisée dans la lutte contre l'extrémisme, le terrorisme et la cybercriminalité a repris l'enquête. Selon le quotidien tchèque Právo, les menaces ont été envoyées par e-mail à un responsable de la gestion de crise de l'aéroport. Elles ont été évaluées comme présentant un faible niveau de risque. En Bulgarie, deux vols en provenance de Londres-Stansted (Royaume-Uni) et de Bruxelles (Belgique) étaient concernés. Ils ont atterri normalement à Sofia.
Au Portugal, un vol Ryanair qui devait relier Lisbonne à Rome vendredi matin a lui aussi été visé. L'alerte a été donnée alors que l'appareil assurait encore sa liaison précédente, en provenance de Rome. "Suite à la menace de bombe visant le vol FR8197, au départ de Lisbonne et à destination de Rome, nous informons que l'Unité spéciale de police (UEP) a procédé à une inspection de sécurité de l'aéronef, sans qu'aucun engin explosif ni objet suspect n'ait été détecté", a fait savoir la police portugaise dans un communiqué. Les passagers et leurs bagages ont été soumis à un nouveau contrôle, sans résultat.
«Une campagne coordonnée», selon Dublin
En Irlande, les menaces ont visé des médias. Le siège du groupe audiovisuel public RTÉ, sur le campus de Donnybrook à Dublin, a été évacué vendredi matin, comme les locaux d'autres médias irlandais, après la réception d'un e-mail menaçant. Le même message a été adressé à de nombreux médias en Irlande et au Royaume-Uni. La chaîne Virgin Media l'a également reçu mais a poursuivi ses programmes sans évacuer. Les policiers irlandais sont intervenus sur place et le site a ensuite été déclaré sûr. "Ces menaces interviennent dans le sillage des perturbations de l'aviation en Europe, visée par des menaces similaires, et il semble probable qu'il s'agisse d'une campagne coordonnée visant à engendrer des perturbations", a réagi le gouvernement irlandais, qui dit ignorer à ce stade qui en est à l'origine. Le Premier ministre irlandais, Micheál Martin, a qualifié ces menaces d'"inquiétantes".
Des messages signés «combattants de l'État masculin»
L'identité des auteurs reste inconnue et aucun lien n'a été établi entre les différentes alertes. Des messages envoyés jeudi aux aéroports de Rome et de Sofia se réclamaient des "combattants de l'État masculin", un nom qui semble renvoyer à un mouvement ultranationaliste russe, sans qu'il soit possible de vérifier ce lien. L'aéroport britannique de Birmingham a reçu une menace similaire, qui s'est révélée être "un canular", tandis que celui d'Heathrow, à Londres, a fait état d'une menace "jugée non crédible". Les pays européens accusent régulièrement la Russie et l'Iran de mener des opérations de déstabilisation sur leur sol, rappelle Le Monde.
Ces nouvelles alertes s'ajoutent à celles qui ont émaillé toute la semaine. Après de premières menaces en début de semaine, au moins une vingtaine de vols, pour la plupart opérés par des compagnies à bas coût, avaient été visés jeudi. Trois appareils avaient été déroutés et tous avaient atterri sans dommage. Le commissaire européen aux Transports, Apostolos Tzitzikostas, avait alors jugé "trop tôt" pour dire si ces alertes étaient liées entre elles.
Vendredi, le chef de la police londonienne, Mark Rowley, a appelé à ne pas réagir de manière disproportionnée. Rappelant l'époque des menaces liées à l'Armée républicaine irlandaise (IRA), il a évoqué un "terrorisme à 10 pence", lorsqu'"un faux appel annonçant une bombe pouvait perturber toute une ville". Face à des acteurs malveillants parfois "téléguidés par des États hostiles", il a estimé nécessaire d'adapter les méthodes des services de sécurité pour "éviter de surréagir à chaque message".