Mexique : «El Mencho», chef du plus puissant cartel, tué par l'armée, une vague de violences embrase le pays

L'armée mexicaine a abattu dimanche "El Mencho", chef du cartel Jalisco Nueva Generación et narcotrafiquant le plus recherché au monde, lors d'une opération menée avec le soutien du renseignement américain. Sa mort a déclenché une vague de violences sans précédent dans une vingtaine d’États du pays.
Mexique : «El Mencho», chef du plus puissant cartel, tué par l'armée, une vague de violences embrase le pays
Des violences ont éclaté au Mexique après la mort du chef du Cartel de Jalisco, "El Mencho", ici à Puerto Vallarta, le 22 février 2026. (Instagram / morelifediaries)
Par La Rédaction
Le lundi 23 février 2026 à 12:48

Nemesio Oseguera Cervantes, alias "El Mencho", le chef du cartel Jalisco Nueva Generación (CJNG), l'un des narcotrafiquants les plus recherchés au monde, a été tué dimanche 22 février lors d'une opération militaire au Mexique. Sa mort a déclenché une vague de violences dans une vingtaine d’États du pays.

Âgé de 59 ans, "El Mencho" était considéré comme le dernier des grands parrains de la drogue au Mexique depuis l'arrestation des fondateurs du cartel de Sinaloa, Joaquín Guzmán, dit "El Chapo", et Ismael Zambada, dit "Mayo", tous deux incarcérés aux États-Unis. Les États-Unis offraient jusqu'à 15 millions de dollars pour sa capture.

L'armée mexicaine a précisé dans un communiqué que le narcotrafiquant avait été blessé lors d'une opération menée dans la localité de Tapalpa, dans l'Etat de Jalisco, à environ deux heures de route au sud-ouest de Guadalajara. Il est décédé "pendant son transfert par voie aérienne vers la ville de Mexico". Au cours de l'opération, les militaires ont essuyé des tirs. Quatre membres du cartel ont été tués sur place et trois autres, dont Oseguera Cervantes, ont été blessés avant de succomber à leurs blessures. Trois soldats ont également été blessés. Deux membres du CJNG ont été arrêtés et diverses armes ont été saisies, notamment des véhicules blindés et des lance-roquettes capables d'abattre des avions et de détruire des véhicules blindés.

L'armée mexicaine a ajouté que des "informations complémentaires" avaient été obtenues auprès des autorités américaines pour mener à bien l'opération. La porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, a confirmé sur le réseau social X que le gouvernement américain avait fourni un soutien en matière de renseignement. "El Mencho était une cible privilégiée des gouvernements mexicain et américain, car il s'agit de l'un des principaux trafiquants de fentanyl dans notre pays", a-t-elle écrit. Selon Reuters et CNN, citant une source au sein de l'armée américaine, une unité militaire américaine a joué un rôle en matière de renseignements via la "Joint Interagency Task Force-Counter Cartel", une cellule inter-agences créée l'année précédente pour identifier et démanteler les opérations des cartels le long de la frontière américano-mexicaine. L'armée mexicaine a toutefois procédé elle-même à l'opération de capture du chef du cartel.

Un cartel parmi les plus violents au monde

Ancien agent de police dans l’État de Jalisco, Nemesio Oseguera Cervantes avait fondé le CJNG en 2009. Le cartel est devenu l'une des organisations criminelles les plus puissantes et les plus violentes du Mexique, rivalisant avec le cartel de Sinaloa. La Drug Enforcement Administration (DEA), une agence fédérale américaine chargée de lutter contre le trafic de drogue aux États-Unis, considère le CJNG comme aussi puissant que le cartel de Sinaloa, avec une présence dans les 50 États américains.

Qualifié d'organisation terroriste par les États-Unis en février 2025, le CJNG est accusé de trafic de cocaïne, d'héroïne, de méthamphétamine et de fentanyl. Le département d’État américain le décrit comme un cartel "transnational, présent dans presque tout le Mexique", pratiquant également l'extorsion, le trafic de migrants, le vol de pétrole et de minerais, et le commerce des armes. Le CJNG est également connu pour être l'un des cartels les plus agressifs dans ses attaques contre l'armée, y compris contre des hélicoptères, et un pionnier dans l'utilisation de drones pour larguer des explosifs et dans la pose de mines.

