Le lundi 31 août 2026 à 20:10
Dix-huit ans de prison ont été requis lundi contre le braqueur français Antonio Ferrara devant le tribunal correctionnel francophone de Bruxelles, en Belgique. Surnommé "le roi de la belle", il est jugé avec neuf co-prévenus pour un projet d'attaque à main armée contre le centre-fort de Bochum, en Allemagne, dans la région de la Ruhr, non loin de Dortmund. Ces sites sécurisés servent aux banques à stocker des fonds ainsi que des biens de grande valeur, bijoux compris. Antonio Ferrara conteste toute participation aux faits.
La procureure du roi a retenu contre lui une tentative de vol avec violence, commise dans la nuit du 26 au 27 février 2025, alors qu'il se trouvait en état de récidive. "Il est bien impliqué dans cette tentative d'attaque, ce n'est pas un néophyte", a-t-elle déclaré dans son réquisitoire, en insistant sur "ses compétences en matière d'explosifs". L'exercice s'est révélé particulièrement complexe pour le ministère public, à la veille de l'entrée en vigueur du nouveau Code pénal belge : la peine réclamée correspond à un niveau 6. Le nouveau texte remplace en effet la distinction entre contraventions, délits et crimes par une échelle de huit niveaux, du niveau 1, qui exclut toute peine de prison, au niveau 8, qui peut conduire à la perpétuité.
Un policier percuté lors du coup de filet
Les dix prévenus comparaissent pour tentative de braquage, détention et port d'armes et d'explosifs, association de malfaiteurs et tentative de meurtre sur un policier. Plusieurs figures du grand banditisme en région parisienne comptent parmi eux. Quatre d'entre eux, également en état de récidive, sont visés par des réquisitions identiques de dix-huit ans d'emprisonnement. Parmi eux figure Yacine Bentouati, de nationalité algérienne, seul poursuivi pour tentative de meurtre : au moment du coup de filet, il a percuté en voiture un policier des unités spéciales en tentant de forcer un barrage. Selon la procureure, il a continué à foncer alors que son complice lui "hurlait de s'arrêter".
Quinze ans ont par ailleurs été réclamés contre quatre prévenus qui ne se trouvaient pas en situation de récidive, dont Massimiliano Ferrara, l'un des frères d'Antonio Ferrara. Selon l'Agence France-Presse, Walid Tarsim est également concerné par cette réquisition. Le parquet a demandé dix ans de prison contre le dernier prévenu.
Une planque louée sur Airbnb à Eupen
L'équipe avait installé sa base à Eupen, dans l'est de la Belgique, près de Liège et à quelques kilomètres de la frontière allemande, dans un appartement loué sur Airbnb. L'attaque était imminente, selon l'accusation : une partie du groupe s'était déjà rendue en Allemagne pour effectuer des repérages. Le 27 février 2025, peu après 7 heures, les hommes des unités spéciales sont intervenus au terme d'une course-poursuite dans les rues de la ville, faisant échouer l'opération. Quatre véhicules ont été interceptés et dix hommes interpellés. Quelque 80 membres de la police judiciaire fédérale et 70 membres des unités spéciales avaient été mobilisés pour ce coup de filet.
Pour étayer sa démonstration, le ministère public verse au dossier des écoutes téléphoniques et de longues surveillances. Des traces ADN attribuées à Antonio Ferrara ont par ailleurs été relevées sur des armes et des chargeurs découverts à bord des voitures du groupe, où se trouvaient également des explosifs et des gilets pare-balles. Au lendemain des interpellations, le procureur du roi de Bruxelles Julien Moinil avait détaillé l'arsenal découvert dans la planque : six armes de guerre, dont trois fusils d'assaut M4 et deux kalachnikovs, six armes de poing, quatre grenades détonantes et une quinzaine de détonateurs. L'enquête française avait été ouverte en novembre 2024, à la suite de soupçons d'association de malfaiteurs. Les investigations ont ensuite été menées conjointement par la Belgique, la France et l'Allemagne.
«Aucune arme n'a été retrouvée»
La défense conteste l'ensemble du dossier. "Aucune arme n'a été retrouvée dans le véhicule où se trouvait Antonio Ferrara" au moment de son arrestation, avait fait valoir son avocat, Me Olivier Martins, au début de la procédure. Le conseil a également annoncé qu'il soulèverait des problèmes de régularité de la procédure ainsi qu'une difficulté liée à l'exploitation de l'ADN. Antonio Ferrara comparaît libre, après huit mois de détention provisoire en Belgique.
Le prévenu doit fêter ses 53 ans en octobre. Son casier judiciaire français comporte des condamnations pour braquages et pour une tentative de meurtre. Son surnom, "le roi de la belle" lui vient de ses deux évasions, dont celle de la maison d'arrêt de Fresnes (Val-de-Marne) le 12 mars 2003 : au petit matin, un commando d'une dizaine d'hommes lourdement armés avait attaqué l'établissement à l'explosif pour le libérer. Spécialiste des attaques de fourgons blindés, Antonio Ferrara était sorti de prison en juillet 2022 après avoir purgé sa dernière condamnation.
Ouvert le 20 avril, le procès a été retardé par de nombreux incidents de procédure et par plusieurs requêtes en récusation déposées par les conseils du braqueur, rejetées jusqu'ici. Lundi, les juges ont écarté une nouvelle requête déposée par la défense en fin de semaine dernière, considérant qu'elle ne justifiait pas de suspendre encore les débats.
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