Meurtre de Thomas Perotto à Crépol : les juges retiennent la circonstance aggravante de racisme

La circonstance aggravante de racisme a été retenue contre les quatorze hommes mis en examen dans le dossier du meurtre de Thomas Perotto, tué à Crépol en novembre 2023. Les magistrats instructeurs s'écartent du réquisitoire du parquet de Valence.
Meurtre de Thomas Perotto à Crépol : les juges retiennent la circonstance aggravante de racisme
Thomas a été tué à l'arme blanche dans la nuit de samedi 18 au dimanche 19 novembre 2023, à Crépol. (DR)
Par La Rédaction
Le jeudi 23 juillet 2026 à 13:58

Les deux juges d'instruction chargés de l'enquête sur le meurtre de Thomas Perotto, tué lors d'un bal à Crépol (Drôme) en novembre 2023, ont retenu la circonstance aggravante de racisme à l'encontre des quatorze hommes mis en examen dans ce dossier. Cette évolution figure dans un second avis de fin d'information judiciaire, daté du 20 juillet et communiqué aux parties, selon des sources concordantes, confirmant les informations du Figaro et d'Europe 1.

Aux chefs de meurtre et tentative de meurtre en bande organisée, l'avis consulté par nos confrères ajoute que les faits ont été commis à raison de l'appartenance des victimes "à une prétendue race, une ethnie, une nation ou une religion déterminée, en l'espèce la race blanche et la nation française".

Un désaveu du parquet sur deux points

La décision des deux juges prend le contrepied du parquet sur deux points. Dans son réquisitoire définitif de 290 pages, transmis le 11 juin, le procureur de la République Laurent de Caigny avait réclamé le renvoi de onze des quatorze mis en examen devant la cour d'assises des mineurs, plusieurs d'entre eux étant mineurs au moment des faits. Le magistrat avait en revanche abandonné la circonstance de bande organisée et avait écarté celle de racisme. Les juges d'instruction retiennent aujourd'hui l'une et l'autre.

Un premier avis de fin d'information, délivré en mai, ne comportait pas cette mention. Les parties ont ensuite pu formuler leurs observations, parmi lesquelles trente pages transmises par Me Jérôme Triomphe, avocat de l'Alliance générale contre le racisme et pour le respect de l'identité française et chrétienne (AGRIF), selon Europe 1. L'association, d'abord écartée du dossier faute d'avoir été mandatée par une victime du bal, a récemment obtenu le statut de partie civile. Dans un communiqué, elle s'est félicitée d'une "décision importante pour la suite du dossier". D'après Le Figaro, cette étape intervient également après de nouveaux interrogatoires des mis en cause, menés en début d'été.

Plusieurs blessés graves à la sortie du bal

Les faits se sont produits dans la nuit du 18 au 19 novembre 2023, à la sortie du "bal de l'hiver" organisé dans la commune. Selon les investigations, une altercation entre un rugbyman et un jeune du quartier de la Monnaie, à Romans-sur-Isère, a dégénéré en affrontement général. La bagarre, d'abord à mains nues, s'est poursuivie à coups de chaises et de bouteilles brisées. Plusieurs jeunes de la Monnaie ont ensuite sorti des couteaux. Thomas Perotto, lycéen de 16 ans passionné de rugby, a été touché au thorax et au flanc, et est mort pendant son transfert vers l'hôpital. Un agent de sécurité et plusieurs autres participants ont également été grièvement blessés.

Le procès-verbal qui évoquait un mobile raciste

L'hypothèse d'un mobile raciste avait été formulée dès les premiers jours de l'enquête. Plusieurs témoins et participants ont rapporté avoir entendu des jeunes de la Monnaie dire être venus au bal "pour planter des Blancs". Le 23 novembre 2023, une enquêtrice de la gendarmerie a rédigé un procès-verbal de synthèse intitulé "éléments constitutifs de circonstances aggravantes", concluant que "les auteurs des faits pourraient être venus au bal de Crépol afin de tuer des personnes de couleur blanche". Selon Le Figaro, ce document, coté "DA43", a été inséré dans la procédure au milieu des notifications de droits de garde à vue d'un mis en cause. Une place inhabituelle, qui expliquerait qu'il soit resté ignoré des magistrats. Le parquet de Valence n'a fourni à ce jour aucune explication sur ce classement.

D'autres éléments du dossier vont en sens inverse. Une unité de gendarmerie chargée du renseignement en sources ouvertes s'est vu confier l'examen des "environnements numériques" des mis en cause, pour déterminer s'ils fréquentaient des contenus radicaux en ligne. Le 23 janvier 2024, elle a conclu que ces investigations s'étaient avérées "infructueuses". Interrogés, les mis en cause ont par ailleurs tous contesté avoir agi pour un motif raciste. Plusieurs ont soutenu l'inverse, se disant visés par des insultes de "sales Arabes" pendant la bagarre. Leurs avocats font valoir que le racisme venait au contraire des participants au bal, visant les jeunes venus de Romans-sur-Isère.

Une ordonnance attendue d'ici l'automne

Un nouveau délai d'observations s'ouvre pour l'ensemble des parties. Les deux juges d'instruction devront ensuite rédiger leur ordonnance de mise en accusation, attendue d'ici l'automne et dont la défense pourra faire appel. Un procès pourrait se tenir à l'automne 2027.