La confiance envers la police en nette baisse en 2021 chez les 18-24 ans, pas chez l’ensemble des Français


Illustration. (photo Franck Castel/Maxppp)

Une note du centre de recherches politiques de Sciences Po (CEVIPOF) montre une chute de la confiance des jeunes envers la police entre 2020 et 2021, ce qui n’est pas le cas chez les Français dans leur globalité et ce, malgré de multiples affaires mettant en cause les policiers l’an passé. L’étude montre également que la grande majorité des Français jugent leur police mal équipée.


En seulement six ans, la cote de confiance des Français envers la police a diminué de 11% pour atteindre 69% en 2021. Elle avait atteint un niveau inédit de 80% en 2015, après les attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher. C’est l’un des enseignements de la note du CEVIPOF sortie ce vendredi, qui est entièrement consacrée à une analyse de la « confiance police-population en 2021 ».

Cette note de recherche réalisée par Guillaume Farde, professeur affilié à l’école d’affaires publiques de Sciences Po et conseiller scientifique de la spécialité sécurité-défense, ainsi que par Floriane Labarussiat, étudiante en M2 à l’école d’affaires publiques de Sciences Po, montre également une nette baisse de la cote de confiance vis à vis de la police chez les jeunes de 18 à 24 ans, qui a chuté 52% en 2021, soit 10 points de moins en seulement un an.

La cote de confiance de la justice sous la barre des 50%

Suite aux attentats de 2015, la cote de confiance de la police, de la justice et de l’armée avait progressé, avant de régresser les années suivantes. La progression avait été plus marquée pour la police (+11%) passant de 69% à 80%. La cote de confiance de l’armée avait au même moment grimpé à 83% (+7%), quand celle de la justice avait atteint 52% (+4%).

« À mesure que la charge émotionnelle relative aux attentats de 2015 retombe,
les cotes de confiance de la Justice, de l’Armée et de la Police régressent », explique-t-on. Le cote de la justice est tombée à 44% en 2016 et « la barre des 50% n’a plus été franchie
depuis février 2015″. « En 2021, le taux s’élève à 48% ; il est nettement inférieur à
ceux de la Grande-Bretagne (61%) et de l’Allemagne (69%) », observent les deux chercheurs. Du côté de l’armée, l’évolution se stabilise autour de 75% encore aujourd’hui.


La cote de confiance de la police a connu une chute à partir de décembre 2018. (visuel CEVIPOF)

Les nombreuses manifestations des Gilets jaunes

Pour la police, la cote de confiance était toujours à 78% en 2016 « alors que l’année a été
marquée par la commission de plusieurs attentats terroristes meurtriers (Magnanville, Nice et Saint-Étienne-du-Rouvray) ». « En 2017, les probables répercussions de l’affaire dite Théo (février) font chuter la confiance de 5 points (73%) », détaille la note. La chute s’est poursuivie jusqu’en 2020 pour atteindre « son plus bas niveau en six ans (66%) ». En 2021, une légère progression a été constatée jusqu’à 69%. Un chiffre qui « reste inférieur aux taux britannique (71%) et allemand (75%) ».

Quelles sont les raisons de cette régression de la confiance, plus marquée en ce qui concerne la police ? « L’érosion du capital confiance de 2015 se concentre sur la période comprise entre les vagues de décembre 2018 et de février 2020 du Baromètre, soit l’année au cours de laquelle les manifestations de Gilets jaunes ont été à la fois régulières (chaque samedi sans exception de l’automne 2018 à l’été 2019) et intenses (journées des 1er décembre 2018, 8 décembre 2018, 5 janvier 2019 et 16 mars 2019, notamment) », souligne la note.

« La hausse significative des blessures en manifestation (le 17 novembre 2019, à la date anniversaire du mouvement des Gilets jaunes, 2 448 manifestants et 1 197 policiers et gendarmes avaient été blessés) occasionnée par la triple inflexion des principes qui régissaient jusqu’alors le maintien de l’ordre dit à la française (spécialisation, mise à distance, gradation des moyens employés) a accéléré la perte de confiance des Français dans la Police », explique-t-on.

Un léger rebond malgré de multiples affaires mettant en cause la police

Par ailleurs, la note revient sur l’année 2020 durant laquelle la police a été mise en cause a de multiples reprises. L’affaire Cédric Chouviat tout d’abord, en janvier 2020, dans laquelle cet homme est décédé à la suite de son interpellation à Paris, et qui avait mobilisé « une part de l’opinion publique contre la Police », puis provoqué une vive polémique sur la « technique d’immobilisation dite du « décubitus ventral » (…) également mise en cause dans le décès de Georges Floyd, en mai 2020, dont les images déclenchent une vague mondiale de manifestations contre les violences commises par les forces de l’ordre ».

