Paris : Six ans après le livre d'un journaliste infiltré, un policier condamné pour avoir frappé deux mineurs

Le journaliste Valentin Gendrot, présent dans la salle, regrette que la parole ne lui ait jamais été donnée pendant l'audience.
Paris : Six ans après le livre d'un journaliste infiltré, un policier condamné pour avoir frappé deux mineurs
Un policier à Rennes, le 24 septembre 2025. (Illustration / Marc Ollivier / PhotoPQR / Maxppp)
Par Actu17
Le mercredi 4 novembre 2026 à 23:10

Un gardien de la paix a été condamné à un an de prison avec sursis pour des violences aggravées commises sur deux frères mineurs. Le tribunal correctionnel de Paris a rendu sa décision mardi, plus de six ans après la publication de Flic, le livre du journaliste Valentin Gendrot à l'origine de l'affaire. Il avait passé six mois infiltré comme adjoint de sécurité (ADS) dans un commissariat de l'Est parisien. Dans cet ouvrage, il décrit notamment des "tabassages" et des insultes racistes et homophobes, mais aussi le manque de moyens et le mal-être des policiers.

Les faits remontent à avril 2019. Au cours d'un contrôle, le plus jeune des deux frères a reçu des "petites claques humiliantes", selon les mots de la présidente. Son aîné s'est alors interposé et a été interpellé. D'après la procureure, il a ensuite reçu, "enfermé entre quatre murs" dans le véhicule de police, "coup de poing sur coup de poing", puis un nouveau coup une fois arrivé au commissariat. "On retrouve un œuf sur le visage du garçon", a souligné la magistrate lors de l'audience.

Ces violences ne figuraient pas dans le procès-verbal d'intervention. Valentin Gendrot, présent lors de sa rédaction, le qualifie de "faux". Le policier avait de son côté déposé plainte contre l'aîné pour outrage et menaces aggravées. Dans sa déposition, lue devant le tribunal, le jeune homme a reconnu avoir injurié le fonctionnaire, en réponse aux coups et aux insultes qu'il avait lui-même subis.

«C'était proportionné»

À la barre, le prévenu de 38 ans, aujourd'hui pilote de drone à la préfecture de police de Paris, a contesté le récit du journaliste. Selon lui, tout est "brodé" et "romancé" dans un ouvrage qui donne "l'impression qu'on est tous des racistes, misogynes, (…) violents, ce qui n'est pas le cas". Interrogé sur les coups portés, il s'est justifié : "Je ne suis pas sur un ring de boxe, si une personne ne veut pas se faire interpeller, on s'y met à quatre, cinq (…). C'est de l'action réaction, c'était proportionné."Il a indiqué ne plus vouloir travailler sur le terrain. Lorsqu'une juge lui a demandé s'il avait quelque chose à dire au journaliste, présent dans la salle, il a répondu : "Rien à dire."

Plusieurs autres scènes de violences décrites dans Flic n'ont pas pu être établies par l'enquête, "faute d'identification" des victimes, en majorité des migrants. La présidente a toutefois relevé que le policier avait reconnu une pratique consistant à "embarquer quelqu'un" puis à "le relâcher" loin de tout pour "lui donner une leçon". C'est la scène qui ouvre le livre : un migrant violenté y est abandonné à quelques kilomètres de l'endroit où il a été interpellé.

«Jamais la parole ne m'aura été donnée»

Valentin Gendrot a réagi auprès de l'AFP. "J'ai appris par hasard la tenue de cette audience. Malheureusement, jamais la parole ne m'aura été donnée. Je le regrette", a-t-il déclaré, estimant que "même quand il y a des preuves d'une bavure policière (…), la justice fait tout pour éviter la sanction pourtant prévue par la loi". "Tout ce que je veux, c'est que les enfants soient protégés par la police", a de son côté confié la mère des deux frères. Selon elle, ses fils n'ont pas assisté à l'audience pour ne pas se replonger dans cette affaire.