Affaire Epstein : le parquet de Paris désigne des magistrats référents et ouvre de nouvelles enquêtes

À la suite de la publication de 3 millions de documents liés à l'affaire Jeffrey Epstein, le parquet de Paris a annoncé l'ouverture de nouvelles enquêtes et la réanalyse du dossier de l'ancien agent de mannequins Jean-Luc Brunel, décédé en détention en 2022.
Affaire Epstein : le parquet de Paris désigne des magistrats référents et ouvre de nouvelles enquêtes
Jeffrey Epstein s'est suicidé dans sa cellule de prison à New York, le 10 août 2019.
Par Actu17
Le samedi 14 février 2026 à 23:22

Le parquet de Paris a annoncé, ce vendredi 14 février, avoir "désigné des magistrats référents afin d'analyser les éléments portés à sa connaissance susceptibles de comporter des révélations sur l'implication de ressortissants français dans des infractions de diverses natures, notamment à caractère sexuel ou à caractère financier", à la suite de la publication par les États-Unis de 3 millions de documents issus du dossier lié au criminel sexuel Jeffrey Epstein. Ce travail d'exploitation est mené "en coordination avec le Parquet national financier et en lien avec la direction nationale de la police judiciaire", afin "d'ouvrir des enquêtes sur les éléments susceptibles de caractériser des infractions pour lesquelles la loi française serait applicable".

Trois nouvelles affaires ont par ailleurs été portées à la connaissance du parquet de Paris. Le 10 février, le ministère des Affaires étrangères a adressé un signalement indiquant que "Fabrice Aidan, secrétaire des affaires étrangères principal, apparaissait dans les documents publiés par les autorités américaines, sans autre précision". Une "enquête vise à recueillir différents éléments susceptibles d'étayer ce simple signalement". Le 11 février, le parquet a reçu "une plainte, dont la presse s'est faite l'écho, déposée par une femme de nationalité suédoise, à l'encontre de Daniel Siad". "Elle lui reproche des faits de nature sexuelle qu'elle qualifie de viol et de susceptibles d'avoir été commis en France en 1990."Enfin, le 12 février, le parquet de Paris a reçu, "sur dessaisissement du parquet de Thonon-les-Bains" (Haute-Savoie), "une plainte déposée à l'encontre du chef d'orchestre Frédéric Chaslin". "Cette procédure, portant sur des faits de harcèlement sexuel qui auraient été commis en 2016, est en cours de réception et d'analyse par le parquet de Paris."

Le parquet de Paris a également indiqué procéder "à une réanalyse intégrale du dossier d'instruction dans lequel M. Brunel avait été mis en examen et qui avait été clôturé par un non-lieu à la suite du décès de ce dernier en juillet 2023, afin de pouvoir en extraire toute pièce susceptible d'être utilement réexploitée dans un nouveau cadre d'enquête".

Le dossier Jean-Luc Brunel intégralement réanalysé

Le parquet de Paris avait été saisi à l'été 2019, "par deux signalements de l'association Innocence en danger et un courrier de l'association Femme et libre évoquant des complicités françaises dans le dossier concernant Jeffrey Epstein aux États-Unis". Une plaignante avait reproché à Jean-Luc Brunel de l'avoir violée dans les années 1980, "lorsqu'elle était tout juste majeure et qu'elle travaillait en mannequinat". L'enquête avait été confiée à l'OCRVP (Office central pour la répression des violences aux personnes). Les enquêteurs avaient établi que "Jean-Luc Brunel était un ami proche de Jeffrey Epstein", "qu'il offrait des emplois de mannequins à de jeunes filles pauvres" et "qu'il s'était livré à des actes sexuels avec des jeunes filles mineures, aux États-Unis, dans les Îles Vierges américaines, à Paris et dans le sud de la France".

Plusieurs femmes, répondant à un appel à témoins, avaient indiqué avoir participé à des soirées à Paris, "au cours desquelles étaient consommées de fortes quantités d'alcool et de cocaïne". Certaines avaient témoigné "d'une atmosphère de prostitution et de drogues malsaines pour les mineurs, ainsi qu'un climat de violences sexuelles". La gérante de la société Karin Models avait confirmé que des fêtes avaient été organisées "non seulement en boites de nuit mais aussi dans l'appartement qu'occupait Jean-Luc Brunel avenue Haussmann entre 1999 et 2004, où certaines jeunes filles dormaient parfois". Quant à la société MC2, Jean-Luc Brunel était soupçonné "de n'y avoir conservé de participation que pour recruter des jeunes filles âgées de 14 à 18 ans, la société n'étant pas rentable".

L'analyse criminelle menée par les enquêteurs sur les échanges entre les deux hommes avait révélé que "Jeffrey Epstein se montrait plutôt donneur d'ordre", tandis que Jean-Luc Brunel, "à l'inverse, s'exécutait volontairement". "Lorsque Jean-Luc Brunel voyageait dans les pays de l'Est, Jeffrey Epstein lui réclamait des photographies de jeunes filles." "Aucune conversation ne mentionnait explicitement de relation sexuelle, mais les deux hommes pouvaient discuter de l'âge des jeunes filles."

Dix femmes avaient mis en cause Jean-Luc Brunel, "décrivant pour plusieurs avoir été conduites à boire de l'alcool, avoir perdu leurs moyens voire tout à fait connaissance, et s'être vu imposer une pénétration sexuelle, alors qu'elles n'étaient pour certaines pas encore majeures". L'une d'elles a décrit Jean-Luc Brunel "comme étant celui qui acheminait de nouvelles jeunes filles à Jeffrey Epstein, sous prétexte de shootings photo, depuis l'Europe de l'Est ou l'Amérique latine". D'autres ont indiqué "avoir été contraintes à ces relations sexuelles, par leur jeune âge, l'emprise qu'avaient sur elles Jeffrey Epstein ou Jean-Luc Brunel, et l'isolement des lieux luxueux dans lesquels elles avaient été conduites".

Jean-Luc Brunel avait été interpellé le 16 décembre 2020 à l'aéroport de Roissy, alors qu'il "se présentait afin de prendre un vol pour Dakar sans être en possession d'un billet retour et muni d'une importante somme d'argent liquide". Mis en examen le 18 décembre 2020 "des chefs de viols sur Virginia R. entre courant septembre 2000 et le 8 août 2001" et de "harcèlement sexuel courant juillet 2016 au préjudice de Lucie M.", il avait également été "placé sous le statut de témoin assisté pour les faits de traite des êtres humains". Il avait été "mis en examen supplétivement le 29 juin 2021 pour viol sur mineur à l'encontre d'Annika S.". Placé en détention provisoire, Jean-Luc Brunel avait été retrouvé mort dans sa cellule le 19 février 2022. L'enquête ouverte en recherche des causes de la mort avait été clôturée le 3 avril 2023 "sans qu'aucun élément ne permette d'envisager que ce décès ait été causé par l'intervention d'un tiers".