Le mardi 1 septembre 2026 à 21:06
Une attaque d'ampleur visant le réseau électrique allemand a été en grande partie déjouée dans le sud du Land de Brandebourg, dans l'est du pays. Plusieurs dizaines de dispositifs incendiaires et explosifs artisanaux ont été retrouvés sur le site du poste électrique de Turnow-Preilack, situé près de Cottbus et de la centrale au lignite de Jänschwalde, ce mardi 1er septembre. Une ligne à très haute tension a été touchée à deux reprises et un bloc de la centrale s'est arrêté automatiquement, sans coupure de courant d'ampleur ni blessé, selon le ministre de l'Intérieur du Land. Le gouvernement régional évoque une tentative de sabotage destinée à provoquer une panne électrique de grande envergure.
Un court-circuit s'est produit vers 07h30 sur une ligne à très haute tension, et l'alerte a été donnée peu avant 8 heures par des salariés qui venaient de constater des dégradations sur plusieurs lignes. Des démineurs ont été dépêchés sur place pour examiner les engins découverts sur le site, aussitôt bouclé par les forces de l'ordre. LEAG, qui exploite la centrale, a écrit dans un communiqué qu'"une attaque a été menée contre le poste électrique de Preilack, par lequel l'électricité produite à la centrale de Jänschwalde est injectée" dans le réseau. Depuis ce poste part l'une des deux lignes centrales qui alimentent Berlin en électricité, a précisé un porte-parole de l'entreprise.
Le gestionnaire du réseau de transport, 50Hertz, a évoqué une coupure de courte durée sur son réseau, avant de préciser : "Toutes les lignes sont désormais de nouveau en service. L'alimentation électrique générale n'est actuellement pas affectée."L'un des blocs de la centrale de Jänschwalde s'est arrêté automatiquement dans la foulée. L'un des blocs servant en permanence de réserve, l'alimentation n'a pas été menacée, et le patron de LEAG, Adolf Roesch, a indiqué que le bloc concerné devait être remis en service dans la soirée. Le gestionnaire a également relevé que le soleil et le vent, ce jour-là, avaient évité le pire.
«Ce n'était pas une farce d'enfants»
Lors d'une conférence de presse organisée en fin d'après-midi, le ministre de l'Intérieur du Land, Jan Redmann (CDU), a livré les premiers éléments sur le mode opératoire. Du matériau conducteur aurait été projeté sur les lignes à très haute tension au moyen d'une charge propulsive, dans le but de provoquer un court-circuit. "Dans deux cas, il a été possible d'introduire du matériau conducteur dans la ligne à très haute tension", a-t-il déclaré selon Tagesspiegel et l'agence dpa. "Dans quelques autres cas, cela n'a heureusement pas réussi."Un nombre à deux chiffres de dispositifs a été découvert sur le site, un total qui continuait d'augmenter au fil des fouilles. Le ministre a évoqué un procédé systématique, de nature à causer des dégâts importants : "Ce n'était pas une farce d'enfants."
La nature exacte des engins reste toutefois incertaine, les versions officielles divergeant entre elles. 50Hertz a évoqué des engins volants artisanaux ressemblant à des fusées d'artifice du commerce, dont plusieurs n'avaient pas encore été tirés. Une description contestée par Jan Redmann, pour qui il s'agissait de fusées fabriquées spécialement à cette fin, tandis qu'une porte-parole de la police du Brandebourg a démenti qu'il puisse s'agir de fusées. Le doute porte aussi sur l'existence d'une explosion : la police a d'abord fait état de détonations, quand le ministre a affirmé ne pas pouvoir confirmer qu'un engin explosif ait détoné, évoquant plutôt une boule de feu correspondant vraisemblablement à un court-circuit.
La piste de «puissances étrangères» n'est pas écartée
La police criminelle du Land (Landeskriminalamt, LKA) a repris les investigations. Aucune revendication n'a été diffusée et ni les auteurs ni leurs motivations n'ont été identifiés à ce stade. "Actuellement, les investigations vont naturellement dans toutes les directions", a souligné le ministre, qui n'exclut pas que des "puissances étrangères" soient à l'origine de l'attaque. Le ministre-président du Brandebourg, Dietmar Woidke (SPD), a pour sa part réagi dans un communiqué : "Quiconque tente de saboter nos infrastructures critiques et de paralyser la vie de notre société s'en prend à nous tous."Le ministre-président a également dénoncé la "fréquence inquiétante de ce type d'incidents".
Le réseau électrique allemand a déjà été visé à plusieurs reprises ces derniers mois. Le 3 janvier, l'incendie criminel d'installations électriques dans le sud-ouest de Berlin a privé de courant pendant plusieurs jours environ 45 000 foyers et plus de 2 200 commerces et entreprises, hôpitaux et maisons de retraite compris. Les faits ont été revendiqués par la mouvance d'extrême gauche des Vulkangruppen ("les groupes Volcan"), sans que les enquêteurs ne parviennent à identifier les auteurs. Un pylône alimentant l'usine Tesla de Grünheide, près de Berlin, avait déjà été incendié en mars 2024.
Entschärfer sind vor Ort, es besteht laut Behörden keine Gefahr: Am Umspannwerk in Turnow-Preilack unweit des Kraftwerks Jänschwalde sind Sprengvorrichtungen gefunden worden. https://t.co/yhTy8k3i7q
— DER SPIEGEL (@derspiegel) September 1, 2026
Le même jour, Berlin met Moscou en cause dans un autre dossier
Ces faits sont survenus le jour même où le gouvernement fédéral a officiellement rendu la Russie responsable de la tentative d'attentat au drone explosif visant l'aéroport de Leipzig/Halle, plateforme clé de l'acheminement de l'aide militaire occidentale à l'Ukraine, dans la nuit du 4 au 5 août.
En réponse, Berlin a ordonné la fermeture du dernier consulat russe encore en activité dans le pays et convoqué l'ambassadeur de Russie. "Nous ne sommes pas en guerre. Mais nous sommes quotidiennement la cible d'une guerre hybride", a déclaré le ministre fédéral de l'Intérieur, Alexander Dobrindt, en prévenant qu'il fallait s'attendre à d'autres attaques de ce type. Dans ce dossier aussi, le gouvernement allemand s'en était jusque-là tenu à l'évocation de possibles "puissances étrangères". Moscou a rejeté toute responsabilité et dénoncé une provocation.
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