Le vendredi 24 juillet 2026 à 21:17
L'oncle de Charlotte Bertuletti, cette femme de 41 ans tuée par balle le 25 mai dernier à Vars, dans les Hautes-Alpes, a été mis en examen pour "homicide volontaire" et placé en détention provisoire, a annoncé ce vendredi 24 juillet le procureur de la République de Grenoble, Etienne Manteaux. Âgé de 74 ans, l'homme a reconnu son implication après une quarantaine d'heures de garde à vue, affirmant qu'un coup de feu était parti accidentellement de son arme, détenue illégalement.
Le drame s'est produit le matin du 25 mai, entre 7 heures et 07h30, à Vars Sainte-Marie. Cette habitante de Guillestre participait au transport de matériel d'imprimerie entreposé chez son oncle, en compagnie de quatre proches : sa mère, son compagnon, sa sœur et un cousin. Atteinte à la gorge par un projectile, la quadragénaire a été héliportée au CHU Grenoble Alpes, où elle est décédée quelques heures plus tard. Lors de leurs premières auditions, les membres de la famille présents ont tous déclaré avoir entendu une détonation sans avoir aperçu de tireur.
Une quantité importante de poudre sur son pantalon
Confiées à la section de recherches (SR) de la gendarmerie de Marseille sous la supervision du pôle criminel de Grenoble, les investigations n'avaient débouché sur aucune interpellation pendant près de deux mois. Le tournant est venu de la police technique et scientifique. Les prélèvements effectués après les faits ont révélé la présence d'une importante quantité de poudre sur le pantalon du septuagénaire, alors qu'aucune des autres personnes présentes n'en portait de trace. De quoi situer l'oncle à moins de 2,50 mètres de l'arme au moment du tir, selon le procureur. Les analyses médico-légales avaient par ailleurs établi que le projectile était une munition de calibre 22 Long Rifle, "pas une munition de tueur" mais "une munition de chasse", avait souligné le magistrat.
Les militaires ont procédé, ce mardi 21 juillet, au placement en garde à vue de l'oncle et des quatre autres personnes présentes lors du drame. "Lors de sa cinquième audition, après 40 heures de garde à vue, alors qu'il avait assuré jusque-là qu'il n'était en rien concerné par le décès de sa nièce, il a finalement reconnu qu'il était impliqué", a détaillé Étienne Manteaux.
Le septuagénaire, un retraité domicilié à Vars, a alors livré sa version des faits. "Il a expliqué que, le matin des faits, pour aller saluer les cinq autres personnes, il aurait posé son sac contenant son arme sur son pick-up, mais que le sac était en équilibre précaire et qu'il serait tombé à terre, faisant partir le coup accidentellement. Aussitôt après les faits, alors que les quatre autres membres de la famille portaient secours à Charlotte Bertuletti, il dit avoir pris la fuite pour aller cacher son sac dans un lieu éloigné", a rapporté le magistrat. Il aurait plus tard abandonné le pistolet dans un espace naturel, à un endroit qu'il décrit comme inaccessible.
Une conférence de presse est organisée par le procureur de la République de Grenoble sur la mort de la femme à Vars en mai dernier pic.twitter.com/HwisL0AB2G
— BFM DICI (@BFM_DICI) July 24, 2026
Un pistolet acheté illégalement par crainte du loup
Devant les militaires, il a justifié la détention de cette arme par la crainte du loup, dont la présence est signalée dans le département, lors de ses sorties en forêt. "Il a dit avoir acheté en 2025 à un individu – qu'il n'a pas souhaité identifier – un pistolet 22 LR, une arme de chasse de catégorie C, nécessitant d'être détenteur d'un permis, ce qui n'est pas son cas", a précisé le procureur. Le mis en cause avait par ailleurs été condamné en 2022 par le tribunal correctionnel de Digne-les-Bains, dans les Alpes-de-Haute-Provence, à une peine d'interdiction de détenir des armes de catégories B et C.
Les enquêteurs se sont également heurtés au mutisme de l'entourage de la victime. "Il a fallu trois auditions de l'une des personnes présentes pour qu'elle admette que l'oncle avait quitté les lieux après le coup de feu. Pour quelles raisons elles ont dissimulé cela ? Il y a eu une volonté de la famille de ne pas expliciter clairement ce qu'il s'était passé ce jour-là", a-t-il relevé. Les quatre membres de la famille sont ressortis libres de garde à vue et ne font l'objet d'aucune poursuite pour l'heure.
Mis en examen jeudi 23 juillet par une juge d'instruction du tribunal judiciaire de Grenoble, le septuagénaire a été placé sous mandat de dépôt dans la soirée par un juge des libertés et de la détention (JLD). Les enquêteurs vont désormais s'attacher à localiser l'arme, seul moyen de soumettre le récit du mis en cause à des vérifications balistiques. Il leur faudra aussi déterminer si un coup peut réellement partir lors d'une chute et si la trajectoire du projectile est compatible avec un tir accidentel. Dans l'hypothèse où cette thèse serait établie, les faits pourraient être requalifiés en homicide involontaire, un délit et non plus un crime. À ce stade, "il reste des zones d'ombres dans ce dossier", a reconnu Étienne Manteaux.