Le mardi 10 mars 2026 à 23:53
Un homme de 33 ans, Gabriel Bée, a été tué par un gendarme dans la nuit du 20 au 21 mai 2025 à son domicile à Augé (Deux-Sèvres), lors d'une intervention pour tapage nocturne. Dix mois après les faits, la procureure de la République de Niort, Sophie Lacote, a annoncé ce mardi 10 mars 2026 le classement sans suite de l'enquête confiée à l'Inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN), estimant que le tir était "nécessaire et proportionné". La famille de la victime conteste cette décision et entend relancer les investigations en s'appuyant notamment sur une vidéo filmée par le téléphone portable du défunt.
Les faits s'étaient produits dans la nuit du 20 au 21 mai 2025, ruelle des Escaliers, à Augé, commune rurale située près de Saint-Maixent-l'École. Trois gendarmes de la brigade de Saint-Maixent-l'École étaient intervenus au domicile de Gabriel Bée, peu avant minuit, après le signalement d'un voisin excédé par du tapage nocturne. Sur place, la situation avait rapidement dégénéré. Le gendarme auteur des tirs, un agent de police judiciaire entré en gendarmerie treize ans auparavant, s'était retrouvé acculé dans un coin de la propriété. "Malgré plusieurs injonctions l'individu continuait de progresser et se tenait de manière menaçante devant le gendarme, brandissant son arme", avaient révélé les premières auditions. Le militaire avait alors fait feu à deux reprises, "à une seconde d'intervalle". Gabriel Bée avait été déclaré décédé à 00h55.
L'enquête de l'IGGN a confirmé ces premiers éléments. "L'usage de son arme par le gendarme a été considérée comme nécessaire et strictement proportionnée au regard de l'agression dont il était victime", a écrit la procureure Sophie Lacote dans un communiqué. "L'enquête a permis de confirmer que la vie ou l'intégrité physique du militaire était menacée par Gabriel Bée, alors armé d'une matraque télescopique, arme par destination potentiellement létale, au moment du tir", a-t-elle précisé. "Face à une situation qui a très rapidement dégénéré, une gradation de la riposte a d'abord été envisagée alors même qu'au moment des tirs, le gendarme n'était plus en position de sécurité". La procureure a souligné que "le gendarme auteur du tir mortel et revêtu de son uniforme a agi dans l'exercice de ses fonctions en participant à une intervention de son équipage sur instruction du Centre d'opérations et de renseignement de la gendarmerie (CORG)". "En conséquence, l'enquête du chef de violences avec arme sur personne dépositaire de l'autorité publique et menaces de mort sur personne dépositaire de l'autorité publique a été classée sans suite pour extinction de l'action publique", en raison du décès de Gabriel Bée.
«On conteste le mode d'intervention»
Mais la famille du trentenaire conteste cette version. "On conteste le mode d'intervention", a réagi auprès de l'AFP Isabelle Bée, la mère de la victime, estimant que "les gendarmes ont créé des conditions pas bonnes, qui aboutissent au drame". Elle décrit une intervention menée sans annonce préalable : "Ils arrivent sans gyrophare, ni sirène. À aucun moment, on entend: 'Gendarmerie'. Ils tirent la grille, le rideau et braquent tout de suite leur lampe sur Gabriel, qui surgit et les menace". Selon elle, son fils aurait eu peur d'une intrusion à son domicile en pleine nuit. "Gabriel avait été interpellé par un voisin auparavant. On veut bien admettre ses torts mais bon sang, ça ne mérite pas la mort", a-t-elle ajouté.
La famille s'appuie notamment sur une vidéo d'environ une heure, enregistrée par le téléphone portable de Gabriel Bée. Habitué à filmer avec son téléphone, tant pour ses compositions musicales que pour ses souvenirs en tant que moniteur de ski, le trentenaire avait enregistré la scène de sa dernière nuit. La vidéo débute vers 23 heures et se termine après sa mort. Le téléphone avait été saisi en juin 2025 par l'IGGN.
Des plaintes avec constitution de partie civile
Le parquet a toutefois assuré que "l'ensemble des vidéos à disposition", y compris celle tournée par le téléphone de la victime, "ont été exploitées" dans le cadre d'investigations "très poussées". La famille a annoncé le dépôt de plaintes avec constitution de partie civile auprès d'une juge d'instruction afin de relancer les investigations. "Nous avons voulu croire en la justice. Nous l'avons respecté et sommes restés le plus discrets possible pour en pas entraver l'enquête", a confié Isabelle Bée, décidée à "aller plus loin".