Le coronavirus affecterait aussi le cerveau des malades selon des médecins


Illustration. (Shutterstock / create jobs 51)

Grande confusion, perte de repères ou agitation sont des symptômes qui ont été constatés par plusieurs médecins et chercheurs chez des malades du Covid-19. Ils ignorent pour l’instant si les dommages sont durables chez les patients touchés. Ces symptômes neurologiques seraient à surveiller, au même titre que la toux, la fièvre et l’essoufflement.

Le coronavirus toucherait-il le cerveau humain ? C’est en tout cas ce qu’observent de plus en plus souvent des médecins de New York traitant des patients atteints de Covid-19. Outre la fièvre, la toux et l’essoufflement, d’autres symptômes apparaissent : des malades éprouvent de la confusion et sont désorientés au point de ne pas savoir où ils se trouvent, ni quelle est l’année en cours.

Si cette perte de repères est parfois liée au manque d’oxygène dans le sang, le niveau de confusion chez certains malades est tel qu’il semble être hors de proportion par rapport au niveau d’affection de leurs poumons. Une neurologue de l’hôpital universitaire Langone à Brooklyn (New York), Jennifer Frontera, en particulier s’interroge sur l’impact du SARS-CoV-2 sur le cerveau et le système nerveux, rapporte Le Parisien. Elle n’est pas la seule à évoquer ce lien.

Des études publiées sur le sujet

Le phénomène est déjà décrit dans des revues scientifiques spécialisées. La semaine passée, la revue de l’Association de médecine américaine (JAMA), se faisait l’écho d’un rapport de médecins à ce sujet. Ils ont rapporté que 36% de 214 patients chinois présentaient des symptômes neurologiques : perte de l’odorat, douleurs nerveuses, ou même des crises convulsives et des accidents vasculaire cérébraux (AVC).

Ce n’est pas tout. Des médecins français de Strasbourg ont publié dans les colonnes du New England Journal of Medicine, la revue médicale américaine la plus cotée. Ils y décrivent que plus de la moitié de 58 patients en réanimation étaient confus ou agités et que des scanners des cerveaux ont révélé de possibles inflammations.


Les virologues ne sont pas totalement surpris

D’après Andrew Josephson, chef du département de neurologie à l’université de Californie San Francisco, l’idée qu’il ne faut consulter que si l’on est à bout de souffle n’a sans doute plus cours. Il enjoint les patients à se manifester dès lors qu’ils se sentent confus ou qu’ils ont des difficultés à réfléchir.

Le lien entre le coronavirus et le système nerveux ne surprend pas totalement les virologues car il a été observé avec d’autres virus, notamment le VIH, virus du sida. Les virus peuvent affecter le cerveau de deux façons différentes, explique le docteur Michel Toledano, neurologue à la Mayo Clinic dans le Minnesota.

Le neurologue évoque d’abord la réponse immunitaire anormale appelée « orage de cytokine », provoquant une inflammation du cerveau, une encéphalite auto-immune, rapporte Ouest-France. Il évoque ensuite l’infection directe du cerveau que l’on nomme une encéphalite virale. Le cerveau est protégé par la barrière hémato-encéphalique dont le rôle est de bloquer les substances intruses, mais cette protection peut être percée.

La « surchauffe » de la réponse immunitaire

La piste principale est celle d’une réponse immunitaire en surchauffe. Toutefois, pour le prouver, il faudrait détecter le coronavirus dans le liquide cérébrospinal. Cela a été pratiqué une fois, chez un malade japonais de 24 ans, dont le cas a été décrit dans l’International Journal of Infectious Disease. Le jeune homme souffrait de confusion et de convulsions, et l’imagerie de son cerveau mettait en évidence des inflammations. Toutefois, les scientifiques restent prudents car ce test n’est pas encore validé.

L’équipe du docteur Jennifer Frontera, qui enseigne à l’école de médecine de l’université de New York, a fait état de cas de crises convulsives chez des patients Covid-19. Ceux-ci n’en avaient jamais fait avant de contracter la maladie. D’autre part, les chercheurs ont également observé de minuscules hémorragies cérébrales qu’ils qualifient d’« inédites ».

De la difficulté de procéder à des tests

Ces chercheurs souhaiteraient prélever le liquide cérébrospinal d’un patient dont la matière blanche du cerveau est gravement affectée, mais cette pratique est difficile à mettre en oeuvre sur des malades sous respirateur artificiel.

Par ailleurs, la majorité d’entre eux trouve la mort, causant ainsi des difficultés pour l’étude des dommages neurologiques. Ceux qui survivent finissent en revanche par consulter des neurologues, précise le quotidien.

40% des rescapés du coronavirus sont concernés, selon un neurologue

D’après le docteur Rohan Arora, neurologue à l’hôpital Long Island Jewish Forest Hills, 40% des patients qui ont guéri du Covid-19 présentent des troubles neurologiques. À ce stade, on ignore encore si ces troubles seront durables.

Si le passage en réanimation est créateur de confusion, le neurologue a constaté que le retour à la normale, pour les patients remis du Covid-19, semble être plus long que pour ceux qui ont survécu à une crise cardiaque ou un AVC.