Le mercredi 8 avril 2026 à 07:34
Les États-Unis et l'Iran ont conclu dans la nuit de mardi à mercredi un cessez-le-feu de deux semaines, moins de deux heures avant l'expiration de l'ultimatum de Donald Trump qui menaçait de détruire la République islamique. En échange, Téhéran a accepté la réouverture du détroit d'Ormuz, passage maritime stratégique par lequel transitait avant la guerre environ 20% du pétrole mondial. Des négociations entre les deux pays doivent débuter dès vendredi à Islamabad, au Pakistan, qui a joué un rôle central de médiateur dans ce conflit. Cet accord intervient après plus de cinq semaines de guerre, déclenchée le 28 février par une opération militaire conjointe américano-israélienne contre l'Iran.
La journée de mardi avait été marquée par une escalade verbale sans précédent de la part du président américain. Donald Trump avait menacé de détruire les centrales électriques et les ponts iraniens, puis poussé ses menaces à leur paroxysme en écrivant sur son réseau Truth Social qu'"une civilisation entière va mourir ce soir, pour ne jamais renaître". Ces propos avaient suscité de vives réactions internationales. Le secrétaire général de l'ONU, António Guterres, s'était dit "très préoccupé", tandis que le pape Léon XIV avait qualifié ces déclarations d'"inacceptables". Le Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, Volker Türk, avait rappelé que cibler les infrastructures civiles constituait "un crime de guerre" en vertu du droit international. Sur le terrain, des frappes de dernière minute avaient visé l'île de Kharg, point névralgique de l'industrie pétrolière iranienne, ainsi que la province d'Alborz, dans le nord du pays, faisant 18 morts dont deux enfants. Une frappe israélienne avait par ailleurs endommagé une synagogue à Téhéran, l'armée israélienne exprimant ses regrets et affirmant avoir visé un "haut commandant" au sein du commandement des forces armées iraniennes.
«Un cessez-le-feu réciproque»
C'est finalement la médiation du Pakistan qui a permis d'aboutir à un accord. Le premier ministre pakistanais, Shehbaz Sharif, et le maréchal Asim Munir avaient exhorté Donald Trump à suspendre l'attaque prévue. Une heure et demie avant l'expiration de l'ultimatum, le président américain annonçait qu'il acceptait le cessez-le-feu. "À la suite de mes entretiens avec le premier ministre Shehbaz Sharif et le maréchal Asim Munir, du Pakistan, au cours desquels ils m'ont demandé de suspendre l'attaque prévue ce soir contre l'Iran, et sous réserve que la République islamique d'Iran accepte l'OUVERTURE TOTALE, IMMÉDIATE et SÉCURISÉE du détroit d'Ormuz, j'accepte de suspendre les bombardements et les attaques contre l'Iran pour une période de deux semaines. Il s'agira d'un CESSEZ-LE-FEU réciproque !", a écrit Donald Trump sur Truth Social. Le président américain a ajouté que les États-Unis avaient "déjà atteint et dépassé tous nos objectifs militaires" et qualifié la proposition iranienne en 10 points de "base de négociation viable". Interrogé sur la question de l'uranium iranien, il a affirmé : "Cela sera parfaitement réglé, sinon je n'aurais pas accepté."
BREAKING: Trump says he will suspend bombing of Iran for two weeks, calling it a double-sided ceasefire conditioned on reopening Strait of Hormuz pic.twitter.com/jHbhMFubvd
— BNO News (@BNONews) April 7, 2026
Peu après, le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a répondu dans un communiqué au nom du Conseil suprême de sécurité nationale. "En réponse à la demande fraternelle du premier ministre Sharif, et compte tenu de la demande des États-Unis de négociations sur la base de leur proposition en 15 points ainsi que de l'annonce par le président américain de l'acceptation du cadre général de la proposition en 10 points de l'Iran comme base de négociations, je déclare par la présente, au nom du Conseil suprême de sécurité nationale de l'Iran : si les attaques contre l'Iran cessent, nos puissantes forces armées cesseront leurs opérations défensives. Pendant une période de deux semaines, le passage en toute sécurité par le détroit d'Ormuz sera possible grâce à une coordination avec les forces armées iraniennes et en tenant dûment compte des contraintes techniques."Le Conseil a toutefois précisé que cet accord "ne signifie pas la fin de la guerre" et que "l'Iran n'acceptera la cessation des hostilités que lorsque" les négociations auront abouti, ajoutant que la trêve pourrait être prolongée si les deux parties en convenaient. Dans un avertissement à peine voilé, Téhéran a prévenu : "Nos doigts restent sur la gâchette et à la moindre erreur commise par l'ennemi, ils riposteront avec toute leur force."
