Incendie de Crans-Montana : 92 secondes entre la première étincelle et l'embrasement total, selon la vidéosurveillance

Un rapport de la police cantonale suisse, exploitant les images d'une vingtaine de caméras de surveillance, reconstitue seconde par seconde la nuit du drame au bar Le Constellation. De la parade du champagne à l'embrasement généralisé, il ne s'est écoulé que 92 secondes.
Incendie de Crans-Montana : 92 secondes entre la première étincelle et l'embrasement total, selon la vidéosurveillance
L'incendie du Constellation a été déclenché par l'utilisation de bougies incandescentes, a confirmé la police suisse. (image au départ de l'incendie / DR)
Par La Rédaction
Le jeudi 12 mars 2026 à 11:59

Le rapport d'analyse des images de vidéosurveillance du bar Le Constellation de Crans-Montana (Suisse), réalisé début mars par la police cantonale suisse et versé à l'instruction le 2 mars, dont Le Parisien a révélé l'existence, permet de reconstituer seconde par seconde le déroulement de l'incendie qui a coûté la vie à 41 personnes et fait 115 blessés dans la nuit de la Saint-Sylvestre. Exploitant une vingtaine de caméras positionnées au sous-sol, au rez-de-chaussée et sur la véranda de l'établissement, ainsi que celles de l'association des communes de Crans-Montana à l'extérieur, les enquêteurs ont pu établir qu'il s'est écoulé 92 secondes entre la première étincelle et l'embrasement généralisé du bar. L'enquête pour incendie par négligence, homicide par négligence et lésions corporelles graves par négligence vise désormais neuf personnes, dont les propriétaires français de l'établissement, Jacques et Jessica Moretti.

Sur les images, les policiers ont pu identifier formellement plusieurs personnes présentes dans le bar. C'est le cas de la gérante Jessica Moretti, désormais mise en prévention notamment pour homicide par négligence, de Jean-Marc Gabrielli, présenté comme le fils adoptif du couple Moretti, décrit comme "chauve avec barbe collier", ou encore de la serveuse Cyane, décédée dans l'incendie, reconnaissable à sa "longue tresse". Le vigile Stefan et le DJ Matéo ont également été identifiés.

La parade du champagne, point de départ du drame

À 01h22, une caméra du sous-sol enregistre la préparation de la parade du champagne ornée de bougies étincelle. Jessica Moretti tend un masque à une des serveuses, "distribue les bouteilles et semble donner des indications". À 01h26 et 35 secondes, la première bougie est allumée. "D'autres bouteilles sont rapprochées de la fontaine magique étincelante et s'allument à leur tour", notent les enquêteurs. Le cortège se met alors en route. Cyane, "tenant deux bouteilles étincelantes", est portée sur les épaules d'un de ses collègues, les goulots se retrouvant à hauteur de sa tête. Suivent deux serveuses tenant une bouteille allumée dans chaque main, un homme masqué, "probablement un client non identifié", et la gérante Jessica Moretti, qui ferme la marche.

Mais "dès le départ du cortège, l'attention des clients se trouvant à l'ouest du bar se porte au plafond", relève le rapport de police. Ils ont vraisemblablement repéré le départ du feu sur la mousse grise d'insonorisation. À 01h26 et 58 secondes, "ce qui semble être des gouttes tombe du plafond". Un client pointe du doigt la zone concernée. À 01h27 et 1 seconde, "une source de lumière/de chaleur est visible au plafond, à l'angle supérieur droit de l'image, au point de départ du cortège", notent les analystes.

Le vigile Stefan et le DJ Matéo réagissent en deux secondes. Stefan "lance un regard en direction de Matéo, qui se trouve derrière ses platines. Immédiatement, les deux se précipitent vers le corridor". Stefan allume sa lampe de poche et "fait de grands gestes avec ses bras" pour alerter la clientèle, qui commence à se lever. Matéo entre dans les toilettes des hommes puis en ressort à 01h27 et 34 secondes et "saisit l'extincteur" accroché au mur en face.

92 secondes avant l'embrasement généralisé

La situation se détériore alors avec une rapidité extrême. Au rez-de-chaussée, dès 01h27, "les premières personnes fuyant clairement le sous-sol surgissent". Trente secondes plus tard, "la fumée remplit l'image". À 01h28 et 11 secondes, "des flammes sortent des escaliers et lèchent le plafond du bar du rez-de-chaussée". Les policiers relèvent ensuite "des personnes, certaines en feu, sortir des escaliers et se diriger vers la porte séparant le bar de la véranda". Sur la véranda, la confusion règne : "À travers la porte principale laissée ouverte, des tiers approchent du palier ou le franchissent de l'extérieur vers l'intérieur, opposant un obstacle aux clients qui sortent". À 01h28 et 30 secondes, "l'image se fige et se coupe".

Contrairement à ce qu'avaient avancé des médias italiens, la vidéosurveillance ne montre pas Jessica Moretti s'enfuir avec la caisse du bar. L'analyse des images indique que la gérante est visible à 01h28, se dirigeant "dans la file des personnes fuyant l'établissement". Elle "semble tenir un objet dans sa main gauche pouvant correspondre à un téléphone portable", relèvent les policiers.

Les caméras extérieures de l'association des communes montrent qu'à 01h28, face au Constellation, des véhicules "circulent normalement" et des piétons marchent. Vingt secondes plus tard, "des personnes fuyant visiblement un danger entrent dans le champ de la caméra". Quasi immédiatement, la fumée envahit la véranda et des flammes sont visibles. Mais à 01h28 et 33 secondes, "plus aucune flamme ni lueur orangée ne sont visibles". Les premiers véhicules de secours arrivent quatre minutes après l'embrasement. Jacques Moretti, le mari de la gérante, apparaît quant à lui à 01h33 dans son "minibus noir Mercedes". Il travaillait ce soir-là au Senso, son autre établissement de Crans-Montana situé à proximité.

L'instruction élargie au président de la commune

Le 9 mars, le Ministère public du canton du Valais a annoncé l'élargissement de l'instruction pénale à cinq responsables et anciens responsables de la commune de Crans-Montana, dont son président Nicolas Féraud. L'ex-conseiller communal en charge de la Sécurité publique entre 2021 et 2024, l'ancien responsable de la sécurité en protection incendie et son adjoint, en poste entre 2020 et 2024, ainsi qu'un membre de l'équipe de sécurité publique actuelle sont également visés. Tous doivent répondre d'homicide par négligence, de lésions corporelles par négligence et d'incendie par négligence. La commune n'avait effectué aucun contrôle incendie dans l'établissement depuis 2019, alors que ces vérifications doivent être réalisées chaque année.