Le mardi 6 octobre 2026 à 20:06 - MAJ mardi 6 octobre 2026 à 20:57
Le policier qui a grièvement blessé au visage Eden, un adolescent de 14 ans, d'un tir de lanceur Cougar à Saint-Ouen-l'Aumône (Val-d'Oise), a été mis en examen ce mardi pour "violences par personne dépositaire de l'autorité publique suivies de mutilation ou d'infirmité permanente". Le fonctionnaire a été placé sous contrôle judiciaire, a fait savoir le parquet de Pontoise. L'agent a reçu l'interdiction d'exercer sur la voie publique, selon une source judiciaire, et non l'interdiction totale d'exercer, comme indiqué initialement. Les faits se sont produits le lundi 28 septembre, en marge d'un blocus devant le lycée professionnel Château d'Épluches.
Le policier a été placé en garde à vue lundi, puis mis en examen le lendemain. Il encourt une lourde peine. Le procureur de la République de Pontoise, Guirec Le Bras, a rappelé que "les faits de violences volontaires aggravées ayant entraîné une mutilation ou une infirmité permanente, qualification criminelle, sont punis d'une peine de 15 ans de réclusion criminelle".
«L'absence de proportionnalité de l'usage» du lanceur
Durant sa garde à vue, le fonctionnaire a justifié son tir. Il a déclaré avoir utilisé son arme "face à la résistance du lycéen qui persistait à venir au contact de son groupe de policiers", rapporte le magistrat dans son communiqué. Il a aussi expliqué avoir vu l'adolescent qui "avait décroché un coup de pied sur le haut de la jambe de sa collègue et avait tendu le bras au niveau du casque de celle-ci". Le parquet a écarté cet argument. Selon lui, "les conditions de la légitime défense invoquées (ne sont) pas réunies", en raison de "l'absence de proportionnalité de l'usage" du lanceur.
FLASH - Un policier a TIRÉ une GRENADE LACRYMOGÈNE à BOUT PORTANT au visage d’un lycéen qui participait au blocus du lycée professionnel Château d’Épluches, à Saint-Ouen-l’Aumône, ce matin. (document AlertesInfos) https://t.co/dBfcY2cPXM
— AlertesInfos (@AlertesInfos) September 28, 2026
Une «décision en une fraction de seconde dans un contexte particulièrement dégradé»
L'avocate du policier, Me Pauline Ragot, a réagi à Actu17 ce mardi soir : "Mon client a expliqué qu'il a utilisé ce moyen intermédiaire, et non létal, en raison du ressenti légitime de danger pour l'intégrité physique de sa collègue. Si un débat se tiendra à l'instruction sur la proportionnalité, il n’avait pas d'autre moyen à sa disposition à ce moment-là. Je rappelle qu'il a du prendre cette décision en une fraction de seconde dans un contexte particulièrement dégradé".
L'adolescent «s'alimente avec une paille»
Eden a perdu plusieurs dents dans l'impact. D'après le parquet, il souffre aussi d'une fracture de la mandibule, qui a nécessité une opération chirurgicale. Lundi, sa mère a raconté aux journalistes avoir "le cœur en miettes". "Il a la mâchoire scellée, il ne peut plus parler et il s'alimente avec une paille", a-t-elle expliqué. Elle a dénoncé des violences "immondes" et précisé que son fils avait "toutes les dents du haut cassées" et "celles du bas, arrachées".
Actu17 avait révélé le jour même que le lycéen avait été touché à bout portant par ce tir, filmé par plusieurs témoins. Sur ces images, ne montrant qu'une partie de la scène, très largement relayées sur les réseaux sociaux, l'adolescent s'approche de trois policiers casqués, en tenue de maintien de l'ordre. Une policière lui assène un coup de tonfa, apparemment pour l'éloigner, et le jeune homme répond par un coup de pied. Un second policier tire alors avec son lanceur Cougar. Le projectile frappe le lycéen en plein visage et il s'écroule au sol.
Le procureur avait alors indiqué que "ce jour vers 10h30 devant le lycée les Épluches de Saint-Ouen-l'Aumône dans le cadre du mouvement lycéen, un lycéen venait au contact d'une fonctionnaire de police, cheffe d'unité". Il avait ajouté : "Des premiers éléments recueillis et résultant de l'exploitation d'images, le mineur portait des coups à cette fonctionnaire qui le repoussait. Le mineur tombait à terre et un second policier présent faisait usage de son lanceur dit «Cougar» et tirait sur le lycéen qui recevait un projectile au niveau du visage. Il était transporté au centre hospitalier de Pontoise et présentait des dents cassées".
La famille a porté plainte pour tentative d'homicide volontaire
Deux enquêtes ont alors été ouvertes. La première est "une enquête de flagrance confiée à l'IGPN qui se déplace immédiatement – dans l'attente de l'IGPN, la cellule déontologie procède aux dépistages alcool et stupéfiants, à la saisie de l'arme et à la récupération des vidéos". La seconde est "une enquête de flagrance confiée au commissariat de Cergy sur les faits de violences sur dépositaire de l'autorité publique". La famille d'Eden a de son côté déposé plainte. Elle vise notamment une "tentative d'homicide volontaire" et des "violences volontaires avec arme commises par des personnes dépositaires de l'autorité publique sur un mineur de moins de 15 ans".