Le cyber-gendarme revendait des informations confidentielles sur le Darknet


Illustration. (Shutterstock)

Interpellé neuf mois seulement après « Haurus », le policier ripou de la DGSI qui sévissait sur le Darknet, ce gendarme était censé lutter contre la cybercriminalité. Il est soupçonné d’avoir trahi son uniforme.


Derrière le pseudonyme « Shoint », en référence à l’acronyme d’un programme de formation dédié aux cyber-enquêteurs, se cachait Christophe P., adjudant d’une quarantaine d’années. Mis en examen et suspendu de ses fonctions le 21 juin 2019, le gendarme comptait toujours dans les rangs du Centre de lutte contre les criminalités numériques (C3n), jusqu’à sa démission le 1er janvier dernier.

L’enquête a mis en lumière qu’il avait vendu des informations confidentielles extraites des fichiers réservés aux forces de l’ordre. Il proposait aussi des services tels que la « Cyberpression » ou encore des surveillances physiques, facturées un peu plus cher.

Il tombe suite à l’enquête menée sur le policier ripou « Haurus »

Un gendarme cyber-enquêteur connu sur le Darknet comme étant « Shoint » aurait saboté plusieurs affaires judiciaires. (DR)

Le gendarme est qualifié d' »enquêteur brillant techniquement et insoupçonnable » par un camarade à lui, relate Le Parisien. Il est poursuivi par la justice pour « détournement de fichiers informatiques », « divulgation de données confidentielles », « entrave aggravée aux investigations judiciaires », « trafic d’influence » et « association de malfaiteurs », notamment. Christophe P. avait été écroué dans la foulée de sa mise en examen, puis laissé libre sous contrôle judiciaire, le 9 octobre dernier.

Le policier « Haurus » et le gendarme « Shoint » ne se connaissaient pas. Ils proposaient toutefois leurs services illégaux sur la même plateforme du Darknet, « FrenchDeepweb ». Ce site, démantelé en juin 2019, proposait la vente d’armes, de drogues ou encore de faux documents.


Ils avaient aussi un associé d’affaires obscures en commun : Johan K., connu sous le pseudonyme « JojodelaVegas ». Âgé de 34 ans, ce chômeur est aussi un faussaire qui utilisait les données des fichiers policiers, obtenus auprès d' »Haurus » et de « Shoint », pour établir des faux documents avec des identités réelles. Une manière, pour ses clients, de déjouer les contrôles.

« Cyberpression » pour 50 euros, filature pour 350 euros…

C’est l’interpellation du faussaire qui a permis aux enquêteurs de découvrir les agissements du gendarme. Il ont vérifié qui avait bien pu consulter les fichiers correspondants aux identités volées et utilisées sur les faux documents de « JojodelaVegas ». Ils ont déterminé que cela ne pouvait être que ce gendarme du C3n, spécialisé dans la lutte contre la cybercriminalité.

Après s’être interrogés sur son profil et son éventuelle condition d' »infiltré » dans le darknet, ils ont conclu qu’il s’agissait d’un ripou. En plus de la divulgation d’informations privées, le gendarme « Shoint » proposait un service de « Cyberpression » pour 50 euros : « Vengeance ?? Envie de faire craquer un collègue sous la pression ?? Vous serez débarrassé de votre rival(e) sans vous salir les mains », avait-il mentionné sur sa page de présentation.

Faux documents, « cyberpression », filatures… Le gendarme proposait certains de ses services contre 50 euros. (DR)

Mais ce n’est pas tout. Le militaire peu scrupuleux proposait des filatures pour 350 euros, avec retours des informations obtenues du terrain « en temps réel ». Ses clients pouvaient aussi le payer pour des « livraisons discrètes de drogues et autres marchandises ». Pour ce faire, il affirmait bénéficier d’un « véhicule passe-partout » : une voiture de la gendarmerie ?… Ses conditions étaient tout aussi claires : un « poids limité à 100 kg maxi. Pas de cadavre ou chose morbide ».

Il s’écroule en garde à vue

Le 21 juin, jour de son interpellation par l’Inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN), il se trouvait en service lorsque les menottes lui ont été passées aux poignets.

Le gendarme malhonnête a rapidement avoué ses méfaits, évoquant des « problèmes d’argent liés à un divorce« , relate le quotidien francilien. L’enquête de l’IGGN a aussi mis en lumière que certains de dossiers judiciaires sensibles, confiés à l’adjudant, auraient été sabotés. Aurait-il conclu un marché avec les cibles sur lesquelles il devait enquêter ?