Des revendications difficilement compatibles
Les négociations qui doivent débuter vendredi s'annoncent toutefois difficiles, les revendications des deux camps apparaissant difficilement compatibles. Le plan iranien en 10 points prévoit le principe de non-agression, la poursuite de l'enrichissement d'uranium, la levée de toutes les sanctions primaires et secondaires, ainsi que le maintien du contrôle iranien sur le détroit d'Ormuz. Téhéran envisagerait en outre d'imposer un droit de transit d'environ 2 millions de dollars par navire, partagé avec Oman, situé de l'autre côté du détroit, pour financer la reconstruction de ses infrastructures détruites par les bombardements. De leur côté, les 15 points américains exigent que l'Iran renonce à son programme nucléaire, au développement de missiles balistiques et à son réseau de mandataires à travers le Moyen-Orient.
La question du Liban constitue un autre point de friction majeur. Le premier ministre pakistanais, Shehbaz Sharif, a affirmé que le cessez-le-feu s'appliquait "partout, y compris au Liban et ailleurs, AVEC EFFET IMMÉDIAT". Mais Israël ne l'entend pas ainsi. Le bureau du premier ministre Benyamin Netanyahou a indiqué que l'accord "n'inclut pas le Liban", où l'armée israélienne poursuit ses opérations contre le Hezbollah pro-iranien. Dans la nuit de mardi à mercredi, une frappe israélienne a fait huit morts dans la ville libanaise de Saïda, selon le ministère libanais de la Santé. L'armée israélienne a par ailleurs annoncé avoir achevé le déploiement de ses troupes au sol dans le sud du Liban jusqu'à une "ligne de défense avancée" contre les combattants du Hezbollah. Depuis le début de l'escalade le 2 mars, les frappes israéliennes au Liban ont fait plus de 1300 morts, dont 125 enfants et 53 membres du personnel médical.
Un cessez-le-feu fragile, le pétrole en chute libre
Malgré l'annonce du cessez-le-feu, la situation reste extrêmement volatile. Peu après l'accord, des alertes de missiles ont retenti en Israël et aux Émirats arabes unis, et des roquettes étaient visibles dans le ciel de Netanya. Israël et l'Iran ont continué d'échanger des frappes. À Istanbul, deux policiers ont été blessés par des tirs devant le consulat d'Israël. Les trois suspects, armés de fusils longs et vêtus de tenues de camouflage, ont été "neutralisés". Quelques heures avant l'accord, le groupe irakien pro-iranien Kataëb Hezbollah avait libéré la journaliste américaine Shelly Kittleson, enlevée fin mars. Par ailleurs, la Russie et la Chine ont opposé leur veto mardi au Conseil de sécurité de l'ONU à un texte, déjà édulcoré, réclamant le déblocage du détroit d'Ormuz. Donald Trump a affirmé penser que la Chine avait toutefois contribué à amener l'Iran à la table des négociations.
Malgré la fragilité de cet accord, les réactions ont été nombreuses. La porte-parole de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt, a qualifié l'accord de "victoire pour les États-Unis que le président Trump et notre incroyable armée ont rendue possible", soulignant que les objectifs militaires avaient été atteints "en 38 jours". Donald Trump a pour sa part parlé d'une "victoire totale et complète". Le secrétaire général de l'ONU, António Guterres, a salué la trêve, tandis que l'Irak s'est "félicité" du cessez-le-feu. Sur les marchés, l'annonce a provoqué une chute spectaculaire des cours du pétrole, le WTI décrochant de près de 18% pour repasser sous la barre des 100 dollars le baril. Les Bourses asiatiques se sont envolées, Tokyo gagnant plus de 4% et Séoul plus de 6% à l'ouverture. Donald Trump a annoncé que les États-Unis allaient aider à "désengorger" le trafic dans le détroit d'Ormuz. Les conséquences de ce conflit sur l'économie mondiale restent néanmoins considérables. À titre d'exemple, Madagascar a déclaré l'état d'urgence énergétique pour 15 jours en raison des difficultés d'approvisionnement liées à la guerre.