L'écrivain et spécialiste du narcotrafic José Reveles a décrit "El Mencho" comme un homme à la "nature violente", qui n'a pas craint de se confronter frontalement aux forces de l'ordre, quand d'autres cartels sont davantage sur la défensive. Le 26 juin 2020, il avait notamment ordonné une attaque sans précédent contre Omar García Harfuch, alors chef de la police de Mexico et actuel secrétaire fédéral à la Sécurité publique. Un commando de près d'une trentaine de sicaires armés de fusils de gros calibre et de grenades avait ouvert le feu sur le convoi du fonctionnaire dans le quartier huppé de Lomas de Chapultepec, en plein coeur de la capitale. Omar García Harfuch avait été touché par trois balles mais avait survécu. Trois personnes avaient été tuées, dont deux membres de son escorte et une passante.

Une vague de violences dans 20 États

La mort d'"El Mencho" a immédiatement provoqué des représailles massives. Des membres présumés du CJNG ont incendié des véhicules et bloqué des routes à plus de 250 endroits dans 20 États mexicains. Les violences ont notamment touché les États de Jalisco, Michoacán, Guanajuato, Colima, Nayarit, Tamaulipas, Puebla et Sinaloa. A Guadalajara, capitale du Jalisco et ville hôte de quatre matchs de la Coupe du monde de football 2026, des tirs ont été signalés et la ville s'est retrouvée paralysée après un appel aux habitants à se confiner. Le gouverneur du Jalisco, Pablo Lemus, a demandé aux huit millions d'habitants de l’État de rester chez eux et a suspendu les transports en commun. A Puerto Vallarta, station balnéaire du Pacifique, des panaches de fumée ont été observés au-dessus des hôtels en bord de mer et des scènes de panique ont été filmées à l'aéroport de Guadalajara. Des compagnies aériennes nord-américaines ont annulé des dizaines de vols vers plusieurs villes mexicaines.

La présidente Claudia Sheinbaum a appelé au calme sur le réseau social X : "Nous devons rester informés et calmes."Elle a salué le travail des forces de sécurité et assuré que les gouvernements de tous les États travaillaient en "pleine coordination". Au moins huit des 32 États mexicains ont suspendu lundi les cours en présentiel et le pouvoir judiciaire a autorisé les juges à maintenir les tribunaux fermés lorsqu'ils l'estimaient nécessaire. Plusieurs matchs du championnat mexicain de football ont été reportés.

Les Français appelés à «la plus grande prudence»

Christopher Landau, sous-secrétaire d’État américain, a qualifié sur X la mort du narcotrafiquant de "grande victoire pour le Mexique, les États-Unis, l'Amérique latine et le monde entier". Il a ajouté : "Je regarde les scènes de violence au Mexique avec une grande tristesse et une grande inquiétude. Il n'est pas surprenant que les méchants répondent par la terreur. Mais nous ne devons jamais perdre notre sang-froid."L'ambassade américaine au Mexique a appelé ses ressortissants à "se mettre à l'abri jusqu'à nouvel ordre" dans plusieurs portions du pays, dont des villes touristiques comme Cancún, Guadalajara et Oaxaca. Le ministère français des Affaires étrangères a de son côté exhorté lundi les Français présents au Mexique à "la plus grande prudence" et à "rester confinés".

La question de la succession à la tête du CJNG se pose désormais. Le frère d'"El Mencho" est incarcéré aux États-Unis, tout comme son fils, surnommé "El Menchito", et sa fille. L'absence de successeur évident fait craindre des luttes de pouvoir entre les différents chefs régionaux du cartel, comme ce fut le cas au sein du cartel de Sinaloa après l'arrestation d'"El Chapo". David Mora, expert du centre d'analyse Crisis Group, a estimé que les violences survenues dimanche constituaient "une démonstration des endroits où ils opèrent et où ils peuvent propager la violence". Le consultant en sécurité basé à Mexico David Saucedo a pour sa part averti qu'une "guerre totale contre l’État mexicain" restait un scénario possible, estimant que les violences visaient à paralyser l'activité économique et à imposer un coût d'image au gouvernement au niveau national et international.

Les violences liées aux cartels ont fait plus de 450 000 morts et plus de 100 000 disparus depuis 2006 au Mexique, selon les chiffres officiels.