Assassinat de Samuel Paty : de six à quinze ans de prison pour les quatre accusés en appel

Brahim Chnina et Abdelhakim Sefrioui ont été condamnés à dix et quinze ans de réclusion. Les deux plus jeunes accusés, acquittés de la complicité d'assassinat, écopent de six et sept ans de prison.
Assassinat de Samuel Paty : de six à quinze ans de prison pour les quatre accusés en appel
Samuel Paty, ici lors d'un cours, était âgé de 47 ans lorsqu'il a été assassiné. (mairie de Conflans-Sainte-Honorine)
Par Actu17
Le lundi 2 mars 2026 à 21:46

La cour d'assises spéciale de Paris a condamné lundi 2 mars en appel quatre hommes à des peines allant de six à quinze ans pour leur rôle dans l'engrenage ayant conduit à l'assassinat du professeur Samuel Paty par le djihadiste tchétchène Abdoullakh Anzorov en 2020. Coup de théâtre à l'audience : les deux plus jeunes accusés ont été acquittés du chef de complicité d'assassinat.

Les peines les plus lourdes ont été prononcées contre Brahim Chnina, 54 ans, parent d'élève, et Abdelhakim Sefrioui, 66 ans, militant islamiste, considérés comme les initiateurs de la campagne de haine en ligne visant Samuel Paty. Le premier a été condamné à dix ans de réclusion criminelle, le second à quinze ans. En première instance, ils avaient respectivement écopé de treize et quinze années de réclusion. Le parquet général avait requis vingt ans de réclusion contre les deux hommes, qu'il considérait comme étant "à l'origine du mal".

Le rebondissement est venu du sort réservé à Naïm Boudaoud, 24 ans, et Azim Epsirkhanov, 25 ans, deux jeunes hommes originaires d'Évreux (Eure). Poursuivis pour avoir véhiculé Abdoullakh Anzorov et l'avoir aidé à se procurer des armes, ils ont été acquittés de la complicité d'assassinat. La cour les a condamnés à six et sept ans de prison pour association de malfaiteurs, sans retenir le caractère terroriste. Le ministère public avait requis seize ans de prison à l'encontre d'Azim Epsirkhanov.

«Je n'ai jamais eu l'intention de lui nuire»

Lors d'une courte audience matinale d'une quinzaine de minutes, les deux accusés ont pris la parole une dernière fois. Naïm Boudaoud s'est adressé à la famille de Samuel Paty : "Je n'ai jamais eu l'intention de lui nuire, j'aurais aimé vous convaincre de mon innocence. Je me sens impuissant face à votre douleur."Il a affirmé avoir été "instrumentalisé" par Abdoullakh Anzorov. Azim Epsirkhanov s'est dit "malheureux pour la famille de Monsieur Paty, surtout pour son fils Gabriel".

Leur avocate, Maître Sarah Valduriez, citée par France 3, avait plaidé l'absence de preuves matérielles : "Suspecter n'est pas prouver. J'ai décortiqué toute la procédure et il n'y a aucun élément. Il y a eu un narratif du ministère public qui ne tient pas. Le droit ce sont les preuves."Les deux jeunes hommes ne présentent pas de profil d'islamistes radicaux et ont toujours assuré ne pas avoir eu conscience du projet criminel d'Anzorov. Emprisonnés depuis fin 2020, ils pourraient sortir de prison entre 2027 et 2028.

Ce procès en appel, qui a duré cinq semaines, a été marqué par des incidents procéduraux exceptionnels. Deux magistrates ont été écartées après la mise en cause de leur impartialité et le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a écrit directement à la présidente de la cour pour rectifier son témoignage. Malgré des débats souvent tendus, entre une défense pugnace et une accusation âpre, la dignité réclamée par la famille Paty a été protégée par la présidente, dont la loyauté, l'humanité et la conduite maîtrisée des débats ont été saluées par les parties.

Samuel Paty, professeur d'histoire-géographie, a été assassiné le 16 octobre 2020, entre Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines) et Éragny-sur-Oise (Val-d'Oise), à proximité du collège du Bois-d'Aulne où il enseignait. Son assaillant, Abdoullakh Anzorov, avait été abattu par les forces de l'ordre peu après.