« En France, cette mobilisation s’agrège en partie à celle du comité Justice pour Adama à l’origine d’importantes manifestations en juin et juillet 2020 », rappellent les deux chercheurs. Vient ensuite, en septembre, la parution du livre « Flic » du journaliste Valentin Gendrot, qui dénonce notamment des violences commises par des policiers (une enquête a été ouverte, ndlr), puis l’évacuation des migrants de la place de la République, l’affaire Zecler et les différentes manifestations pour protester contre le projet de loi « sécurité globale ».

« Au bilan toutefois, alors que les discours critiques à l’égard de la Police ont été à la fois médiatisés, continus et mobilisateurs, la confiance que lui portent les Français ne se dégrade pas », peut-on lire. « Elle marque même un léger rebond passant de 66% en 2020 à 69% en 2021 ». « Cette légère augmentation accrédite la thèse d’une altération de la confiance étroitement liée à la perception du maintien de l’ordre public », et la fin des manifestations des Gilets jaunes.

83% des Français estiment que la police est mal équipée

Autre enseignement de cette étude, les Français « ne souscrivent pas massivement aux accusations de violence et de racisme dont la Police française a pu être l’objet en 2020 ». 46% des Français jugent que la police fait un bon usage de la force contre 52% des Anglais et 63% des Allemands. En outre, moins d’un Français sur cinq estime que la police compte proportionnellement plus de racistes que dans d’autres milieux professionnels. En Grande-Bretagne et en Allemagne, ce taux est très similaire. 71% des Français trouvent que la police fait preuve de probité.

Autre constat qui concerne le manque d’équipement au sein de la police : 83% des Français estiment que c’est bien le cas. Un chiffre supérieur à l’opinion des Anglais (75%) et à celui des Allemands (66%) au sujet de leur police.

(visuel CEVIPOF)

Une chute de 10 points du taux de confiance envers la police chez les 18-24 ans

Chez les jeunes de 18 à 24 ans, le taux de confiance envers la police a chuté en 2021, plus qu’en Grande-Bretagne et en Allemagne. Les différentes affaires mettant en cause les policiers en 2020 n’ont pas eu d’impact sur l’opinion des Français en général, ce qui n’est donc pas le cas chez les jeunes. Ils étaient 62% à déclarer faire confiance à la police en 2020, soit 4% de moins que la population générale. En un an, ce taux est passé à 52%, une baisse significative de 10 points.

En Île-de-France, l’opinion défavorable à la police est encore plus marquée : 70% des jeunes Franciliens affirment ne pas faire confiance aux policiers, contre 48% chez les 18-24 ans en général. Ils sont par ailleurs 50% chez les jeunes Français à penser que la police fait preuve de probité (contre 71% chez l’ensemble des Français). En outre, seulement 45% des 18-24 pensent que la police traite les citoyens avec respect, contre 64% chez les Français en général.

Au sujet du racisme, un jeune Français sur trois considère que la police compte proportionnellement plus de racistes que dans d’autres milieux professionnels, contre un Français sur cinq en général.

Plusieurs propositions

Parmi les solutions proposées par cette note du centre de recherches politiques de Sciences Po, « le renforcement des contacts, de nature préventive, entre la Police et la population ». « Ce renforcement peut résulter d’une meilleure connaissance mutuelle de la Police et de la population au moyen d’un ancrage territorial plus marqué. L’îlotage et la patrouille à pied, à vélo ou à cheval, facilite les relations Police-population et diminue naturellement la perception négative de la Police en désintermédiant le regard que lui portent les citoyens », explique-t-on.

« À cet égard, la régionalisation de certains concours fait partie des pistes évoquées à l’occasion du Beauvau de la sécurité pour éviter que des gardiens de la paix non franciliens ne soient prioritairement affectés en Île-de-France, dans des quartiers dont ils méconnaissent les particularités sociologiques et spatiales », souligne cette étude.

« Enfin, la création à venir d’une réserve opérationnelle de la Police nationale, ouverte à tous les citoyens français, et notamment les plus jeunes, permettrait non seulement d’augmenter les effectifs mobilisables de la Police nationale mais, surtout, de rayonner au sein de la population et de faire en sorte que chaque réserviste soit un ambassadeur de sa force de rattachement dans sa vie quotidienne », peut-on lire. « À rebours de l’inspecteur Javert immortalisé par Victor Hugo, la Police de 2021 ne doit inspirer ni crainte, ni ressentiment, ni pitié. Elle doit s’attacher à regagner la confiance des citoyens qu’elle sert, secourt et protège, par le renforcement des contacts physiques et la promotion pédagogique de ses actions », conclut la note, qui est consultable entièrement ici.