Des soldats français déployés au Groenland dans le cadre d'une mission européenne

La France, la Suède et l'Allemagne participent cette semaine à un exercice militaire européen organisé au Groenland par le Danemark, dans un contexte de fortes tensions avec Washington autour de la souveraineté de l'île et de son importance stratégique dans l'Arctique.
Des soldats français déployés au Groenland dans le cadre d'une mission européenne
La capitale du Groenland, Nuuk, en janvier 2025. (Illustration / Chris Christophersen / Shutterstock)
Par La Rédaction
Le mercredi 14 janvier 2026 à 23:48

La France a décidé de déployer des soldats au Groenland dans le cadre d'un exercice militaire européen organisé par le Danemark, aux côtés de la Suède et de l'Allemagne. Cette mission de reconnaissance, menée par des troupes de montagne aguerries au froid, se déroule dans un contexte de tensions croissantes entre Copenhague et Washington autour de ce territoire arctique stratégique, dont le président américain Donald Trump souhaite s'emparer.

Dans le même temps, le président de la République Emmanuel Macron convoque en urgence un Conseil de défense ce jeudi 15 janvier au matin à 8 heures. Cette réunion portera sur la situation au Groenland mais également sur la révolte en Iran.

L'information sur le déploiement français a d'abord été révélée par Le Mondece ce mercredi soir. Selon une source militaire citée par Le Figaro, "les premiers opérateurs sont déjà arrivés sur place". Ces militaires appartiennent aux troupes de montagne, habituées aux conditions extrêmes, et sont chargés de faire "de la reconnaissance". D'après une source militaire contactée par BFMTV, le contingent français est limité à une quinzaine de soldats. L'entourage de la ministre des Armées Catherine Vautrin parle, auprès de la chaîne d'information, d'un "exercice militaire européen". Pour l'heure, aucune durée précise n'a été fixée à leur présence, même si les soldats doivent être rejoints par d'autres militaires dans les prochains jours.

Sous la responsabilité de l'armée danoise

L'exercice est placé sous la responsabilité de l'armée danoise, qui a annoncé vouloir "renforcer sa présence militaire" sur l'île "et dans ses environs, toujours en étroite coopération avec les alliés de l'OTAN". La Suède et l'Allemagne y participent également. Berlin a indiqué envoyer une "équipe de reconnaissance" composée de 13 membres de la Bundeswehr, déployés entre jeudi et samedi à Nuuk, la capitale groenlandaise. Dans un communiqué, le ministère allemand de la Défense précise que "l'objectif est d'examiner les conditions-cadres en vue d'éventuelles contributions militaires destinées à soutenir le Danemark dans la garantie de la sécurité dans la région, par exemple dans le domaine des capacités de surveillance maritime". Les autorités allemandes évoquent aussi une "exploration du Groenland" conduite avec d'autres nations européennes sur cette période.

Pour la France, ce déploiement s'inscrit dans un mouvement plus large de réintérêt pour l'Arctique. L'armée a déjà mené des missions "grand froid" afin de tester la résistance de ses soldats en conditions extrêmes et a récemment envoyé des navires dans la région. En juillet, le ministère des Armées a publié une nouvelle stratégie arctique dans laquelle on peut lire : "Du Groenland au Svalbard, cette région concentre également les intérêts des Alliés européens de la France et ceux de l'OTAN". Face à la menace croissante posée par la Russie, l'Arctique est décrit comme susceptible de devenir un futur théâtre de confrontation, même si Moscou a, jusqu'à présent, évité les provocations dans cette zone.

L'engagement français au Groenland ne consiste pas à prépositionner des forces pour contrer directement une éventuelle opération américaine. Il vise plutôt à adresser plusieurs signaux politiques à Washington : celui de la solidarité entre alliés européens avec le Danemark, mais aussi celui de la défense de la souveraineté des États. Les États-Unis revendiquent un droit sur le Groenland, dont ils disent avoir "besoin" pour leur sécurité. Dans ce cadre, les forces européennes participent à un exercice qui, au-delà de son volet opérationnel, revêt une dimension symbolique, comme l'ont indiqué les sources militaires.

Donald Trump «nourrit le souhait de s'emparer du Groenland»

Sur le plan diplomatique, les tensions se sont matérialisées lors d'une rencontre à Washington entre les ministres danois et groenlandais des Affaires étrangères et des responsables américains, dont le secrétaire d'État Marco Rubio et le vice-président JD Vance. À l'issue de cet entretien, Copenhague a acté un "désaccord fondamental" avec Washington. Le ministre danois des Affaires étrangères, Lars Løkke Rasmussen, a affirmé qu'"il est clair que le président (américain Donald Trump) nourrit le souhait de s'emparer du Groenland". Selon lui, il n'est "absolument pas nécessaire" que les États-Unis prennent le contrôle de ce territoire autonome danois. Il a précisé que le Danemark entend "travailler en étroite collaboration avec les États-Unis, mais cela doit, bien sûr, être une coopération respectueuse".

Cette crispation s'ajoute à un contexte stratégique déjà tendu. Pour Donald Trump, mettre la main sur le Groenland constitue un enjeu de pouvoir. Les États-Unis disposent déjà d'une base à Pituffik, où se trouvent environ 150 soldats. Cette installation est dédiée à la surveillance de l'espace et à la détection de tirs de missiles, dont la trajectoire, en cas d'attaque visant les États-Unis, pourrait passer au-dessus du cercle polaire. Selon l'un des récits, Donald Trump menace "d'envahir le territoire arctique". Par ailleurs, Washington pourrait rouvrir d'anciennes bases fermées depuis la fin de la guerre froide.

Dans ce contexte, l'exercice mené au Groenland revêt une dimension à la fois opérationnelle et symbolique pour les forces françaises et européennes. Officiellement, il s'agit d'une mission d'évaluation des conditions de sécurité et des capacités de surveillance maritime dans une zone stratégique. Le président de la République Emmanuel Macron doit donner des précisions sur ce déploiement lors de ses vœux aux armées, prononcés depuis la base d'Istres.