Le vendredi 19 juin 2026 à 20:59
La cour d'assises d'appel du Nord, à Douai (Nord), a acquitté ce jeudi 18 juin 2026 le gendarme du GIGN Alexandre B., 46 ans, qui avait tué d'un tir Henri Lenfant, 22 ans, lors d'une interpellation en septembre 2018 à Fouquières-lez-Lens (Pas-de-Calais). Les jurés ont retenu la légitime défense. Le parquet ayant renoncé à se pourvoir en cassation, cet acquittement, le second dans cette affaire, est désormais définitif.
Le 28 septembre 2018, vers 03h30, l'antenne du GIGN de Reims (Marne) devait interpeller trois suspects circulant à bord d'une BMW Série 1, filée par la brigade de recherches d'Arras dans une affaire de vols avec violence. Au moment de l'interpellation, le conducteur, Henri Lenfant, a refusé d'obtempérer. Pour aider ses collègues à l'extraire du véhicule, Alexandre B. est monté côté passager, pensant le moteur coupé. La voiture s'est alors brusquement remise en marche, l'entraînant sur un terrain vague.
Déséquilibré à l'intérieur du véhicule et convaincu, affirme-t-il, que le jeune homme cherchait à le faire basculer hors de l'habitacle, le gendarme a expliqué avoir craint pour sa vie et avoir alors ouvert le feu. Selon La Voix du Nord, le projectile, tiré à bout portant, l'a touché à l'arrière du crâne avant de lui traverser le cerveau. Père de deux fillettes, Henri Lenfant, qui n'était pas armé, est mort peu après.
Devant la cour, l'accusé est revenu instant par instant sur le déroulé des faits, a rapporté France 3. "J'ai eu peur pour ma vie", a-t-il répété à plusieurs reprises. "Dans toutes mes années d'expérience, je n'ai jamais vu une résistance comme celle-ci", a-t-il par ailleurs affirmé.
Le parquet pointait une «erreur grave d'appréciation»
Pour le parquet, le gendarme aurait pu agir autrement. "Il y a eu une erreur grave d'appréciation", a martelé l'avocat général, soulignant que la victime n'était pas armée et que l'accusé s'était lui-même mis en danger. Tenant compte du parcours jusqu'alors exemplaire du fonctionnaire, il a malgré tout réclamé une sanction de pure forme : quatre ans dont un seul ferme et aménageable, assortis d'une interdiction de port d'armes d'un an, mais sans interdiction d'exercer dans la fonction publique. "Henri Lenfant avait le droit à la vie. Tout ange qu'il n'était pas pour la société, il sera toujours le fils et l'ange de son papa et sa maman, le mari et l'ange de sa compagne, le père et l'ange de ses enfants", a-t-il ajouté.
La légitime défense retenue, l'acquittement définitif
La cour d'assises d'appel du Nord, composée de trois magistrats professionnels et de neuf jurés populaires, ne l'a pas suivi. Comme la cour criminelle du Pas-de-Calais en février 2024, elle a estimé que le gendarme était bien l'auteur des faits, tout en reconnaissant qu'il avait agi en état de légitime défense. À l'issue de l'audience, le représentant du ministère public a fait savoir que le parquet renonçait à former un pourvoi en cassation, rendant l'acquittement définitif — une voie de recours fermée aux parties civiles en matière pénale.
L'avocat de la défense, Me Sébastien Busy, a insisté sur la peur ressentie par son client : "Il a réellement eu peur, il s'est vu passer sous la voiture, il a cru qu'il allait pouvoir être très gravement blessé ou être mortellement blessé." "Huit ans de procédure, d'angoisse, d'attente et d'interrogation trouvent enfin un achèvement positif", a-t-il réagi auprès de France 3.
Du côté des parties civiles, dont les plaidoiries ont aussi porté sur l'appartenance d'Henri Lenfant à la communauté des gens du voyage, Me Alban Deberdt a affirmé auprès de La Voix du Nord que "dans un État de droit, il n'y a pas plusieurs justices, une justice pour les faibles, une justice pour les puissants, une justice pour les uniformes." À l'énoncé de la décision, les proches d'Henri Lenfant ont été dévastés. "On demandait juste justice pour mon frère. Juste ça", a confié Bruno, le frère de la victime. "Mes deux nièces, elles demandaient juste à avoir leur papa."