Le vendredi 24 avril 2026 à 18:42
Six hommes ont été interpellés ces deux dernières semaines dans deux affaires distinctes d'enlèvements liés à des crypto-actifs, commis en novembre et décembre 2025 à Challes-les-Eaux (Savoie) et Dompierre-sur-Mer (Charente-Maritime). Tous ont été mis en examen puis placés en détention provisoire. Dans un communiqué diffusé ce vendredi 24 avril 2026, le parquet national anti-criminalité organisée (PNACO) dresse un bilan global de son action : 88 personnes mises en examen dans 12 dossiers en cours d'information judiciaire, alors que 135 faits de ce type ont été recensés depuis 2023 par les forces de l'ordre.
La première affaire concerne un enlèvement commis en novembre 2025 sur la commune de Challes-les-Eaux, située dans l'agglomération de Chambéry, dont le PNACO s'était saisi. La semaine dernière, trois hommes âgés de 25 à 30 ans, déjà condamnés par la Justice, ont été interpellés par la section de recherches de la gendarmerie de Chambéry et l'unité nationale de police judiciaire (UNPJ) de la gendarmerie. Ils ont ensuite été mis en examen "notamment des chefs d'arrestation, enlèvement, séquestration en bande organisée, extorsion et blanchiment en bande organisée", indique le communiqué. Les trois mis en cause ont été placés en détention provisoire dans le cadre de l'information judiciaire diligentée par les magistrats instructeurs du tribunal judiciaire de Paris.
Deux affaires connectées entre la Savoie et la Charente-Maritime
Cette semaine, trois autres hommes ont été interpellés par la section de recherches de Poitiers et l'UNPJ de la gendarmerie, dans le cadre d'un enlèvement survenu en décembre 2025 à Dompierre-sur-Mer, commune de l'agglomération de La Rochelle. Deux d'entre eux venaient d'être mis en examen dans les faits commis à Challes-les-Eaux, et tous étaient déjà condamnés, notamment pour des faits de violences volontaires aggravées. À la suite de leur mise en examen, les intéressés ont également été placés en détention provisoire dans le cadre de l'information judiciaire suivie par le tribunal judiciaire de Paris.
À ce jour, les investigations ont conduit, dans le cadre des 12 dossiers actuellement en cours d'information judiciaire suivis par le PNACO, "à la mise en examen de 88 personnes (dont plus de 10 mineurs) et le placement en détention provisoire de 75 d'entre eux". Le parquet souligne une évolution rapide du phénomène : 18 faits recensés en 2024, 67 en 2025 et déjà 47 en 2026.
Des réseaux structurés mis au jour par les rapprochements d'enquête
Selon le parquet, ce nombre important de mis en cause résulte d'un travail approfondi de rapprochements judiciaires mené par les services d'enquête, en particulier l'Office central de lutte contre le crime organisé (OCLCO), rattaché à la direction nationale de la police judiciaire, et l'UNPJ de la gendarmerie. Leurs investigations auraient permis de relier entre elles plusieurs procédures jusque-là traitées séparément, grâce à "l'identification de personnes impliquées de manière récurrente dans plusieurs dossiers, révélant ainsi l'existence de réseaux structurés". Cette stratégie procédurale correspond à l'objectif poursuivi par le PNACO dans ses saisines, en lien avec les juridictions inter-régionales spécialisées (JIRS) : "mieux appréhender l'ampleur des faits, garantir la cohérence des investigations et renforcer l'efficacité de la réponse pénale sur tout le territoire".
Le parquet insiste sur la nature des infractions visées, sous les qualifications juridiques d'arrestation, enlèvement, séquestration en bande organisée, extorsions et tentatives d'extorsion en bande organisée. Ces faits présentent une "particulière gravité, tant par les atteintes portées aux personnes que par les méthodes employées pour obtenir des transferts de crypto-actifs sous contrainte", souligne le communiqué.
Un appel à la vigilance des détenteurs de crypto-actifs
Le PNACO appelle à une vigilance renforcée de la part des détenteurs de crypto-actifs et de leurs proches, mais aussi des professionnels du secteur des crypto-monnaies. Il recommande d'éviter "toute surexposition sur les réseaux sociaux susceptibles de permettre leur ciblage" et de rester attentifs face à "toute prétendue sollicitation par des interlocuteurs se faisant passer pour un service d'enquête ou une institution judiciaire afin d'obtenir des informations de localisation ou de détention d'actifs numériques".
Les investigations se poursuivent activement, sous l'autorité des magistrats instructeurs, "afin d'identifier l'ensemble des auteurs ainsi que les commanditaires, de préciser les circuits financiers et de démanteler les réseaux impliqués". Le PNACO rappelle que toute personne mise en examen bénéficie de la présomption d'innocence. Le communiqué est signé de Vanessa Perree, procureure nationale anti-criminalité organisée.