Nuit de violences à Albi : tirs de mortiers d’artifice et policiers attaqués par des dizaines d’agresseurs


Les policiers ont été pris pour cible une partie de la nuit à Albi. (capture écran vidéo/Option Nuit)

Les policiers ont été visés par des dizaines de tirs de mortiers à Albi (Tarn) la nuit dernière. Trois fonctionnaires ont été blessés durant ce déluge de violences.

La nuit de jeudi à vendredi a été longue pour les forces de l’ordre à Albi. Tout a débuté par un refus d’obtempérer dans le quartier sensible de Cantepau vers 22 heures. Un automobiliste a refusé de s’arrêter lorsqu’une patrouille de la police municipale lui a ordonné. L’alerte a été donnée et des renforts ont été demandés.

Un équipage du commissariat de police se trouvait non loin et s’est rapproché pour stopper le chauffard. Alors que les policiers passaient par le boulevard Maréchal Lannes, une voiture leur a soudainement barré la route et une cinquantaine d’individus les ont attaqués. Encerclés, les fonctionnaires ont reçu de nombreux projectiles ainsi que des mortiers d’artifice. Ils sont tout de même parvenus à se dégager. Les premiers éléments ont montré que la voiture qui avait été utilisée pour leur bloquer le passage, était signalée volée et faussement immatriculée.

Les policiers nationaux et municipaux ont quitté le secteur en attendant des renforts. Avec l’aide d’un équipage des gendarmes du PSIG et d’une quinzaine de policiers supplémentaires, les forces de l’ordre ont ensuite tenté de récupérer le véhicule volé. Mais les agression ont repris : policiers et gendarmes ont été la cible de multiples tirs de mortiers.

Une trentaine de policiers

Malgré les moyens lacrymogènes, les agresseurs n’ont pas reculé. Trois policiers ont alors été blessés, ils ont déposé plainte. Leur état de santé n’inspire pas d’inquiétude. Des voitures de police ont aussi été dégradées.

Une quinzaine d’autres policiers – notamment ceux de la BAC – ont rejoint leurs collègues pour faire face à ces violences urbaines. Au total, une trentaine de policiers ont été mobilisés. Les tirs de mortiers se sont poursuivis et aucun assaillant n’a pu être interpellé. Une vidéo amateur a été diffusée par le syndicat Option Nuit.

Le calme est revenu vers 1 heure du matin. Une centaine de tirs de mortiers ont été recensés au cours de la soirée indique une source policière. Dans le même temps, les forces de l’ordre ont riposté en faisant usage d’une quarantaine de grenades lacrymogènes et d’une dizaine de tirs de lanceur de balles de défense (LBD). En outre, le véhicule impliqué dans le refus d’obtempérer n’a pas été retrouvé, ni celui qui a servi à barrer la route aux policiers attaqués. Une enquête a été ouverte et confiée au commissariat de la ville.

Les syndicats de police réclament des sanctions sévères

Le syndicat de police Alliance a réagi dans un communiqué à ces violences urbaines. Patrick Batigne, secrétaire départemental, réclame « le contrôle urgent des ventes de ces dangereuses armes par destination (les mortiers d’artifice, ndlr) » et « dénonce ce sentiment d’impunité qui anime ces voyous, induit par une réponse pénale trop laxiste qui ne les dissuade pas de commettre des violences sur les forces de sécurité ». Le syndicaliste demande également des renforts de police dans la ville.

Stephane Espinosa, délégué départemental du syndicat Unité SGP Police FO à lui aussi réagi. « Une fois encore les policiers Albigeois se sont vu agressés par des voyous sans limites », déplore-t-il. « Nous demandons des sanctions pénales sévères à l’encontre des auteurs qui seraient identifiés, à la hauteur de ce qu’il convient de qualifier de tentative de meurtre à l’aide de mortiers ».

« Les riverains ont eu peur, leur incompréhension et leur colère grandissent »

« C’est notre État de droit qui est bafoué ainsi que la vie quotidienne de l’immense majorité des habitants qui n’aspirent qu’à une seule chose : vivre paisiblement », a écrit la maire d’Albi, Stéphanie Guiraud-Chaumeil, sur Facebook. « Or hier, comme a de multiples reprises, les riverains ont eu peur, leur incompréhension et leur colère grandissent. Elle sont légitimes. Je dis STOP, nous disons STOP. C’est une scène que rien ne peut justifier et que personne ne saurait accepter. »

Un habitant du quartier interrogé par La Dépêche, décrit une situation chaotique : « Les dealers font la loi ici, les consommateurs viennent en toute impunité. La vente de drogue se fait à la vue de tous. C’est incompréhensible, et on en arrive à ce qui s’est passé cette nuit ». « Sommes-nous des citoyens de seconde zone ? », s’interroge-t-il. « Il n’y a pas de force de police ici. »

Un doigt d’honneur et deux interpellations la nuit précédente

Et pourtant, la nuit précédente vers 2 heures du matin, les policiers ont interpellé deux jeunes majeurs de 18 et 19 ans, sur ce même boulevard Maréchal Lannes où ils ont été attaqués. Les forces de l’ordre ont procédé à leur contrôle alors qu’ils se trouvaient dans une voiture stationnée. La raison ? A leur passage, l’un des deux jeunes leur a fait un doigt d’honneur.

Lors des vérifications, le plus jeune a menacé puis insulté les policiers. Il s’est ensuite violemment rebellé lors de son interpellation, frappant l’un des fonctionnaires. Le second suspect avait 900 euros en numéraire et de l’herbe de cannabis sur lui. Le duo a été placé en garde à vue. Les quatre policiers ont déposé plainte et une enquête a été ouverte.